L'empire du milieu, le bien nommé

 Un tableau rare

Dans un livre intitulé « Le crime organisé en Chine, des triades aux mafias contemporaines », le professeur He Bingson dresse un tableau aussi complet qu'il est possible des criminalités organisées en Chine, à partir des sources officielles. C'est un des très rares ouvrages sur cette question.

 Il commence par une typologie des organisations criminelles, de la plus embryonnaire et la plus locale à la plus internationale et la plus puissante, pour caractériser, a minima, les relations entre elles et pour repérer, à défaut de pouvoir l'expliquer complètement, comment les premières mutent pour passer au stade supérieur, ou comment elles s'y intègrent.

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Il le fait sans jamais détacher cette description de l'évolution économique et politique de la Chine, caractérisée par la politique de libéralisation et d'ouverture économiques menée par l’Etat chinois depuis 1978.

Il précise aussi les notions et la terminologie qu’il emploie, en distinguant les « organisations ou entités criminelles », recensées dans la typologie mentionnée plus haut, du « crime organisé », terme qu’il réserve, au point de départ de ses observations, à la représentation, notamment statistique, des premières qu’en donnent les rapports officiels.  Il distingue ainsi les acteurs,  de l'agrégat plus ou moins artificiel construit pour en faire « un phénomène social quantifiable ».

Si les deux notions, les organisations et entités criminelles d'une part, et le crime organisé d'autre part, sont « intimement liées », elles n'en sont pas moins de nature différente. Les premières sont en effet l'objet d'une approche « interprétative » tandis que le second est le résultat d'une approche « descriptive ».

Dans le processus de compréhension des phénomènes sociaux, l'approche descriptive doit évidemment, aux yeux de He Bingson, précéder l'approche interprétative. Cependant, la distinction entre les deux doit beaucoup aux limites de la description quantitative faite à partir des statistiques officielles, qui souffre pour l’auteur de deux défauts essentiels : le premier est constitué par l'existence d'un chiffre noir des activités criminelles, celles que les institutions répressives n'arrivent pas à saisir, faute simplement de les connaître.

Le second défaut est constitué par la confidentialité dont les institutions officielles  entourent certaines de leurs données et certains de leurs documents en en refusant l’accès aux chercheurs. Le professeur considère que cette pratique de la confidentialité, telle qu'elle se déroule par exemple au Japon,

« démontre qu'il est inutile et dépassé pour un gouvernement de limiter l'accès des criminologues aux données, entravant ainsi le développement de la science et abaissant le niveau de lutte contre le crime organisé. »

Il est clair pour He Bingson que ces défauts de l'approche descriptive à partir des statistiques officielles, aboutissant à la notion de « crime organisé »,  interdit que la seconde étape, c'est-à-dire l'approche interprétative, ne se fasse qu'à partir de cette première approche.

Il explique , à la fin de la première partie consacrée à celle-ci, qu’il est indispensable, pour « imaginer les pratiques nouvelles » que les entités criminelles vont développer comme celles que devra mettre en œuvre la politique anti crime pour les contrer, de « mieux comprendre la longue histoire du crime en Chine ».

Il consacre donc des développements aussi longs à cette seconde partie, historique, qu’à la première,  consacrée  à la description de période actuelle commencée en 1978.

Eclairage : singulier ou pluriel

Après qu'ont été posées dans les deux premiers chapitres ces définitions claires, dans la suite du texte il semble que le terme « crime organisé » soit souvent utilisé à la place de celui de « organisations ou entités criminelles », ce qui peut provoquer une certaine confusion.

Comme il est assez difficile d'imputer celle-ci au professeur, peut-être faudrait-il aller voir dans le texte chinois si elle existe dans les chapitres en question, ou si elle n'est pas le résultat d'une traduction approximative due au fait que, dans les études européennes, cette distinction n'est malheureusement pas faite.

C-H de Choiseul Praslin

 

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Posted in Criminalités n°4 - février 2013, Informations / n°4, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , , , .

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