Au Québec, la mafia sur audition

Contrats publics louches, corruption, pots de vin, favoritisme, intermédiaires véreux. Au Québec, depuis mai 2012, une commission tente de faire la lumière sur la collusion et la corruption dans l'industrie de la construction, avec les contrats truqués, les pots de vin et intermédiaires en rendant publiques des auditions liées aux liens entre la mafia de Montréal, les politiques et des entreprises. Le site de la commission présente les dépositions des témoins enregistrées en vidéo ; des documents, contrats et appels d'offres ; des analyses de listes de communications téléphoniques ; des enregistrements audio d'écoutes téléphonique et leurs transcriptions textuelles ; des vidéos filmées par la Gendarmerie royale du Canada au café Consenza quartier général du clan Rizzuto, où ont eu lieu des passations d'argent liquide. Les audiences publiques sont suivies en directe ou en différé. « La commission Charbonneau est en train de devenir une version pour les réseaux d’information continue des séries de fiction sur la mafia » écrit le quotidien Le Devoir le 25 février dernier.

La « Commission d'enquête sur l'octroi et la gestion des contrats publics dans l'industrie de la construction », ou CEIC, plus familièrement nommée Commission Charbonneau (du nom de la juge France Charbonneau), a été lancée officiellement le 19 octobre 2011 dans le but « d'alimenter la preuve, de faire connaître les stratagèmes de corruption et de collusion, de protéger les témoins et les victimes et d'assurer de meilleures pratiques dans l'avenir ». Elle doit a mener ses auditions jusqu'en octobre 2013.

Les échanges montrent parfois l'agacement de France Charbonneau, comme le 18 février 2013, quand elle lâche à un témoin qui s'obstine à répondre qu'il ne connaît rien à la mafia, prétextant trous de mémoire répétés, enchaînant réponses évasives et refus de répondre : «Les propos vagues et imprécis peuvent parfois être de la nature d'un outrage au tribunal», et à un autre moment : « Pendant la pause, Monsieur Milioto, vous demanderez à votre avocat de vous expliquer ce qu’est une accusation d’outrage au tribunal et une fois qu’il vous l’aura expliqué, vous lui demanderez ce qu’est une accusation de parjure ». Le témoin, Nicolo Milioto a plaidé un rôle de simple « facteur » pour remettre des liasses de billets en liquide à un parrain de la mafia montréalaise, Nicolo Rizzuto Senior, assassiné en novembre 2010.

Homme d'affaires, Nicolo Milioto a été propriétaire de l'entreprise Mivela Construction. Il est soupçonné d'être un intermédiaire pour ces transferts d'argent entre des entrepreneurs en construction et le clan mafieux Rizzuto. Devant le commission Charbonneau, Nicolo Milioto a multiplié les dénégations et réponses dilatoires, rendant hommage à la tradition d'omerta. Il est Sicilien, il a grandi dans le même village que Nick Rizzuto, et à la question « C'est quoi la mafia, Monsieur Milioto ? », il répond : « Je ne sais pas ». Le pizzo ? Il ne connaît pas. Il a juste lu les journaux. Ce qui compte pour lui, c'est le respect : « Pour moi, ce que les autres personnes font, ce n'est pas de mes affaires. Qu'ils travaillent dans la construction, qu'ils soient avocats, qu'ils soient ingénieurs, pour moi, le monde est tout pareil. Vous me respectez et je vous respecte. Vous me maltraitez, je peux vous maltraiter ». A l'entendre, Milioto ne rencontre pas des responsables de la mafia : il prend un café, il parle, il joue aux cartes. Rien de plus. On pourrait garder ses dires pour montrer aux apprentis scénaristes de films sur la mafia.

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