Anabel Hernandez, journaliste menacée

Le nouveau président mexicain  protégera-t-il davantage les journalistes enquêtant sur les narcotrafics ?

 

Aucun signe apparent d'un changement.

    Ses enquêtes mettent en question la collusion des gouvernants mexicains avec les cartels. Journaliste d'investigation mexicaine, Anabel Hernández est régulièrement menacée de mort. De nouvelles menaces et le manque de protection accordée par les autorités l'ont contrainte a renoncer à aller à Chihuaha pour une présentation publique de son livre « México en llamas. El legado de Caldéron » paru en décembre 2012 (Mexique en flammes, l'héritage de Calderon, édition Grijalbo Mondadori, non traduit). Le livre accuse l'ancien président de la république Felipe Calderon de laisser derrière lui un pays « apocalyptique, une plaine en flammes à la pauvreté accrue, la qualité de l'éducation en baisse, moins d'emploi et moins de vie ».

    Dès les premières lignes du premier chapitre, elle dresse le bilan de ses six ans de mandat : la « prétendue guerre à la drogue » lancée par Calderon au début de son mandat « a fait 60 000 assassinats et plus de 20 000 disparus ; 56 journalistes ont été exécutés, et 13 sont portés disparus ; le chef du cartel de Sinaloa, Joaquin El Chapo Guzman a acquis un pouvoir inégalé ; et le Mexique est contrôlé par les cartels, les groupes criminels et les milices de mercenaires ». Echec total pour les 50 000 militaires, les 30 000 policiers fédéraux et les milliers d'agents des polices locales, municipales et des états provinciaux, mobilisés par Caldéron pour alimenter sa guerre.

   « La production de drogues synthétique a cru de 1200 % en cinq ans parce qu'elle représente un marché plus juteux pour les narcotrafiquants » détaille Anabel Hernandez dans les premières pages du livre.

    Anabel Hernández interpelle aussi l'actuel gouvernement en place et demande instamment au président Enrique Peña Nieto (qui a succédé le 1er décembre 2012 à Felipe Calderon) d'expliciter sa politique envers les cartels et les narcotrafiquants, la corruption et les objectifs en la matière.

   Selon la presse mexicaine, la protection qu'on lui a proposée était assurée par des agents de la PGR (Procuraduría General de la República), l'équivalent d'un Secrétariat à la justice au sommet de l’État fédéral. « Ces agents de la PGR sont les mêmes qui m'ont menacée », a-t-elle expliqué par téléphone à l'assemblée venue fin mars à Chihuaha pour la présentation de son dernier livre.

   Prix 2012 de l'Association mondiale des journaux et des médias d'information, Anabel Hernandez cite le cas d'autres journalistes en danger dans son pays comme Ana Lilia Pérez, qui a dut s'exiler en Allemagne, et Lydia Cacho contrainte de sortir régulièrement du pays pour sa sécurité.

    Anabel Hernandez a publié en novembre 2010, « Los senores del Narco » (Les seigneurs de la drogue) et en novembre 2008, « Los mplices del presidente » (Les complices du président) tous édités par Grijalbo Mondadori, et non traduits.

    Les menaces subies par la journaliste ne sont pas nouvelles. En septembre 2011, le quotidien suisse francophone Le Temps en faisait état.

Décryptage

Le Mexique est le pays plus dangereux du continent américain pour exercer la profession de journaliste.

En dix ans, 83 journalistes y ont été assassinés, selon Reporter Sans Frontières. L'année 2012 a ajouté 12 autres morts à la liste.

L’assassinat le 16 septembre 2010, de Luís Carlos Santiago Orozco, photographe du Diario de Juárez (nord du Mexique), le jour du 200e anniversaire de l'indépendance du pays, a contraint le président Felipe Calderón à annoncer la création d’un « plan de protection pour les journalistes » sur le modèle déjà en place en Colombie depuis 2002.

Entre 1987 et 2008, quelque 120 journalistes ont été tués en Colombie.

Une fois les menaces examinées, des mesures de protection peuvent être prises rapidement comme la fourniture d’un garde du corps, la mise à disposition de véhicules blindés ou un soutien financier. Reste que cette protection est entre les mains des autorités, et que les tentations existent de détourner ce programme à des fins de renseignement.

Au Brésil depuis 2004, le Programme national de protection des défenseurs des droits de l’homme inclue les journalistes.

Le mécanisme a été adopté en 2010 au Mexique, mais timidement mis en place. Selon Benoît Hervieu, de Reporters sans frontières, « A peine treize journalistes bénéficient d'une escorte ». Anabel Hernández a sollicité ce dispositif de protection, en adressant sa demande à la Commission nationale des droits de l’homme (CNDH). Le résultat final a été pire que prévu. Elle a reçu des menaces de l'autorité fédérale, qu'elle mettait en cause dans ses enquêtes. On lui a fait savoir qu’un faux accident était planifié contre elle, en haut lieu.

Elle a trouvé une parade en obtenant une protection rapprochée de l’autorité locale de la ville de Mexico.

Cet article fait partie du dossier Zones grises en Amérique latine

 

 

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Posted in Criminalités n°6 - avril 2013, Dépêches / n°6, Dossier / n°6 et n°7 - Zones grises en Amérique latine, Les dépêches - La chronique, Les dépêches hebdomadaires, Revue Criminalités and tagged , , .

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