QUAND LA PRÉSIDENCE EST EN JEU

EN FRANCE,

LA MORT VIOLENTE D'UN MINISTRE EN EXERCICE, 33 ANS APRES

Le 30 octobre 1979 Robert Boulin, Ministre du Travail du gouvernement dirigé par Raymond Barre et présidé par Valéry Giscard d'Estaing était trouvé mort dans l'étang du Rompu de la forêt de Rambouillet.

Fabienne Boulin Burgeat, la fille de Robert Boulin, raconte dans un livre paru en janvier 2011, Le Dormeur du Val, comment elle a vécu sa mort et ses suites qui ne sont pas terminées.

Le permanencier du Ministère de l'Intérieur à qui la nouvelle a été apprise en premier, du moins sur le plan administratif, s'appelait et s'appelle toujours Claude Guéant.

[Are_PayPal_LoginPlease]

Les premiers mensonges d'une affaire qui va en compter beaucoup dans la bouche de personnages officiels, commencent dès ce moment, sur l'heure de la découverte du corps et son état véritable, qui conditionnent à l'évidence toute les enquêtes de police et les instructions judiciaires qui vont suivre.

Fabienne Boulin Burgeat a d'abord cru, à la différence de sa mère, que son père s'était suicidé, comme l'enquête de police puis l'instruction l'affirmaient avec toute la force possible, aussi invraisemblable que lui parusse l'hypothèse que son père se soit donné la mort  et malgré les invraisemblances et les inexactitudes manifestes dans les premières pages des documents officiels dont elle a pu avoir connaissance avec sa famille.

C'est en 1983 que l'accumulation dans le dossier judiciaire de contre-vérités et de négligences impensables, jointes à des campagnes de désinformations calomnieuses sur la vie privée de son père et de sa mère qui avaient pour but évident d'accréditer la thèse du suicide, a fini par la convaincre que son père avait pu être assassiné. Elle ne fut pas la première à le soutenir, vérifiant avec son mari tous les arguments factuels allant dans ce sens de la façon la plus scrupuleuse possible.

Le premier à l'affirmer publiquement fut Jacques Chaban-Delmas qui déclara dès le 1er novembre 1979  au micro d'Europe 1 : "Cherchez qui a donné le dossier aux journaux - un dossier visant à impliquer Robert Boulin dans une affaire de terrain frauduleusement vendus dans laquelle il devait s'avérer plus tard qu'il n'était pour rien - et vous connaitrez l'assassin ou les assassins". 

Alexandre Sanguinetti, ancien secrétaire général de l'UDR, le parti gaulliste de 1973 à 1974 et co-fondateur  du SAC - service d'action civique, officine gaulliste chargée de lutter contre l'OAS  puis contre les soixante-huitards -  l'avait dit en privé à sa fille à la mi-novembre. Olivier Guichard, ancien secrétaire particulier puis ancien ministre du général de Gaulle, l'affirma au journaliste Jean Mauriac qui le révéla le 11 mai 2007 dans le journal en ligne Rue 89.

*    *    *

Le récit  de Fabienne Boulin Burgeat est détaillé et daté, les faits scrutés, le déroulement des révélations successives en tous genres raconté dans l'ordre chronologique précis, le contexte psychologique éclairé et pour ce qui concerne l'auteure expliqué et assumé, les mécanismes juridiques démontés et le contexte politique pouvant expliquer un assassinat analysé.

Il est possible d'en extraire deux faits marquants, sans vouloir être exhaustif sur ceux-ci.

Des journalistes eurent un très grand rôle dans la manifestation de la vérité :  Serge Garde, dans un article publié dans L'Humanité du 15 janvier 2002 et le grand reporter Benoit Collombat dans un livre L'homme à abattre en 2007, entre autres, livrèrent les résultats d'enquêtes fouillées pour conclure à l'assassinat.

A l'inverse, les procureurs généraux Le Mesle et Faletti mirent toute leur énergie  à refermer le plus vite possible et définitivement un dossier devenu d'autant plus complexe que des pièces essentielles ont disparu ; une énergie  associée à l'extrême rapidité qu'une jeune juge d'instruction en début de carrière, Laurence Vichiniewsky,  a mis le boucler par un non-lieu : arrivée à son poste le 9 janvier 1991, elle transmet le dossier au Parquet le 17, qui lui rend avec des réquisitions de non-lieu le 2 septembre qu'elle recopie pour rendre son ordonnance le 20 du même mois.

L'intervention des premiers, venant appuyer la non-intervention de la seconde, démontre que les protagonistes officiels dans cette affaire, comme les donneurs d'ordre si ce n'est les exécutants si assassinat il y a eu, n'avaient et n'ont rien de "vulgaire et de subalterne" comme le général de Gaulle avait qualifiée une autre grande affaire de la Vème République, celle de l'assassinat de Ben Barka, aujourdhui largement élucidée.

Le dossier est aujourd'hui soumis à la Cour Européenne de Justice sur la question du refus sans explications du procureur général français de rouvrir le dossier en raison de charges nouvelles.

Eclairage

Il ne paraît pas possible d'échapper à la conclusion que c'est la conquête et l'exercice de la présidence de la République qui étaient en jeu, et le restent, dans la vie et la mort de Robert Boulin :

le poste de président, dont le même général de Gaulle, soucieux de l'efficacité à la tête de l'Etat, avait personnellement voulu, lors de la rédaction de la constitution de 1958, qu'il fasse, en contresignant toutes les mesures individuelles portant nomination dans un emploi public, la carrière des hauts fonctionnaires.

Charles-Henri de Choiseul Praslin

Fabienne Boulin Burgeat "Le Dormeur du Val"  Editions Don Quichotte 320 pages 16 € 90

[/Are_PayPal_LoginPlease]

Lire toutes les informations

Posted in Criminalités n°7 - mai 2013, Informations / n°7, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , , .

Laisser un commentaire