La blanche et le blanchiment à la banque

La banque HSBC, modèle de blanchiment  et d'impunité.

Proposer les mots clefs « hsbc blanchiment drogue » à un moteur de recherche et une avalanche de 24 800 résultats. Bien moins qu'en anglais où la requête décèle quelque 8 550 000 résultats.

« Les États-Unis devraient avoir honte de traiter plus mal les fumeurs de marijuana que les délinquants de Wall Street » dit le journaliste Matt Taibbi, ancien de Rolling Stone, pour présenter son dernier livre, The Divide: American Injustice in the Age of the Wealth Gap. Il évoque le fait qu'en décembre 2012, la banque HSBC a admis avoir blanchi pour 680 milliards de dollars au bénéfice des cartels mexicains et colombiens de la drogue. Le patron de la banque écrivait alors à ses collaborateurs : « Nous allons présenter nos excuses, reconnaître ces erreurs, répondre de nos actes et nous engager à corriger ce qui n’a pas fonctionné

Parallèlement, un citoyen arrêté avec un joint dans sa poche a du effectuer 47 jours de prison ferme à Rikers Island. Deux poids, deux mesures : convaincue de blanchiment d'argent sale, la banque HSBC s'en est tirée avec une simple amende d'1,98 milliards de dollars (1,5 milliard d'euros, l’équivalent d’une semaine de recettes de la banque) versée à l'administration du trésor pour clore les enquêtes diligentées contre la banque. Aucun responsable de la banque n'a été poursuivi en justice. Une manière d'acheter une indulgence inhérente aux procédures de la justice américaine.
S'appuyant sur une enquête menée par l'International Herald Tribune pour connaître la teneurs des débats et arguties au sein du département de la Justice, l'universitaire belge Éric Toussaint rappelle que « plusieurs procureurs voulaient que HBSC plaide coupable et reconnaisse ainsi qu’elle avait violé la loi qui l’obligeait à informer les autorités de l’existence de transactions supérieures à 10 000 dollars, identifiées comme douteuses. Cela aurait dû entraîner le retrait de la licence bancaire et la fin des activités de HSBC aux États-Unis. Après plusieurs mois de discussion, une majorité de procureurs prit une autre voie et décida qu’il n’y avait pas lieu de poursuivre la banque pour activités criminelles car il fallait éviter sa fermeture. Il convenait même d’éviter de trop ternir son image ».
« Au cours de la dernière décennie, HSBC a collaboré avec les cartels de la drogue du Mexique et de Colombie, responsables de dizaines de milliers d’assassinats avec armes à feu, dans le blanchiment d’argent pour un montant d’environ 880 milliards de dollars », expose Éric Toussaint, président du CADTM* Belgique (Comité pour l'annulation de la dette du tiers-monde) et membre du conseil scientifique d’ATTAC France.

Malgré les nombreux rapports, éclairages et avertissements d'agences gouvernementales états-uniennes, la banque britannique a persisté à garder ses relations financières avec les cartels de la drogue. Au contraire, la HSBC a ouvert en toute impunité « des guichets spéciaux dans ses locaux à Mexico où les narcotrafiquants pouvaient déposer des caisses emplies d’argent liquide, pour faciliter le processus de blanchiment ». L'argent n'a décidément pas d'odeur.

*  auteur de Procès d’un homme exemplaire, Editions Al Dante, Marseille, 2013 ; Un coup d’œil dans le rétroviseur. L’idéologie néolibérale des origines jusqu’à aujourd’hui, Le Cerisier, Mons, 2010. À paraître : Bancocratie, Aden, 1er semestre 2014
 Sources : CADTM Belgique ; Huffington Post, Libération, Le Point.

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