Les cartels de l'arrière cour

Babette Stern, journaliste, nous plonge dans son livre,  « Narco Business, l’irrésistible ascension des mafias mexicaines » au cœur du narco-business mexicain. L'auteur dresse le portrait de ces hommes, fils de bonne famille ou de paysans, devenus des hommes d’affaires millionnaires qui éliminent de sang froid ceux qui les gênent : juges, policiers,  procureurs, journalistes, hommes politiques… et concurrents. A travers ce récit, c'est aussi un pays qui se dessine : la violence quotidienne, l'immigration, la pauvreté, la corruption, la politique et la question de son avenir : narco-dictature ou Etat de droit ?

Le nez sur la vitre, on oublie le contexte.

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L'actualité du narco trafic au Mexique s'écrit en accumulant les cadavres dans les traces de leur sang. On peut suivre les événements en temps réels par exemple sur El blog del narco, qui compile heure par heure les derniers morts de cette guerre civile dont on voit bien les fractions dominantes mais dont on peine parfois à distinguer qui sont leurs ennemis. On relève les victimes par milliers.

Pour y voir plus clair, il n'est pas inutile de regarder soixante-dix ans en arrière. Les années 50, les années 40. En remontant dans l'épaisseur de plus d'un demi siècle, l'auteur donne quelques clefs de compréhension de la situation actuelle, qui n'est pas qu'un relais pris après la suprématie colombienne.

L'histoire entre les États-Unis et son arrière cour immédiate, le Mexique, éclaire le pourquoi et le comment des trafics désormais ancrés dramatiquement dans le quotidien du Mexique. Toujours utile à garder en mémoire pour comprendre d'où viennent les cartels, ces puissances criminelles et financières parmi les plus influentes de la planète. Il est vrai que leur violence, leur influence, leur prédominance dans la vie des Mexicains s'appuie sur le débouché énorme du marché de la drogue. Sans la forte demande des consommateurs nord américains, dotés de budgets, la cocaïne, les drogues de synthèse et l'héroïne ne trouveraient pas preneurs.

Mais le flux a même été initié par la puissance publique des Etats Unis : " En février 1942, rappelle Babette Sten, le département d'Etat envoie au consul américain à Mazatlan une liste de cinquante produits considérés comme stratégiques pour l'armée américaine et lui demande quels sont ceux que l'on peut trouver au Mexique, et dont on peut pousser la production ? Parmi eux, le cuivre, la soie, le sucre, l'essence, le caoutchouc... et l'opium. C'est ainsi qu'à la demande de Franklin D. Roosevelt et pour soulager les soldats américains privés de morphine, la culture aurait été relancé dans le Sinaloa, principalement dans la commune de Badiguarato ".

En l'espace d'un an, la culture d'opium est multiplié par trois. Une filière se construit. Paysans, transformateurs, trafiquants, revendeurs, protecteurs, petites mains, mules, etc. Bien avant la guerre à la drogue, l'Amérique a donc considéré la culture de marijuana et de l'opium comme un enjeu vertueux pour soutenir l'effort de guerre des Alliés.

Eclairage

Bon dans le temps : le 18 septembre 2010, profondément désemparé par l'assassinat d'un de ses journalistes, le quotidien El diario de Ciudad Juarez publie un éditorial intitulé « Que quieren de nosotros ? » qui demande clairement au cartels ce qu'ils attendent de la couverture médiatique, puisqu'ils sont manifestement devenus les maîtres de l'espace public, disposant d'un droit de vie et de mort sur quiconque.

La zone de non droit admise par une presse presque résignée. 68 ans se sont écoulés entre l'encouragement américain à faire du Mexique une zone de production et l'extrême violence imposée par ce trafic aujourd'hui. Et les rivalités entre cartels pour s'assurer des hégémonies territoriales, la prolifération des armes, la banalisation de la violence, devenue fait culturel revendiqué jusque dans la chanson populaire, la corruption donnent désormais le sentiment de l'irréversible.

Nicolas de La Casinière

 « Narco Business, l’irrésistible ascension des mafias mexicaines", Babette Stern, 284 p, 18  Ed Max Milo, mars 2011

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Posted in Criminalités n°4 - février 2013, Informations / n°4, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , .

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