La prunelle de nos yeux

CHCP-150x150Le cerveau commande l’œil et non l’inverse : on ne voit que ce que l’on peut penser, tout en continuant de penser à partir de ce que l’on a vu. C’est pourquoi la revue publie aussi bien des analyses théoriques que des enquêtes factuelles, pour favoriser leur fécondation réciproque, face à l’impensable et l’invisible des criminalités transnationales.

Cependant, l’œil n’est pas un serviteur toujours efficace de son maître quand celui-ci l'envoie scruter la part obscure du monde. Sa vision peut être obscurcie ou restreinte de bien des manières, à commencer par des maladies, le plus souvent apportées par des poisons extérieurs.

Pour poursuivre cette métaphore, je dirai que l’œil, organe vivant, a besoin d'être alimenté et nous savons qu'il doit l'être, lui aussi, par la finance : observer avec soin coûte cher. Et que cette nourriture, qui ne doit être ni surabondante ni insuffisante, doit aussi être variée.

Une seule source de financement, c’est la mort assurée à plus ou moins court terme des associations ayant une dimension contestataire si minime soit-elle. Nous entendons bien que la nôtre n’ait pas d’autres limites que celles nous lui poserons, car il n’est  malheureusement pas de puissance, et donc de source de financement,  dans laquelle nous nous interdisions à priori d’observer des pratiques criminelles : c'est pourquoi vous êtes devant cette page et que vous irez sur les autres de Criminalités.

Quatre sources de financement sont disponibles :

- les aides publiques directes par des subventions et indirectes par des exonérations fiscales,

- les marchés publics et appels d’offres pour des études et des évaluations dans notre domaine

- les dons et le mécénat,

- les produits commerciaux soit par ventes directes soit par la publicité,

les cotisations des membres de nos associations n’étant évidemment que symboliques sur le plan financier.

Nous puiserons dans toutes, sauf la publicité qui nous paraît celle qui, de façon subreptice, formate le plus les informations qu’elle finance. Le risque est en particulier énorme sur Internet qu’elle pousse encore davantage à une information prédigérée pour des internautes supposés n’être que des surfeurs, tournant en boucle de machines en machines avec de moins en moins d’information et de réflexion.

Chaque financeur a sa propre culture et donc sa propre vision du produit ou du service qu’il veut aider, sans parler bien entendu de son inévitable propension à instrumentaliser celui qu’il aide, jusqu’au jour où le fou du roi capte trop l’attention. Puisque nous voulons faire une revue multidimensionnelle pouvant rassembler des lectorats comme fédérer des observateurs divers, nous avons besoin de différents types de financements.

Des subventions, nous en avons déjà reçu quelques unes du ministère de la Culture que nous détaillerons dans nos comptes, bientôt intégralement publiés.

Des dossiers d’exonérations fiscales ou de cotisations sociales, nous sommes en train d’en constituer.

Pour les dons, il vaut mieux aussi des facilités fiscales pour les donateurs, que nous avons demandées. Nous vivons déjà de dons en ce moment, à commencer par le considérable travail bénévole fourni par nos membres et correspondants qui ne peut ni ne doit s'éterniser.

Quant aux marchés publics, qui nécessitent un gros travail préalable, nous n’en sommes qu’au début du processus.

Il reste le produit des abonnements et des ventes d’articles à l’unité. La revue devient payante de ces deux façons là à compter ce numéro, précisément les Informations, les Enquêtes et les Analyses, tandis que l'édito, les Dépêches et l'Interview restent gratuits.

Nous avons adopté ce mode de financement pour deux raisons :

- faire croire qu’un bon service sur le web peut être gratuit pour les internautes sans passer sous les fourches caudines d’autres financeurs nous paraît répandre une illusion d’une manière qui n’a rien de naïf ; c’est donc la source de financement qui garantit le mieux notre indépendance

- celui qui paie peut être plus exigeant que celui qui reçoit sans effort et nous avons besoin que nos lecteurs soient exigeants, car nous pourrons l’être aussi avec eux ; c'est donc la source de financement qui incite à la revue à être la meilleure possible à vos yeux attentifs.

Nous avons fixé des tarifs dont nous espérons qu’ils ne seront pas dissuasifs. Comme une partie de la revue restera aussi gratuite, chacun pourra y avoir un accès sans aucun frais et nous donner son avis sur cette question, primordiale. Cet avis est vital pour nous : sans vos abonnements, la revue et l'OGC cesseront vite d'exister, comme l'a montré en 2002 la fin de l'OGD, l'Observatoire Géopolitique des Drogues.

C’est ainsi que nous espérons vous donner des garanties de notre indépendance, la prunelle de nos yeux, votre raison de nous lire.

Charles-Henri de Choiseul Praslin

 

Posted in Criminalités n°5 - mars 2013, Edito / n°5, Éditos, Revue Criminalités and tagged , , , .

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