LA PIRATERIE : SE DÉFENDRE CONTRE LE SACCAGE DE LA MER

 DÉPOTOIR NUCLÉAIRE,

RAZZIAS SUR LE POISSON :

LA PIRATERIE NAÎT

À l'origine de l'actuelle piraterie en Somalie, se trouvent d'autres pirateries peu condamnées, spoliant les ressources marines et déversant les rejets toxiques dans les eaux de la Corne de l'Afrique.

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Les pirates somaliens auraient-ils eu à l'origine une légitimité, une sorte de légitime défense sociale, économique et environnementale ? Sont-ils « des pirates ou des résistants au Nouvel ordre mondial ? ». La question est posée par le quotidien londonien The Independant dès 2009 :

« Certains sont carrément des gangsters. Mais d'autres tentent de mettre un coup d'arrêt aux rejets et chalutages illégaux » écrit le quotidien britannique, évoquant les rejets en mer de déchets nucléaires et toxiques à partir des années 1990, et les droits de pêche bafoués, le tout profitant du dépérissement des structures étatiques somaliennes.

Poubelle nucléaire

Les effets induits des vagues puissantes du tsumani de 2005 ont aussi eu un impact révélateur en Somalie. Les répliques ressenties dans la Corne de l'Afrique ont fait remonter à la surface les déchets radioactifs et chimiques déversés illégalement au large des côtes somaliennes, durant les années 80 et 90, par des pays occidentaux. 

Le rapport des experts du Programme des Nations Unies pour l’Environnement (PNUE) évoque le sort dévolu aux populations à l'environnement.

« La Somalie est l'un des nombreux pays en voie de développement qui a fait état de cargaison de rejets nucléaires et toxiques illégaux immergés le long de ses côtes. Du début des années 1980 et continuant pendant la guerre civile [1991-2008] les déchets dangereux ont été jetés à l'eau le long de la côte somalienne, incluant des déchets d'uranium radioactif, de plomb, de cadmium, de mercure, des déchets industriels, hospitaliers, de l'industrie du cuir et d'autres déchets toxiques. La plupart de ces rejets ont été simplement vidés sur les plages dans des containers et des fûts non étanches de toutes tailles sans le moindre souci pour les populations locales et dévastateurs sur l'environnement ».

Pêche internationale illicite

Dans les années 1990 les tous premiers pirates somaliens se sont constitués en une sorte de milice maritime qu'ils ont dénommée la « garde-côtes des volontaires de Somalie », utilisant leurs bateaux rapides pour dissuader les dépôts sauvages de déchets et les chalutiers exerçant illégalement, où en percevant des taxes informelles auprès des navires responsables de ces activités. Les pratiques illégales de pêche incluent la raréfaction de la ressources en utilisant des moyens de pêche qui n'épargnent ni les espèces protégées ni les juvéniles, poissons hors taille marchande. Les captures illégales sont « blanchies » par transbordement en mer sur des bateaux-mères de grande taille. Les Seychelles, les Maldives et l'île Maurice écoulent ce marché noir du poisson.

L'ONG Ecoterra international a produits de nombreux cas expliquant comment la piraterie a débuté, dans les années 1992 et 1993, par des conflits entre les pêcheurs locaux et les chalutiers illicites. Ces chalutiers ont pu verser de l'eau bouillante sur les pêcheurs somaliens, sectionner leurs filets, détruire leurs embarcations, allant jusqu'à en tuer les occupants. Les pêcheurs ont alors commencé à se doter d'armes. La piraterie s'est développée comme une riposte grandissante à ces prédations et à ces attaques.

Pêche pirate

Regroupant à partir de 2003 des ONG (World wild fund, l'Union internationale pour la conservation de la nature, the Earth  Institute) et des services officiels de ministères des pêches (Australie, Canada, Chili, Namibie, Nouvelle Zélande, Royaume Uni), le groupe de travail HSTF (High Seas Task Force) dénonce la pêche illégale que certains considèrent comme une véritable piraterie vis à vis des ressources marines somaliennes.

Cette High Seas Task Force a pu, en 2005, dénombrer au même moment plus de huit cent bateaux de pêche illicite, non déclarée et non réglementée [en anglais IUU, Illegal, Unreported and Unregulated] dans les eaux somaliennes, profitant de l'Etat du pays, incapable de surveiller ses eaux et ses zones de pêche. La pêche somalienne n'a jamais pu bénéficier de garde côtes pour protéger ses droits dans la zone économique exclusive. La piraterie a débuté par des actions désespérée des pêcheurs pour protéger leurs ressources naturelles et leur revenus.

Publié en 2005 pour le département du développement internationnal britannique avec le soutien de l'agence norvégienne pour le développement, un rapport établi par Marine Resources Assessment Group a évalué à quelques 90 millions de dollars la perte annuelle (étudiée pour 2003 et 2004) occasionnée par les pratiques illicites à l'économie de la pêche somalienne.

Riposte de pêcheurs

La pêche somalienne bafouée comme raison originelle de l'entrée en piraterie de marins pêcheurs somaliens : l'argument est repris par Abdulkadir Mohamed Afweyne en février 2012 : « Avant notre implication dans la piraterie, nous étions pêcheurs à Harardheere et Hobyo [deux ports dans le district de Mudug]. Nos bateaux ont été détruits par des navires qui pêchaient illégalement dans nos eaux, et la piraterie a été notre réponse. Nous pensons qu'il y a une solution à la piraterie. Pour empêcher les opérations contre les navires marchands, nous avons besoin d'être libre de pêcher dans notre mer ; sans intimidation des forces internationales de lutte contre la piraterie ou de bateaux étrangers exerçant une pêche illégale » explique-t-il dans une interview retranscrite par le site Somalia report. Considérés aujourd'hui comme des bases de pirates, Eyl, Kismayo et Harardhere sont d'abord des ports de pêche.

Les Nations Unies reconnaissent partiellement ces fondements du passage à la piraterie. Adoptée le 11 avril 2011, la résolution 1976 du Conseil de Sécurité stipule par exemple :

« Réaffirmant son attachement à la souveraineté, à l’intégrité territoriale, à l’indépendance politique et à l’unité de la Somalie, y compris aux droits de la Somalie sur ses ressources naturelles se trouvant au large de ses côtes, notamment les pêcheries, conformément au droit international, rappelant qu’il importe, conformément au droit international, d’empêcher la pêche illégale et le rejet illégal de déchets, notamment de substances toxiques, et soulignant qu’il faut enquêter sur les allégations faisant état de telles pratiques », tout en pondérant ces propos en se disant « préoccupé en même temps par le fait que ces allégations servent de prétexte aux pirates pour justifier leurs activités criminelles ».

Le 2 mai 2013, le président de l'Etat fédéral somalien Hassan Sheikh Mohamed a rappelé le besoin urgent de faire stopper la pêche illégale et le rejets de produit toxiques dans les eaux somaliennes et de traduire en justice les responsables de ces délits.

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Posted in Criminalités n°8 - juin, juillet, août 2013, Informations / n°8, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités, Tour d'horizon / n°8 - Pirateries and tagged , , , .

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