Ivoire illégal dans les valises diplomatiques chinoises

Tanzanie-Chine, un trafic d'ivoire illégal, cette fois impliquant une délégation officielle embarquée dans l'avion du président chinois Xi Jinpin.


Selon l’ONG internationale Environmental Investigation Agency (EIA), basée à Londres, les officiels de la délégation officielle accompagnant le président chinois Xi Jinping en Tanzanie en mars 2013 ont fait des emplettes en achetant des défenses d'ivoire de contrebande.

« La moitié de l'avion présidentiel était rempli de cet ivoire d'origine frauduleuse, embarqué dans les valises diplomatiques » dit un marchand interrogé par les enquêteurs de l'ONG. Le rapport de 36 pages, en anglais, de l'EIA s'intitule « Criminality, Corruption and the Devastation ok Tanzania's Elephants ».

Selon l'EIA, la Tanzanie est un acteur central du commerce illégal d'ivoire. Pendant la période 2009-2013, la Tanzanie a perdu plus d'éléphants qu'aucun autre pays. Rien qu'en 2013, quelques 10 000 de ces pachydermes ont été tués pour la contrebande, soit pratiquement 30 par jour ! La Chine est la principale destination de ce trafic. Le trafic est officiellement réprimé en Chine, mais la sculpture sur ivoire figure depuis 2006 sur l’inventaire national du patrimoine culturel intangible, au même titre que le kung-fu ou l’acupuncture. De facto, la Chine est le plus gros acheteur d’ivoire illégal au monde, au point que, selon l’organisation Save the Elephants, la Chine « détient la clé de l’avenir des éléphants africains ».
« Les officiels et les businessmen de la délégation ont profité de l’occasion pour acheter une quantité d’ivoire si importante que les prix ont grimpé », rapporte l’EIA. Selon un trafiquant local, cité dans le rapport, le cours de l’«or blanc» est passé de 350 à 700 dollars (560 euros) le kilo. Q

uinze jours avant l’arrivée de la délégation, des acheteurs chinois avaient écumé les marchés en prévision. Les autorités tanzaniennes ont récusé le dernier rapport, qualifié d' »absurdité stupide ». Quand leurs homologies chinois ont avancé que ces allégations étaient « sans fondement ».

Sous couvert de lutte contre la piraterie
Ce pillage sous couvert diplomatique a des précédents. En 2006, un contrebandier interrogé par l’EIA affirmait que les diplomates de l’ambassade de Chine à Dar es-Salaam étaient ses plus gros clients, « car personne ne vérifie le contenu de la valise diplomatique ».

Les soutes des navires de guerre bénéficient de la même impunité. En décembre 2013, la frégate chinoise Hengshui et le navire amphibie Jinggang Shan, qui participaient à une opération internationale de lutte contre les pirates somaliens dans le golfe d’Aden, étaient en escale quatre jours à Dar es-Salaam, sous couvert d'«échanges culturels ».

Même scénario qu'en mars 2013 : « A leur arrivée, les prix de l’ivoire ont immédiatement monté », note le rapport et « un trafiquant s’est vanté d’avoir vendu pour plus de 50 000 dollars [plus de 40 000 euros] d’ivoire à l’équipage ». Un intermédiaire chinois malchanceux a été arrêté par la police alors qu’il s’apprêtait à charger sur les navires une cargaison de 81 défenses d’éléphant pesant 303 kilos, dissimulées dans deux camions. Il a été condamné peu après à vingt ans de prison par un tribunal tanzanien.

Sources : Libération ; rapport de l'EIA « Criminality, Corruption and the Devastation ok Tanzania's Elephants » ; BBC.

Posted in Criminalités n°10 - octobre 2014, Dépêches / n°10, Les dépêches - La chronique, Revue Criminalités and tagged , , , , .

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