Escobar, le mythe persistant

Si "Pablo Escobar" n'est pas une marque, le capo colombien de la drogue des années 1980 reste cependant un héros très populaire, vingt ans après sa mort. De la série télé aux livres d 'images pour enfants, du cinéma aux circuits touristiques...

Luz Maria Escobar, une des sœurs de Pablo Escobar, vient de demander pardon aux victimes du célèbre baron de la drogue colombien, vingt ans après sa mort.

Pourtant, pour beaucoup de Colombiens, la figure du narcotrafiquant en chef du Cartel de Medellin est érigée en icône héroïque. Pablo Escobar a bien sûr laissé un traumatisme après des familles qui lui doivent de nombreux morts d'une guerre sanglante dans les années 80, mais le baron de drogue conserve l'aura d'un personnage bienfaisant, notamment auprès des plus pauvres qui ont bénéficié de ses largesses.

Selon la fondation « La Colombie avec la mémoire », ONG qui œuvre contre l'impunité et en faveur des victimes du narcotrafic, Escobar aurait à son actif quelque 50 000 victimes. Et parmi les plus notables, le meurtre d'un ministre de la Justice, d'un patron de presse, d'un gouverneur, d'un candidat à la présidence, ainsi qu'une centaine de passagers d'un avion de ligne détruit par une bombe en 1989.

Une image de bienfaiteur

« Bienvenue dans le quartier Escobar ! Ici on est en paix », signale une inscription à l'entrée de la Commune 1, un quartier bâti avec l'argent de son cartel de cocaïne, et où de nombreux habitants défavorisés lui vouent un véritable culte, l'assimilant à un Robin des Bois colombien. En statue, en portrait dans les familles, la mémoire de Pablo Escobar bénéficie toujours d'une image de héros populaire et de bienfaiteur des plus pauvres. Beaucoup de Colombiens ont pleuré le jour de sa mort et certains affirment encore aujourd'hui que leur héros n'est pas tombé sous les balles de la police mais s'est lui-même suicidé, fidèle à sa devise : « Plutôt une tombe en Colombie qu'une prison aux États-Unis ».

Une série adulée

Ses exploits sont mis en scène par une série télévisée colombienne « Pablo Escobar, el patrón del mal », revendue et rediffusée dans le monde entier. La série fait notamment fureur en Amérique latine, records d'audience à l'appui. En Colombie, les enfants collectionnent les images des acteurs de la télénovela, collés dans des albums vendus partout comme ceux dédiés aux joueurs de football. La série contribue à humaniser le capo du Cartel de Medellin. Andrés Parra, l'acteur qui incarne Escobar, est devenu un personnage populaire dans toute l'Amérique latine, où il est considéré comme l'équivalent d'une célébrité d'Hollywood. Un intellectuel comme le prix Nobel de littérature Mario Vargas Llosa, a soutenu la série télévisée pour argumenter en faveur de la libéralisation de la consommation de drogues.

Films livres

« Paradise lost », un film tourné au Panama au printemps dernier, réalisé par André Di Stefano, coproduction franco-belgo-espagnole, doit sortir en salle prochainement en 2014, avec l'acteur porto-ricain Benicio del Toro dans le rôle du trafiquant.

Pablo escobar fait encore rêver. De nombreux livres célèbrent sa biographie. Sa maison à Puerto Triunfo attire de nombreux visiteurs. Toujours très fleurie, sa tombe draine aussi de nombreux touristes, curieux ou fidèles qui lui vouent un culte pour avoir bénéficié de ses narco-dollars.

Pas de marque

Mais les autorités colombiennes viennent de refuser que son nom puisse être enregistré et protégé comme marque. Le registre du commerce a mis son veto, afin de ne pas « porter atteinte à la morale de la société colombienne et à l'ordre public » en valorisant « le plus grand narcotrafiquant de l'histoire ». Une marque au nom de Pablo Escobar ferait « l'apologie de la violence, du narcotrafic et du terrorisme », a expliqué l'organisme public dans un communiqué. La requête déposée par les proches d'Escobar avait déjà été rejetée en 2006 et en 2012, décision dont la famille avait fait appel.

Sources : Agence France Presse (Paris, France) ; Agence EFE (Madrid, Espagne) ; Le Monde (Paris, France)

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