Dépénaliser le cannabis, constats et appels dans le monde

Dépénaliser l'usage du cannabis. Aux Etats-Unis, les états du Colorado et de Washington l'ont déjà fait. L'Afrique y pense sérieusement. En juin dernier, la Commission de l'Afrique d'Ouest sur la drogue, présidée par l'ancien président nigérian Olusegun Obasanjo, affirme que la dépénalisation des usages serait a un contrepoint à l'influence néfaste des organisations criminelles qui « ont sapé l'autorité des gouvernements d'Afrique de l'Ouest, en causant des guerres de la drogue et des coups militaires dans des pays comme le Mali et la Guinée-Bissau. »

La commission de l'Afrique de l'Ouest sur la drogue estime en revanche que les consommateurs de drogue ont plus besoin d'aide que de répression, système  qui aggrave la corruption de la police et du système judiciaire, remplit les prisons africaines jusqu'à saturation et gâche les vies d'usagers des drogues qui ne sont pas des criminels.

Ce plaidoyer pour la dépénalisation en Afrique de l'Ouest des drogues douces intervient à la suite d'une initiative similaire, l'an dernier en Amérique Latine, où se produit justement la plus grande quantité de cannabis au monde.
En juillet dernier, le New York Times compare l'interdiction en vigueur à l'époque de la Prohibition et estime que les coûts sociaux de l'application de la législation sont « immenses ». Le journal affirme que l'addiction et la dépendance sont des « problèmes relativement mineurs », en particulier par rapport à l'alcool et au tabac. L'éditorial du 27 juillet appelle les autorités fédérales américaines à légaliser cette drogue. Le New York Times cite des chiffres du FBI qui a recensé 658 000 arrestations pour détention de marijuana en 2012, soit beaucoup plus que pour la cocaïne, l'héroïne ou leurs dérivés (256 000 arrestations). Le journal va plus loin en qualifiant ce bilan de « raciste », les arrestations concernant de « manière disproportionné les jeunes hommes noirs ».

Un rapport de la London School of Economics (auquel ont contribué les Prix Nobel d'économie Kenneth Arrow (1972), Vernon Smith (2002), Thomas Schelling (2005), Oliver Williamson (2009) et Christopher Pissarides (2010)) estimait en mai dernier que la stratégie répressive pour tenter d'éradiquer la drogue, la fameuse « guerre à la drogue » dans le monde « a échoué ». Le rapport est disponible en anglais et en espagno.

Publiée en juin, un autre étude britannique conclut que la dépénalisation du cannabis n’entraînerait pas d’augmentation de la consommation de drogues, ni un surcroît de criminalité. En Grande-Bretagne,  la politique officielle vis-à-vis des drogues a été assouplie en 2004 en rétrogradant le cannabis parmi les stupéfiants de catégorie C, catégorie des stéroïdes, tranquillisants et antibiotiques, la catégorie A comprenant les drogues à haut potentiel de dangerosité (cocaïne et héroïne notamment), la catégorie B inclut les amphétamines.
Les données recueillies entre 2003 et 2006 en Angleterre et au Pays de Galles suggèrent en effet que ni la consommation de cannabis et d’autres drogues, ni les comportements à risque et la criminalité n’ont connu d’augmentation significative.
Sources : BBC Afrique; http://www.bbc.co.uk/afrique/region/2014/06/140612_drugs-africa.shtml
IDPC (Internationa drug policy consortium) ; Le Figaro ; The New York Times ; et N. BRAAKMANN ; S. JONES, « Cannabis depenalisation, drug consumption and crime - Evidence from the 2004 cannabis declassification in the UK », Social Science and Medicine, Vol.115 (August 2014)

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