Des représentations criminogènes ?

"SHOWBIZ, PEOPLE ET CORRUPTION"

de Jean-François Gayraud

 Dans « Showbiz, People et Corruption », publié en 2009, Jean-François Gayraud théorise les liens qui unissent le crime organisé à l’industrie du divertissement. De Marilyn Monroe à Sami Naceri, les « people » sont souvent liés de près ou de loin à la mafia. Ce livre nous en propose une explication.

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Un « nouvel ordre mondial spectaculaire et festif ».

Pour faire simple, nous serions dans une « société de distraction » où « la fête est la solution » et devient même « le quotidien ». Par conséquent, elle est le « moteur de l’économie ». Pour comprendre l’intégralité de ce raisonnement, il est essentiel de définir ce que Jean-François Gayraud entend par « un nouvel ordre mondial spectaculaire et festif  ». C’est « une société capitaliste de consommation et de divertissement, dans laquelle les médias et les nouvelles technologies de la communication et de l’information occupent la place centrale. Dans cette société dominée par les biens matériels, l’individu aliéné est essentiellement spectateur du monde » (théorie développée par Guy Debord en 1967). La culture populaire (cinéma, musique…) est la culture de la société spectaculaire et festive. La façon dont le crime organisé est traité par la société de divertissement est un indice de son influence. Ce nouvel ordre mondial crée « les nouvelles élites de la société du spectacle » où « gangsters et célébrité des mondes artistiques et sportifs s’attirent mutuellement de manière permanente ». Cela a « l’aspect d’une véritable loi sociologique ».

« Comment le milieu criminel approche et corrompt certaines élites ».

Les États-Unis servent d’exemple car ils représentent un « laboratoire du nouveau monde ». La mafia italo américaine aux États-Unis s’est imposée dans toute l’industrie du divertissement. Les victimes sont les producteurs de musique et de cinéma, les acteurs, les chanteurs, les agents d’acteurs… Du programmateur radio aux stars comme Steven Seagal, tous sont soumis à l’influence de la pègre. Les modes opératoires de la mafia sont entre autres:

- le contrôle des syndicats professionnels (une grève peut entacher toute l’économie du cinéma),

- le racket (de stars comme Steven Seagal),

- le financement des films (comme moyen de blanchiment d’argent).

La pègre utilise des techniques plus spécifiques pour contrôler l’industrie du cinéma. Jean-François Gayraud crée des classifications et les regroupe sous la forme de  « gangster type » :

- « le gangster acteur » où de véritables gangsters jouent des rôle de gangsters dans des films de gangsters,

- le « gangster financier producteur » qui blanchit de l’argent provenant du crime organisé et peut avoir un contrôle sur l’image des gangsters véhiculée,

- « le gangster surveillant ». Dans « Le Parrain », la mafia impose le « criminellement correct » en plaçant « ses hommes parmi les comédiens et les techniciens ».

Les gangsters voient le Septième art comme un excellent support pour assurer leur propre promotion. Ils fabriquent leur propre légende, sont sublimés, magnifiés. Ils deviennent en quelque sorte immortels grâce au pouvoir de l’image.

«  Ces types sont aussi très sexy ».

Cette déclaration de l’acteur Hugues Grant est une preuve de la fascination que la mafia exerce sur les vedettes. Cette attraction explique la présence de la pègre dans le monde du show business. Son influence n’a pas de limite et gagne même la population.

Le crime organisé a donc un fort pouvoir d’attraction sur le grand public. Pour l’auteur, le divertissement populaire a, comme la musique, un effet fédérateur. Il peut être dangereux lorsque celui-ci est criminogène. Au Mexique, le phénomène des narcocorridos loue « les trafiquants de drogues et les drogues elle-mêmes ». Les « hors la loi » sont propulsés au rang de stars et vont jusqu’à remporter des récompenses institutionnelles comme les Latin Music Awards.

La mafia et le star system exercent l’un sur l’autre une fascination réciproque. La fusion entre le cinéma et le monde des gangsters est à son apogée dans le film « Le Parrain » de Coppola. Ainsi, le terme parrain est une invention du cinéma et sera repris par les gangsters du monde entier. L’art offre alors un moyen de diffusion de valeurs communes au crime organisé.

« Hollywood, Chuck, c’est des types qui attendent qu’on se serve d’eux…

Sam Giancana, un des parrains de la mafia de Chicago dans les années 1960, décrit avec froideur et ironie les relations de la pègre avec Hollywood. « On les aide et ils nous appartiennent. A part Washington, Hollywood est le seul endroit que je connaisse où tout le monde, les hommes comme les femmes, est prêt à se mettre à genoux pour qu’on se serve d’eux ». De nombreuses icône du cinéma ou de la musique en France ou à l’international ont des liens plus ou moins intenses avec le « Milieu » comme Frank Sinatra, Marilyn Monroe ou plus proche de nous, Alain Delon, Johnny Halliday, Jamel Debbouzze.

L’affaire Kennedy ira placer la mafia jusqu’au sommet de la hiérarchie sociale. Elle apportera son soutien financier au futur président des États-Unis et étendra son influence par le biais de Kennedy. L’auteur parle de « pacte avec le diable ». La mafia italo américaine n’apporte pas son soutien à un parti politique précis, car elle soutient le pouvoir. Ce ne sont pas les valeurs défendues dans un programme qui compte. L’important est d’avoir soutenu le candidat gagnant.

Pour conclure, l’auteur pointe les dangers du star system qui est sous l’influence de criminels dans notre société « festive et spectaculaire ». C’est un des facteurs qui expliquerait la montée du crime organisé dans les pays occidentaux depuis les années 1960. Il va même plus loin en qualifiant la société spectaculaire et festive de « nouveau dieu ». Le temps où l’art servait à éveiller les consciences est révolu. Avec la culture de masse, « les troubadours jouent les rôles d’anesthésistes » car pour Jean-Claude Michéa, le spectacle est « la meilleure des polices ». Une police qui épargne le crime organisé et lui permet de se développer…

La théorie de l'auteur, selon laquelle la représentation des gangsters et de la mafia est dans le cinéma intégralement criminogène, doit être rapprochée de celle, à peu près inverse, du réalisateur et d'un certain nombre de commentateurs du film sur la Camorra, GOMORRA, exposée elle-aussi dans ce numéro de la revue :

un débat essentiel que CRIMINALITÉS continuera de mener.

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Posted in Criminalités n°9 - septembre 2013, Enquêtes et dossiers / n°9, Informations / n°9, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , , , , , , .

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