Trafic de drogues et sécurité locale : l'hypertension française

Deux articles sur un sujet délicat qui risque de devenir explosif :

 les conséquences du trafic local de drogues et des réactions de la population

Par Anne Coppel

   Le premier article est une tribune mise en ligne par Rue 89 et le Nouvel Observateur  le 19/03/2013 sous le titre : « Ça se passe dans une ville pourrie du sud, sous le regard distrait de la BAC ». 

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  Exaspéré, l’auteur dénonce avec violence « une armée connards de dealers » qui répondent par « des menaces de mort à qui les regardent même pas de travers ».  La tribune avait été refusée par Vosges matin, qui voulait maintenir de bonnes relations avec la maréchaussée locale, dont l’inaction est dénoncée : « c’est tout juste si vous n’êtes pas traité en délinquant vous-même ».

    La question « Que fait la police ? » de même que la violence du ton sont de tradition dans l’idéologie sécuritaire. En choisissant de publier ce texte, Rue 89 et le Nouvel Obs légitiment une exaspération d’habitants dont plusieurs témoignages font état.

    Illustrée par un fait divers, une dépêche de l’AFP en rend compte : « Les mobilisations d'habitants de cité contre les trafics illégaux dans leurs lieux de résidences se multiplient ces dernières semaines »( Le Figaro, Flash actu 16 mars). Ces mobilisations se font dans un contexte de montée des tensions en particulier dans les zones de sécurité prioritaires.

    Les opérations coups de poing, parfaitement inefficaces ont été remplacées par une présence policière à long terme mais le harcèlement des petits trafiquants et de leurs clients augmente le risque de règlements de compte entre trafiquants mais aussi dans leur environnement immédiat, les trafiquants se protégeant du risque de dénonciation par la peur. Cette montée des tensions soulève une première question : les habitants doivent-ils attendre l’éradication des réseaux de trafiquants pour que leur sécurité soit garantie ?

    Quelles doivent être les priorités de l’action des services de sécurité ?  Cette question ne fait pas l’objet d’un débat public en France où l’éradication du trafic semble un horizon indépassable, alors qu’en Europe du Nord, les nuisances liés au trafic de rue sont prises très au sérieux ; avec pour objectif la pacification des relations, les municipalités ont développé des programmes globaux qui tiennent compte de l’impossible éradication des drogues. Aujourd’hui, au Brésil comme en Colombie ou au Mexique, la lutte contre la violence et l’utilisation des armes est devenue la priorité des pouvoirs publics, les services policiers se consacrant par ailleurs au démantèlement des principaux  réseaux de trafiquants.

     Autre question : les problèmes soulevés par ces trafics locaux relèvent-ils exclusivement des services policiers et judiciaires ? L’expérience internationale montre que sans mobilisations citoyennes, il est illusoire d’espérer lutter contre les mafias. Concernant le trafic local,  des municipalités françaises s’efforcent de développer des médiations entre habitants et jeunes qui peuvent être impliqués dans le trafic.

    Quel peut être le rôle de chacun des acteurs ? En 2005, cette question d’acteurs de terrain a abouti à la création des groupes de travail pour « Prévenir  la prévention de l’implication des jeunes des cités dans le trafic des drogues ».

   Le second article proposé ici est publié dans leur revue Bref n°306 3. février 2013. Il rend compte des initiatives que le CREQ  (Centre d’études et de recherche sur les qualifications) a soutenues à A  Marseille, Paris et en Seine St Denis

    L’objectif de ses groupes est de construire un cadre éthique commun d’intervention en favorisant la construction d’alliances de proximité.  Les professionnels sociaux et judicaires apprennent à parler avec les jeunes de cette question tabou, à  partir d’une représentation d’un parcours de jeunes structuré en paliers, ce qui peut conduire à prendre acte de la réalité du trafic.

    Les jeunes sont ainsi invités à ne pas renoncer à un projet d’insertion socio-professionnelle, tandis que les professionnels s’efforcent de construire un consensus sur quelques grands principes, tels que la protection des plus jeunes, le refus des produits les plus nocifs et le respect des espaces institutionnels. Il s’agit d’abord de réduire la violence associée au trafic et de favoriser l’insertion des jeunes dans leur quartier comme dans le monde du travail.

Eclairage

Jusqu’à présent, seules les politiques de santé publique ont pris acte de l’impossible éradication des drogues.

Il est grand temps de repenser également les priorités des services de sécurité et plus largement de l’ensemble des services publics si on veut éviter la dégradation des relations, la montée des discours extrémistes, voire la formation de milices.

 Anne Coppel

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Posted in Criminalités n°6 - avril 2013, Informations / n°6, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , , .

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