Le trou noir

 CHCP-150x150Il ne faut pas se bercer d'illusions : sans sous-estimer le travail que font un certain nombre, trop limité, de chercheurs et d'analystes qui étudient les criminalités organisées, celui d'un grand nombre de policiers et de magistrats qui les traquent et celui des associations qui les combattent, il faut reconnaître qu'elles nous sont encore beaucoup trop inconnues.

La réussite de ces criminalités en sont la preuve : si les responsables nationaux des Etats ont beaucoup de mal à le reconnaître, pour des raisons compréhensibles, toutes les instances internationales, où siègent d'ailleurs ces responsables ou leurs représentants, ne cessent pas d'insister sur ce point.

En France, la dégradation spectaculaire de la sécurité publique en administre une preuve récurrente, que ce soit dans une ville comme Marseille ou dans une île comme la Corse.

L'enquête sur la nouvelle guerre du haschich, dont ce numéro publie la première partie, montre qu'il existe encore une immense marge de progression dans notre connaissance et notre compréhension de ces criminalités.

Celles-ci constituent dans notre société un véritable trou noir. Rappelons que les astrophysiciens définissent un trou noir comme un corps dont le champ gravitationnel est si intense qu’il empêche toute forme de matière ou de rayonnement de s’en échapper, si bien qu’il n’émet pas de lumière et qu’il est perçu comme noir. Seules des techniques d’observation indirecte dans différentes longueurs d'ondes permettent d’étudier les phénomènes qu’ils induisent sur leur environnement comme l'émission de rayons X. Ainsi, même si un trou noir n’émet pas lui-même de rayonnement, il peut néanmoins être détectable par son action sur son environnement.

Ceci n’est qu’une métaphore, une introduction à la réflexion, l'antichambre de la conceptualisation nécessaire,  selon une expression bien connue des philosophes. Il suffit de remplacer, par exemple,  «champ gravitationnel» par «volonté de s'enrichir à tout prix», «matière» par «vie démocratique», «rayonnement» par «connaissances transmissibles», et «rayons X» par «capacités destructives » pour que l'analogie entre criminalités organisées et trou noir devienne féconde.

L'OGC cherche donc à promouvoir plusieurs méthodes d'observations pour approcher ces trous noirs sans être happé par eux.

La revue, qui devient mensuelle à partir de ce numéro, le dernier entièrement gratuit, représente la première de ces méthodes. Elle est elle-même plurielle, puisqu'elle publie aussi bien des dépêches,  hebdomadaires, d'actualité, que des informations et des enquêtes approfondies faites pour l'essentiel par des journalistes, ainsi que des analyses faites pour l'essentiel par des chercheurs, à un rythme mensuel : cette pluralité forme sa raison d’être.

En appui de la revue et dès le mois de mars, l'OGC publiera un blog, la Gazette des Criminalités, dans laquelle ses membres donneront régulièrement leur opinion personnelle sur l’actualité entre autre, puis mettra en ligne une Librairie des criminalités, où les internautes trouveront des livres puis des documentaires sur notre domaine d’observation.

Ces différentes approches, sans oublier les colloques et journées d'étude que l'OGC continuera d'organiser ni la réponse aux appels d’offres pour l’étude de ces criminalités que l’OGC devra aussi initier, devront déboucher sur un espace commun de recherche, nécessairement international.

La mise en place de cet espace commun, sa définition précise, l'élaboration de ses méthodes de travail et, bien entendu, sa viabilité économique, constitueront pour l'OGC le grand chantier de l'année 2013.

Nos meilleurs vœux vont donc à nos membres, nos correspondants, nos partenaires et nos lecteurs, pour que ce chantier vive et prospère.

C-H de Choiseul Praslin

Posted in Criminalités n°4 - février 2013, Edito / n°4, Éditos, Revue Criminalités and tagged , .

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