Cannabis, marché noir couleur blanchiment

Un vaste circuit complet démantelé, de la vente du cannabis marocain en France au blanchiment, via la Belgique, Dubaï, la Birmanie et l'Inde.

Le parcours du trafic de cannabis jusqu'au blanchiment des gains était vraiment international Maroc, France, Belgique, Dubaï, Birmanie, Inde. Un chiffre d'affaire annuel estimé à 170 millions d'euros.
A Anvers le liquide collecté par la vente du cannabis était échangé en or non poinçonné. Fondu, transformé en bijoux, l'or était acheminé au cou et aux oreilles de «mules » par avion, direction Madras.
Une autre partie, réduite en poudre, transitait via la Birmanie dans des boîtes de café moulu. Transformé en poudre d'or en Belgique, l'or était mêlé à la poudre de café moitié dans des boîtes de café d'un kilo dont le produit était tamisé à son arrivée en Inde, revendu à des marché local.  A Dubaï, une partie du liquide était déposée dans des bureaux de change contrôlés par les « banquiers » marocains, l'autre injectée dans le circuit bancaire ou réinvestie dans l'immobilier.
Ont été saisis 2,3 millions d'euros en espèces et bijoux, un appartement ainsi que 9 kilos d'or. L'opération intitulé Retrovirus menée par les enquêteurs de l'Office centrale de répression de la délinquance financière (OCGRDF) et du JIRS de Paris (Juridiction inter-régionale spécialisée) a permis d'arrêter dix personnes qui ont été mises en examen, trois autres, notamment un négociant en or, étant interpellées en Belgique sur décision d'un juge d'Anvers.
A la tête du réseau, un ressortissant indien de 32 ans installé à Tremblay-en-France en Seine-Saint-Denis, où il vivait chichement, sans ostentation, officiellement au chômage, ne se déplaçant qu'en métro ou dans une voiture hors d'âge. Cet homme a reconnu en garde à vue « avoir blanchi au moins 36 millions d'euros en espèces depuis 2010, et avoir acquis et fait transiter 200 kg d'or entre la Belgique et l'Inde ».
D'après le parquet de Nanterre, des collecteurs, activés par un « banquier » installé au Maroc, regroupaient l'argent du trafic de cannabis, selon un système pyramidal.
Les intermédiaires interpellés étaient pour tant prudent , changeant de téléphone tous les jours, parfois deux fois par jour. En neuf mois d'enquête, pas moins de 100 000 heures d'écoutes téléphoniques ont été enregistrées
De « grands collecteurs » centralisaient les sommes récoltées. « Par exemple, le gérant d'une société d'ambulances utilisait son local professionnel pour compter, avec une machine fonctionnant jour et nuit, les billets de banque, et les conditionner », a détaillé le procureur de Nanterre.
Les sommes sont alors remises à l'organisation dirigée par le ressortissant indien qui dirige une myriade de sociétés à Dubaï, Tanger, Madras, Bangkok ou encore Hong-Kong, émettrices de fausses factures.
Son équipe l'achemine alors vers la Belgique où l'argent est pour partie changé en or avant d'être transporté vers Dubaï par des mules. De Dubaï, l'argent est viré au Maroc tandis que l'or, sous forme de poudre ou de lingots, est envoyé en Inde, premier importateur de ce métal.
Sources : Le Nouvel Observateur, Le Monde, AFP.

Posted in Criminalités n°9 - septembre 2013, Dépêches / n°9, Les dépêches - La chronique, Revue Criminalités and tagged , , , , , , , , .

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