Confidentiel défenses

 

Le commerce illicite d'espèces protégées a doublé en six ans.

 

Il y en a pour environ douze millions de dollars US. Six tonnes de stock de défenses d'éléphant et d'objets sculptés dans de l'ivoire obtenu illégalement, et saisi depuis 25 ans aux États-Unis vont être détruits pour marquer les esprits et affirmer la volonté des autorités américaines de lutter contre ce trafic.

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« C'est choquant : le trafic de denrées de la vie sauvage a doublé depuis 2007 et on estime que c'est désormais le quatrième criminalité transnationale au monde », a dit le 9 septembre Sally Jewell, secrétaire à l'Intérieur du gouvernement Obama.

A ce forum organisé à la Maison blanche, Carter Roberts, président de l'ONG environnementaliste WWF, World Wildlife Fund a ajouté : « Nous sommes actuellement désarmés face aux ces syndicats criminels. Ils ont des lunettes de vision nocturne, des hélicoptères, beaucoup d'armes sophistiquées ». Il en appelle à un sursaut technologique et à des moyens sophistiqués pour faire échec aux « bad guys » avant qu'il ne soit trop tard.

L’ivoire, la corne de rhinocéros, l’écaille de pangolin ont un marché en Chine. Négociée 500 000 dollars le kilo, la poudre de corne de rhinocéros ou d'écailles de pangolin entre dans la fabrication de remèdes médicinaux chinois.

Ce n'est pas seulement un problème d'atteinte à l'environnement et de menace sur la biodiversité. La cueillette illégale de plantes protégées, l'abattage d'espèces animales interdites à la chasse par des braconniers a des connections avec d'autres criminalités organisées, ventes d'armes et entreprises terroristes. Le marché existe : « La valorisation du vivant, d’autant plus que l’espèce considérée est rare, est en effet d’ores et déjà un axe stratégique de développement pour l’économie mondiale, légale ou illégale  » écrivent l'économiste Bruno Nicoulaud et la géographe des risques Laurence Pico dans le numéro de juillet de la revue du Grasco*.

Le trafic méconnu d'espèces protégées, animaux, végétaux, met en cheville les opérateurs industriels et des trafiquants pour obtenir des denrées interdites mais d'importance majeure pour les projets de recherche et développement ou plus industriels reposant sur l'exploitation du vivant. Ces espèces protégées inaccessibles, c'est comme une matière première rare, hors d'atteinte, un réservoir que certains sont tentés de violer pour assurer les profits de leurs entreprises.

Peut être un « nouveau commerce triangulaire » interroge la revue du Grasco qui produit une carte croisant les données de l'instabilité géopolitique avec les routes de la drogue et les zones où la biodiversité est en danger. L'article de la revue souligne que « L’approche uniquement prohibitionniste et non patrimoniale de la CITES**, en occultant la dimension économique que pouvait représenter une espèce protégée ne prend malheureusement pas en compte les effets spéculatifs qu’elle entraîne sur les marchés illégaux ».

Exemple à l'appui : « L’économiste Bruce Yandle a notamment démontré au sujet de la prohibition aux États-Unis de 1919 à 1933, que cette politique avait eu pour principal effet de mettre du même côté les ligues de vertu et les trafiquants en multipliant les prix de l’alcool par trois »

* Groupe de recherches actions sur la criminalité organisée, laboratoire au sein de l'Unité mixte de recherche DRES(Droit, religion, entreprise et société) de l'Université de Strasbourg.

** « Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction » (CITES) aussi dénommée « Convention de Washington ». Cet accord international entre États vise à réglementer le commerce international des spécimens d'animaux et de plantes sauvages pour éviter que ne soit menacée la survie des espèces listée.

Sources : La revue du Grasco, Le Dernière Heure (Bruxelles Belgique) ; Reuters ; Huffington post (USA).

Commentaire :

Traditionnellement, les économies mafieuses ont infiltré l'économie légale, immobilier, restauration, casinos, commerce, pour effectuer des opérations de blanchiment. Le mouvement va des zones noires des opérations criminelles vers les sphères légales. L'économie légale n'est qu'un lieu technique pour blanchir des capitaux. Les mafias italiennes ont amorcé le chemin inverse en investissant des missions légales, comme le traitement des déchets ou les énergies éoliennes, pour pervertir la réalité des travaux effectués, contournant les lois et règlement pour assurer à bas coût des profits maximum, voire pour frauder les aides publiques régionales ou européennes. L'économie légale devient un nouvel espace de jeu pour les groupes criminels. Le trafic des espèces protégées relève de ce même mouvement : la demande émane d'entreprises ayant pignon sur rue réclamant des denrées acquises illégalement. Avec le concours d'organisations criminelles rodées à la clandestinité et à la logistique discrète, voire la corruption le long de la chaîne de livraison.

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