La corruption, un fléau impressionniste

LES DÉPÊCHES /

Le récent rapport sur la corruption dans l'UE reste dans les généralités et se focalise sur le sentiment des citoyens.

Fléau, défi, enjeu. En se focalisant sur un chiffre, l'Union européenne entend stigmatiser une faiblesse démocratique et un gouffre financier. 120 milliards d’euros par an, ce serait donc le coût estimé de la corruption dans l’UE. Une corruption rebaptisée « abus de pouvoir à des fins d'un profit personnel ».

Favoritisme, marchés publics truqués, pouvoirs discrétionnaires de services officiels, financements occultes de partis politiques, pots-de-vin, conflits d'intérêts, lobbying, opacité, protection des lanceurs d'alerte sont au cœur de la problématique.

Le BTP, le secteur de la santé et l'administration des taxes sont trois domaines identifiés comme étant plus spécialement perméables à la corruption.

Les seules statistiques mises en avant ne concernent que la perception par les citoyens, issue de deux sondages Eurobarometer sur « la perception et l'expérience de la corruption ». L'impression d'appartenir à un État corrompu n'est qu'un indicateur psychologique, à mettre en relation avec l'appareil judiciaire en place contre les faits de corruption, la détermination et pugnacité des services policiers et judiciaires à engager des enquêtes et des poursuites, du sentiment d'impunité des gouvernants qui n'est pas forcément lié au nombre d'affaires menées à terme, jusqu'à des condamnations. Le niveau d'information divulgué par les médias, le ton adopté par la presse pour en faire état influent aussi sur ce qui n'est qu'une appréciation personnelle d'une opinion publique, par essence floue.
Premier du genre, le rapport de 41 pages publié le 3 février dernier élude la question de la corruption au sein même des instances européennes. « Chaque année, près de 2.500 plaintes y sont déposées débouchant sur plus de 450 enquêtes annuelles. Actuellement en cours de réalisation, l’une d’entre elles concerne directement la Commission et les conflits d’intérêts en cas de "portes tournantes" (le pantouflage) ! », écrit Challenges.

Une question basique plane sur le rapport : a qui profitent ces crimes? Corrupteurs et corrompus n'ont pas tout à fait les mêmes intérêts. On ne pourrait pas dire qu'entre eux, il y aurait comme un conflit d'intérêts, mais leurs motivations à agir, activement ou passivement, ne sont pas uniformes. L'Europe a encore du travail pour traquer ces zones d'ombre et contribuer à éradiquer ces pratiques.

SourcesAnti corruption reportLe Monde, Challenges, Novethic.

Posted in Criminalités n°9 - septembre 2013, Dépêches / n°9, La chronique - dépêches et débats, La Gazette (intégrale), Les dépêches - La chronique, Revue Criminalités and tagged , , , , .

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