Des testaments d’actualité

"LES DERNIERS MOTS

DE FALCONE ET BORSELLINO"

préface de 

Roberto SCARPINATO

 

Le 23 mai 1992, le juge Giovanni Falcone était assassiné par l’explosion de sa voiture et le  19 juillet son collègue Paolo Borsellino l’était de la même façon.

Cet ouvrage commence par une préface de leur collègue Roberto Scarpinato, et reprends leurs derniers textes dans des livres ou des articles de journaux, et discours ou interventions orales diverses.

La préface de Roberto Scarpinato rappelle les manœuvres dont Falcone, surtout, et Borsellino, ont été les victimes de la part d’une grande partie de l’institution judiciaire italienne, visant à les neutraliser et les empêcher de poursuivre la « partie haute » de la mafia, celle qui se situe au niveau des entreprises d’apparence légale et des décideurs politiques,  après qu’ils aient porté, avec les maxi-procès de Palerme, des coups très sévères à la « partie basse », le niveau populaire et militaire.

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Le récit de Scarpinato ne laisse guère de doute sur le caractère systématique de ces manœuvres ni sur le fait que certains des magistrats les plus proches de  Borsellino ont pu laisser se réaliser l’attentat qui lui a coûté la vie en ayant une certaine connaissance de ses préparatifs.

Scarpinato  montre, au vu de la pratique systématique d’assassinats en nombre mise en œuvre Cosa Nostra à cette époque, comment l’«assassinat médiatique » de Falcone dont les méthodes d’enquête et l’honnêteté furent mises en cause, immédiatement suivi de sa mise à l’écart et du démantèlement du « pool anti-mafia » qu’il avait organisé à Palerme,  dont Scarpinato donne une histoire détaillée,  a ouvert la voie à  la mise à mort du 23 mai 1992.

Ce processus ne peut, aux yeux de Scarpinato, n’avoir été décidé que par la «partie haute »  de Cosa Nostra et ne peut pas être dû au seul caractère sanguinaire de sa « partie basse ».

Les textes de Falcone analysent essentiellement la position de Cosa Nostra dans  l’ensemble de la politique italienne, d’oil se sait tout à fait isolé alors qu'is les appels du's, ù il déduit comment doivent être menées les enquêtes policières et diligentées les poursuites judiciaires la concernant.

Ce ne sont pas des textes à visées principalement théorique, même s’ils sont riches de ce point de vue, mais les appels d’un homme qui a pris la mesure de la tâche qu’il veut accomplir, des dangers qu’elle présente et de la mobilisation nécessaire, alors qu’il se sait tout à fait isolé mais voit cependant autour de lui des signes encourageants.

Cosa Nostra est pour lui un « anti-Etat » s’ingérant de plus en plus dans des secteurs importants de l’entreprenariat, une organisation nationale unitaire et verticale aux racines nombreuses et complexes, existant dans la durée,  disposant de nombreux alliés et protecteurs dans le monde politique et prête  à la plus grande violence contre ses adversaires.

Pour Falcone il  était  donc indispensable que la magistrature s’organise à son tour d’une façon analogue,  améliore et approfondisse sa connaissance de la criminalité mafieuse en reprenant l’historique des enquêtes  passées, en recoupant et coordonnant toutes celles en cours et les menant jusqu’au mécanismes financiers portant sur les sommes gigantesques. des extorsions de fonds, du blanchiment et des investissements mafieux dans l’économie légale.

Ceci amène inévitablement la magistrature à sortir de son rôle traditionnel limité au contrôle des enquêtes que la police mène de son côté, à diriger celles-ci  et même à jouer un rôle politique accru pouvant aller jusqu’à empiéter parfois sur le domaine d’autres institutions de l’Etat lorsque celles-ci n’ont pas joué le rôle préventif des activités mafieuses qu’elles auraient dû. Ce problème n’est pas esquivé dans les textes de ces magistrats mais au contraire évoqué et abordé.

Les repentis ont aux yeux de  Falcone pour premier rôle d’éclairer les magistrats sur le fonctionnement de la mafia, ses structures et ses alliances, avant celui de dénoncer tel ou tel individu, leurs accusations de cette nature devant faire l’objet de vérifications particulièrement poussées.

Falcone est bien conscient de l’opposition que sa conception de l’action judiciaire anti-mafia suscite et suscitera, mais juste avant sa mort, il fait preuve sur ses chances de la faire prévaloir d’un « optimisme prudent ».

Paolo Borsellino dénonce de façon précise,  dans une interview publiée le 20 juillet 1988  par le journal Republica,  le démantèlement du pool anti-mafia mis en place  par Giovanni Falcone, résultat de 10 ans d’effort, ce qui lui valut des poursuites disciplinaires devant le Conseil Supérieur de la Magistrature.

Lors de deux discours prononcés après l’assassinat de Falcone, Paolo Borsellino rends hommage à celui-ci.

Dans le premier il insiste sur la dimension morale de la lutte anti-mafia pour l’ensemble de la société.
Dans le second il  explique pourquoi Falcone a demandé à être muté du parquet de Palerme, où il avait été marginalisé, au Ministère de la Justice à Rome, où il a commencé quelques mois avant son assassinat à forger un nouvel outil, national, de la lutte anti-mafia., qui deviendra plus tard la Direction Nationale Anti-mafia.

Borsellino rappelle à cette occasion que les attaques contre Falcone qui devaient conduire au 23 mai 1992,  ont commencé en 1988 par un étrange article de Léornado Sascia, l’écrivain sicilien dont les romans décrivent l’omniprésence mafieuse dans son île.

Dans une de ses dernières interviews, publiée le 21 mai 1992, Borsellino explique pourquoi deux très proches collaborateurs de Berlusconi,  Vittorio Mangano, son « palefrenier » et Marcello Dell’Urtri, futur sénateur de son parti Le Peuple de la liberté, peuvent être considérés comme de très probables membres  ou correspondants réguliers de Cosa Nostra.

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Posted in Criminalités n°9 - septembre 2013, Informations / n°9, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , , , .

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