La Terre des Feux ou les vieilles fumées de la Camorra

Après les fraudes de la mafia sur les site de traitement des déchets, les effets néfastes sur la santé se font sentir.

Hautement médiatisée en 2008, la crise des déchets à Naples produit inexorablement ses effets depuis.

Une étude épidémiologique de 194 pages de l’Institut Supérieur de Santé (en italien, ici) établit que dans la région de Naples, les décharges toxiques provoquent un taux de mortalité supérieur à la moyenne nationale : de 13% pour les femmes, de 10% pour les hommes. A Naples, le nombre d’enfants hospitalisés de la naissance à un an est supérieur de 51% à la moyenne pour toute l'Italie.

Le 19 octobre dernier, des centaines de manifestants se sont assemblés devant la RAI, la chaîne de télévision publique pour protester contre l’inertie des autorités face au scandale sanitaire et environnemental de la "Terre des Feux". Cette zone, située dans la région de Campanie, au sud de la Botte, a fait l’objet pendant des années d’un trafic de déchets orchestré par la Camorra, la mafia napolitaine. Aujourd’hui encore ces décharges enfouies à même le sol dégagent des fumées toxiques. Et provoquent des cancers. Au fil des années, la population a développé des lymphomes, des cancers du foie ou du sein en nombre largement supérieur à la moyenne nationale.

Tout est né à la fin des années 80, quand une loi a obligé les entreprises italiennes à traiter leurs déchets toxiques. La Camorra, la mafia napolitaine, s'est placée très vite sur ce marché en proposant d'enlever et de traiter ces déchets à des tarifs défiant toute concurrence.

En fait, les enfouissements se font de manière illégale à bas coûts, quand on n'entrepose pas simplement à l'air libre des déchets, brûlés de manière sauvage, alors qu'ils auraient du recevoir un traitement et des précautions sanitaires… Pendant vingt ans, quelque dix millions de tonnes de déchets toxiques – bitumes, amiante, substances radioactives et solvants – sont incinérées, dégageant des fumées saturées en dioxine, tandis que les déchets enfouis sous terre répandent du plomb, voire du mercure et de l’arsenic.

Le site LaTerraDeiFuochi.it cartographie ces foyers dans la région de Campanie.

Malgré la récente étude épidémiologique de l’Institut Supérieur de Santé, la ministre de la Santé, Béatrice Lorenzin, a déclaré qu'il n'y avait pas de problème spécifique à la Campanie, où il fallait surtout « corriger les mauvaises habitudes de vie, comme manger trop gras, boire trop l'alcool et fumer trop qui sont les premières causes de pathologies du cancer ».

Après avoir déclenché une vive polémique, la ministre de la Santé a promis 25 millions d’euros pour permettre à la population d’effectuer des dépistages de masse. Mais à ce jour, l’argent n’a pas encore été débloqué

Sur le terrain, les fumées âcres et noires continuent de se propager. Le précédent gouvernement avait promis l’envoi de 850 militaires, mais Lucio Iavarone, du Comité Terre des Feux, n’en compte aujourd’hui qu’une centaine sur place. Et raconte que, désormais, les incendies ont tous lieu de nuit.

Sources : Novethic ; site de ONG www.laterradeifuochi.it

 

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