Les Âmes noires, fiction à bout portant

Une famille calabraise investie, traversée, pénétrée par le système de la 'Ndrangheta calabraise. C'est le thème du film de Franceso Munzi, « Les Ames Noires »  ( Anima nere ), adaptation du roman « Les Ames Noires » de Gioacchino Criaco, un auteur qui a grandi et vécu en Calabre et qui connaît très bien le sujet dont il tire sa fiction. L'histoire de Luigi et Rocco, fils d’un berger proche de la ’Ndrangheta, investis dans le trafic international de drogue. le troisième frère, Luciano, est resté berger comme son père qui a été  assassiné par une famille rivale. Il s’occupe des terres familiales et a décidé de rester à l’écart des activités criminelles de ses deux  frères. Il tente de protéger ses proches de cette imprégnation de violences et de vengeance qui attire tant  son fils Léo. Un faisceau de menaces traverse cet univers familial oppressant et finalement plus fragile, et « non la sempiternelle vision qu'on en donne au cinéma : puissante, monolithique et mythique. Il y a beaucoup de suicides, de dépressions dans ces familles, mais personne n'en parle », dit le réalisateur.

Un film tourné sur place, et qui pourtant n'a pas posé de problème d'acceptation par la population dans laquelle la 'Ndranghetta est justement présente, influente.

« Les mafias, puisqu'il faut en parler au pluriel, sont un phénomène très complexe, explique Francesco Munzi. Elles peuvent être de nature variée, suivant les pays et les régions. Elles traversent souvent toutes les couches de la société, sans qu'on le sache. Elle est par nature souterraine, opaque, donc impossible à identifier chez les gens. En ce qui me concerne, je tenais absolument à tourner sur place, dans le village d'Africo et ses alentours, comme j'aurai tourné dans n'importe quel autre endroit d'Italie. Le vrai danger, c'étaient mes préjugés et la curiosité morbide qui va avec, entretenus par les médias et la littérature journalistique. Le passage par la fiction et le jeu des comédiens, c'est en réalité ça qui a favorisé la liberté de toute l'équipe. (...) Si j'avais fait un documentaire, cela aurait engendré un blocage chez les personnes interviewées, tout le monde aurait eu peur de parler à la première personne et je n'aurais produit que des stéréotypes. La mise en scène permet de franchir des barrières. En endossant des rôles, chacun pouvait se représenter, être personnel, en étant protégé.  »

Sources : Télérama, Première.

Posted in Criminalités n°9 - septembre 2013, Dépêches / n°9, La Gazette (intégrale), Les dépêches - La chronique, Revue Criminalités and tagged , .

Laisser un commentaire