Kif du Rif : vers la légalislation ?

Légaliser la culture du kif dans le Rif ? La question a été débattue le 6 avril au Maroc, lors d'un colloque regroupant des universitaires, des association du Rif et des représentants politiques marocains.

Les objectifs envisagés par cette légalisation englobent le fait de mettre fin aux injustices subies par les cultivateurs, la relance économique du secteur, la lutte contre l'hypocrisie sociale de l'interdit, et l'intention de modifier l'image négative du pays, deuxième producteur mondial de cannabis.

« Celui qui cultive le kif n'est pas celui qui le transforme, qui n'est pas celui qui le commercialise, la loi doit être claire sur ce point », a signalé Naoufal Bouamri, avocat et membre de l'USFP, Union socialiste des forces populaires.

Moins de surfaces, petits revenus

Début mars, le rapport de l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime publié estime que les cultivateurs marocains cultivent 47 500 hectares (72 500 ha en 2005) vendent chaque année 38 000 tonnes de cannabis à des organisation criminelles qui les revendent ensuite sur le marché européen. Ces paysans gagnent près de 214 millions de dollars, tandis que les mafias, elles, empochent presque 14 milliards de dollars.

Le colloque a été l'occasion de rappeler que dès 1954, l'interdit de la culture du chanvre avait envisagé une dérogation pour le cannabis à des fins thérapeutique dans un dahir (décret royal) qui stipule : «  le directeur de la santé publique et de la famille pourra, sur demande motivée, autoriser, dans les conditions qu'il fixera, la culture, la fabrication ou l'emploi du chanvre indien et de ses établissements de recherche et d'enseignement ». Un texte qui relève peut-être de l'histoire mais dont les juristes interrogent la pertinence au regard des lois marocaines ( 1961, 1971, 1988) sur les stupéfiants et substances psychotropes qui l'ont depuis recouverte.

Il s'agit donc de préliminaires en vue de la rédaction d'un projet de loi visant la dépénalisation de la culture du kif.

Le poids de l'histoire

« Le Rif est enclavé. Il a toujours résisté aux dominations, arabe et européenne. Cela fait six siècles que la région vit du cannabis, plus ou moins légalement selon les époques. Paradoxalement, Abdelkrim El Khattabi - le "Vercingétorix berbère", leader de la courte République du Rif, de 1923 à 1926 - est le seul à avoir réussi à faire appliquer l’interdiction l’Office des Nations unies contre la drogue et le crime publié début mars nous apprend que les cultivateurs marocains vendent chaque année 38 000 tonnes de cannabis aux mafias qui les revendent sur le marché européen. Ces paysans gagnent près de 214 millions de dollars, tandis que les mafias, elles, empochent presque 14 milliards de dollars.de la culture du kif pendant trois ans. Il estimait sa consommation contraire aux principes de l’islam. Depuis qu’à la fin du XIXe siècle, le sultan Moulay Hassan a officiellement autorisé sa culture dans cinq villages du Rif, les différentes autorités qui se sont succédé ont bien du mal à l’interdire », rappelle le quotidien Libération.

Les efforts des autorités espagnoles, françaises et même marocaine, à l’indépendance, ont échoué à pénaliser la culture du cannabis dans les cinq villages historiques, « par peur de la colère des Rifains ». Après le roi Mohammed V, son fils Hassan II a bien lancé en 1992 une «guerre contre la drogue», sans plus de succès que dans d'autres régions du monde, même si l’illégalité de la culture, a entraîné une répression des cultivateurs, et vu échouer toutes les essais d'alternatives à la culture ancestrale du kif.

Sources : Média 24, l'information économique marocaine en continu (Casablanca); Rapport UNODC  word drug report, cannabis ; Libération (Paris).

 

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