Aider Chypre, et les mafias avec ?

A qui profite l'austérité et les aides européennes ? Faut-il renflouer les banques de Chypre, fortement soupçonnées de blanchiment de l'argent des mafias russes ?

A Chypre, au lendemain des élections présidentielles, les dirigeants de la Zone euro vont-il sauver l'économie locale en offrant du même coup un joli coup de pouce aux oligarques russes et à des capitaux douteux, pour ne pas dire directement soupçonnés de provenir des trafics des mafias russes.

Le candidat nouvellement élu, le conservateur Nicos Anastasiades, est l'interlocuteur de l'Eurogroupe dans le cadre du plan de sauvetage et les mesures draconiennes imposées à l'économie de l'île en déroute financière. Mais une aide européenne profiterait surtout aux mafieux et aux oligarques russes, selon le magazine allemande Der Spiegel de novembre 2012 citant un rapport du BND, le Bundesnachrichtendienst, les services fédéraux allemands de renseignement extérieur, qui affirment que 21 milliards d'euros ont été investis à Chypre en 2011 par ces oligarques russes, soit plus que le PIB annuel dégagé par l'île (17,8 milliards d'euros). Les dépôts dans les banques chypriotes bénéficient d'une discrétion assurée, pour ne pas dire d'un secret bancaire de fait.

En Allemagne, l'opposition social-démocrate est particulièrement réticente à approuver un plan de sauvetage de Chypre notamment de ses deux principales banques plombées par la crise grecque, au prix de sacrifices imposés aux citoyens chypriotes, recul de l'âge du départ en retraite, Chypre a également accepté de se soumettre à un audit sur le blanchiment d’argent, mené par un cabinet indépendant, note le quotidien libanais L'Orient-Le Jour reprenant une dépêche AFP.

La dette de l'économie chypriote est déjà très liée à la Russie. Le ministre des Finances, Michalis Sarris, était le 18 mars à Moscou pour tenter de négocier une prolongation du délai de remboursement du prêt russe de 2,5 milliards d’euros venant à échéance en 2016, et discuter de la façon dont la Russie pourrait contribuer au plan de sauvetage. La Russie est aussi le premier investisseur à Chypre et à l'inverse, la Russie le principal destinataire des investissements directs en provenance de l'île. 

La réticence des dirigeants et financiers allemands s'exprime en rappelant que les capitaux russes sont non seulement attirés par les avantages d'une taxe de 10% sur les sociétés et par la convention de non-double imposition mais aussi parce que Chypre constitue pour certains oligarques russes un hâvre idéal pour échapper au fisc russe voire pour blanchir l'argent de la mafia.

Début novembre 2012, le porte-parole du ministère allemand des Finances a déclaré que la question du blanchiment de l'argent sale serait abordée dans les négociations que mène Chypre avec la troïka (FMI, UE, BCE) pour obtenir les 10 milliards d'euros prévus par le plan de sauvetage. La question est relancée par l'élection du nouveau président de la république chypriote qui va accompagner ce plan de sauvetage, négocié avec l'Union Européenne et le FMI, adopté le 16 mars. En contrepartie, tous les dépôts bancaires seront taxés. Une mesure nouvelle expérimentée par Chypre, cinquième pays de la zone euro à bénéficier d'un programme d'aide internationale. 

Lire toutes les dépêches

 

 

Posted in Criminalités n°5 - mars 2013, Dépêches / n°5, Les dépêches - La chronique, Les dépêches hebdomadaires, Revue Criminalités and tagged , , , , , .

Laisser un commentaire