Frontex mis en cause

Depuis l'Europe et l'Afrique, une campagne de plus d'une vingtaine d'ONG, pour mettre en cause les actions menées par Frontex, l'agence européenne des polices aux frontières Nord-Sud de l'Europe

L'Europe est en guerre contre l'ennemi qu'elle s'invente, dit la campagne « Frontexit », lancée par des ONG mobilisées sur la question des migrants et des droits humains, et à l'initiative de Migreurop. L’Union européenne investit aujourd'hui 88 millions d'euros par ans dans ce que les ONG considèrent comme « un dispositif quasi militaire pour surveiller ses frontières extérieures : FRONTEX. »

La campagne est dénommée « Frontexit », en référence à Frontex, l'agence de sécurité des frontières basée à Varsovie mais se concentrant spécialement au périmètre sud de l'Europe, zone de contact entre un continent considéré comme riche et l'Afrique. L'agence, dont le nom officiel est « Agence européenne pour la gestion de la coopération opérationnelle aux frontières extérieures des États membres de l’Union européenne », est opérationnelle depuis le 3 octobre 2005.

Ce dispositif et ses effectifs sont réputés garants de ce que les ONG ont appelé l'« Europe forteresse ». Si les polices et service de l’État de chaque État membre restent responsables de la part de frontière sur leurs propres territoires, Frontex entend coordonner les moyens, garantir des normes communes et un haut niveau d'efficacité.

Depuis sa création, l'agence a été critiquée sur plusieurs points : son caractère semi-privé, son côté para-militaire ainsi que sa sa fonction de rejet des migrants, externalisant la fonction d'asile en participant à bafouer des droits humains. Le fait de déléguer  le contrôle, la rétention et l'expulsion des migrants à des pays tiers, hors Europe (aux pays limitrophes (Maghreb, Europe de l’Est), a valu bien de reproches, d'ailleurs plus à l'institution européenne qu'à Frontex seule, qui n'est que l'instrument de cette politique.

En mars 2012, le médiateur européen s'est inquiété des moyens de contrôles des atteintes aux droits humains générés par cet outil policier de contrôle et de répression aux frontières : 

« Il est difficile de concevoir un verrouillage des frontières totalement hermétique pour les «clandestins» sans compromettre la circulation des biens, des capitaux, des marchandises, bref, de tout ce dont la mondialisation se nourrit » commente notamment Claire Rodier, auteur du livre « Xénophobie business. A quoi servent les contrôles migratoires » aux éditions La Découverte en 2012.

Lancée conjointement à Bruxelles (Belgique) et à Nouakchott (Mauritanie) le 20 mars 2013, « Frontexit » est une campagne interassociative et internationale pour le respect des droits humains des migrants aux frontières extérieures de l'Europe. Qui entend

  • informer un large public sur les dérives auxquelles donnent lieu les opérations menée sous l'égide de Frontex,
  • dénoncer ces dérives auprès des représentants politiques directement impliqués,
  • questionner plus largement le fonctionnement, la transparence et le respect des droits humains par cette agence européenne,
  • faire suspendre les activités de l’agence identifiées comme contraires aux droits humains,
  • obtenir l’annulation du règlement créant l’agence Frontex, s’il est démontré que le mandat de l’agence est incompatible avec le respect des droits fondamentaux,

Frontexit est une campagne portée par 21 associations, des chercheurs et des individus issus de la société civile du Nord et du Sud de la Méditerranée (Belgique, Cameroun, France, Italie, Mali, Maroc, Mauritanie), organisations internationales...

Plus d’infos sur www.frontexit.org

Eclairage

Cette campagne fait écho au rapport de la Ligue des Droits de l'Homme cité dans une  précédente  dépêche de la revue, la Traite dans le Noir. Toutes les violations des droits humains des migrants que peut révéler cette campagne s'accompagnent, malgré les moyens policiers et militaires mis en oeuvre, d'une grande inefficacité dans la lutte contre le trafic d'êtres humains que des organisations criminelles organisent pour apporter leur solution aux besoins des populations que l'économie légale est incapable de satisfaire.

De plus le fait de confier à des sociétés privées cette répression, apparemment légale, des migrations n'aide pas, bien au contraire, au renforcement de l'Etat de droit, puisque ces sociétés ont un intérêt objectif au développement de migrations illégales. Celles-ci constituent leur marché, le même que celui des organisations trafiquantes, qu'elles n'ont ni les moyens ni sans doute la volonté de combattre.

Ainsi, par une lourde réglementation inspirée en réalité par le souci de faire croire à leurs populations qu'ils les protègent, les Etats se disant et se croyant même démocratiques, créent ils une économie trafiquante régie par le mépris des droits humains.

C-H de Choiseul Praslin.

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Posted in Criminalités n°5 - mars 2013, Dépêches / n°5, Les dépêches - La chronique, Les dépêches hebdomadaires, Revue Criminalités and tagged , , , .

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