L’HÉGÉMONIE MEXICAINE : JUSQU'OÙ ?

LES MUTATIONS DES TRAFICS DE DROGUE DANS LES CARAIBES

Aujourd’hui les cartels mexicains exercent une hégémonie sur les trafics illicites dans le bassin des Caraïbes. Elle porte sur les trafics de drogues, des armes légères et d’êtres humains y compris les migrations clandestines.

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La « Pax Mexicana » au 21ème siècle, selon l'expression utilisée pour évoquer l'hégémonie mexicaine dans la région et partant celle des cartels, a dramatiquement changé la nature et les buts stratégiques des trafics illicites et l’ordre social fondé sur ces trafics dans le bassin des Caraïbes.

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Les deux organisations mexicaines dominantes dans les Caraïbes sont la Fédération Sinaloa et Los Zetas, avec le cartel de Juarez qui  maintient sa capacité opérationnelle mise en place dans le bassin longtemps avant les deux principaux acteurs actuels.

Des territoires différenciés et contrôlés

L'hégémonie mise en place

La Fédération Sinaloa et Los Zetas mettent l’accent sur la production et le commerce de drogues illicites nombreuses, destinées au marché des consommateurs dans l’hémisphère occidental et en dehors. Le programme de prédilection des organisations mexicaines pour les drogues est celui des amphétamines produites par des laboratoires situés dans différents pays stratégiquement situés partout dans le monde pour alimenter des marchés particuliers.

Les amphétamines produites au Mexique inondent le marché nord-américain, ainsi qu'une production supplémentaire au Guatemala et dans le Honduras. Leur production en Afrique de l’Ouest et de l’Est est destinée à l’Asie et l’Europe.

Les plateformes produisant de la cocaïne sous contrôle mexicain ont d’abord été mises en place au Pérou et en Bolivie puis a suivi la prise en main progressive de la production en Colombie. Aujourd’hui les organisations mexicaines ont entièrement mis la main sur les laboratoires qui produisaient de la cocaïne sous contrôle des FARC. Les organisations produisant et commercialisant des drogues illicites qui étaient issues des forces paramilitaires colombiennes démobilisées, se sont engagées dans de violentes luttes intestines tandis qu’une d'elles, alignée sur les organisations mexicaines,  livre bataille pour dominer les autres.

Les Bandas Criminales sont les perdants dans ce scénario du fait qu’il n’existe plus, sous hégémonie mexicaine, d’espace opérationnel pour ce groupe. Les organisations de trafiquants colombiens et vénézuéliens, dominées, qui ont déplacé de leurs pays d’origine vers les économies de consommateurs  leur production illicite, soit directement soit via des étapes dans d’autres nations comme celles d’Afrique de l’Ouest, ont maintenant capitulé devant l’hégémonie mexicaine.

Les organisations mexicaines contrôlent maintenant des parties importantes des réserves de cocaïne disponibles pour la vente à tous ceux qui la commercialisent sans être présents dans la production.

Les trafiquants qui étaient issus du marché libre de la cocaïne que les Colombiens avaient créé pour essayer de ne pas être découverts, démantelés ou pire encore, sous la pression exercée par les Mexicains sur ceux qui cherchaient à produire pour vendre à l’intérieur des Etats-Unis, n’ont tous connus qu’un seul sort : la destruction par l’hégémonie mexicaine.

Les organisations mexicaines ont clairement illustré le fait que des trafiquants qui n’ont aucune position dans la production de cocaïne, sont facilement remplaçables, à partir du moment où elles voient en eux des risques potentiels pour les structures de leurs opérations et donc un danger plausible qu’ils s’y impliquent comme elles.

Aujourd’hui les organisations de trafiquants doivent se plier aux desseins stratégiques des organisations mexicaines.

La règle principale de cette stratégie consiste à multiplier  les drogues illicites et les structures qu’il faut par conséquent mettre en place et maintenir  doivent renforcer la production et la commercialisation de quantité de drogues.

Une offre et des réseaux démultipliés

Dans les Caraïbes, la production combinée de drogues illicites par les organisations mexicaines se présente comme suit : amphétamines, cocaïne, héroïne et marijuana. Le contrôle mexicain de la production et du trafic implique d’acheminer des produits et des précurseurs nécessaires à la production à l’intérieur des Caraïbes. Les précurseurs chimiques pour la production des amphétamines, de la cocaïne et de l’héroïne passent par la voie terrestre et par différents ports des Caraïbes, via des chaines logistiques et d’approvisionnement mexicaines.

Les unités de production hors du Mexique utilisent des précurseurs pour produire des produits illicites et des fournitures semi-transformées sont acheminés vers  les sites de production à l’étranger  pour la production finale, afin d'essayer de diversifier et maximiser les forces organisationnelles, et d'en minimiser les faiblesses.

La cocaïne base est acheminée vers les sites de production où les précurseurs sont ouvertement et librement disponibles, en s’assurant d'un moindre coût et d’une haute qualité de la chlorhydrate de cocaïne. Ces sites de production sont situés dans les Caraïbes et en Afrique. L’étape suivante de ce processus sera la culture de l’arbuste, le cocaïer hors d’Amérique du Sud.

La production externe d’amphétamines actuellement concentrée au Guatemala et dans le Honduras, vise à inonder les marchés des Etats-Unis et du Canada. Lorsque cela deviendra nécessaire, une production d’amphétamines sera mise en place dans d’autres territoires des Caraïbes. Déjà des quantités importantes des précurseurs chimiques nécessaires sont écoulées à travers le République Dominicaine.

La stratégie des organisations mexicaines pour la production et la distribution d’amphétamines appelle la création d‘une série de plateformes externes de production qui exploitent des Etats faibles, une offre disponible de précurseurs, la proximité avec les marchés de consommateurs et des nouveaux marchés potentiels. Dans ce scénario, le marché asiatique est le gros lot et l'Afrique choisie pour être la plate-forme de production.

La fédération Sinaloa domine la production et le trafic de l'héroïne produite par les Mexicains.

Comment évolueront les relations entre les organisations mexicaines et les producteurs et trafiquants de l'héroïne afghane, relations qui permettent aux organisations mexicaines d'introduire l'héroïne afghane dans les marchés où elles sont déjà présentes ? Les transferts de l'héroïne afghane à travers les Caraïbes sont assurés par les organisations mexicaines présentes en Afrique, la relation de travail de celles-ci avec les organisations de trafiquants nigérians et la présence opérationnelle d'organisations de trafiquants nigérians dans les Carabes.

L'hégémonie mexicaine a ainsi changé la structure du trafic de drogues illicites dans les Caraïbes. Les impératifs stratégiques des organisations mexicaines appellent la création de nouveaux marchés de consommateurs à l'intérieur de l'hémisphère occidental à la fois  en Amérique du Nord et en Amérique du Sud, ainsi que la création de nombreux pipelines, pour appeler ainsi des courants localisés, réguliers et massifs,  de trafic pour acheminer les produits vers le marché de consommateurs de l'hémisphère occidental et vers les marchés extérieurs à cet hémisphère.

Le bassin des Caraïbes est maintenant un centre de trafic utilisé pour envoyer des produits sur les marchés émergents de consommateurs au Brésil et au Canada.

Les routes, étapes constitutives des marchés de consommateurs

Les drogues  ainsi produites sont apportée par voie de terre à l'intérieur du Brésil à travers la Guyane Suriname, au Canada à partir de la chaîne des îles des Caraïbes, à travers de nombreuses îles servant de points de départ comme la République Dominicaine, la Jamaïque,  Trinidad et Tobago, et Antigua, qui ont été mobilisées comme éléments de ce trafic vers le Canada. Le Brésil n'est pas seulement un centre en expansion pour l'usage de crack,  mais aussi un important élément du trafic des drogues illicites envoyées en Afrique, en Asie et en Europe.

La stratégie mexicaine appelle le développement de marchés de consommateurs tout au long des opérations de trafic dans des Etats particuliers. Cette stratégie a déjà un effet marquant  et révélateur sur le Brésil, Porto Rico et la République Dominicaine, qui prendra de l'ampleur de l'autre côté de la chaîne des îles des Caraïbes en se développant de façon tout à fait certaine en Haïti.

La plaque tournante du trafic illicite dans la chaîne des îles des Caraïbes se situe maintenant  dans les Etats de Porto Rico et de la République Dominicaine. Les organisations mexicaines continuent d'inonder Porto Rico d cocaïne et de l'héroïne qui doivent être commercialisées vers les États-Unis mais sont aussi consommés localement, alimentant une vague de violence armée qui a submergé les services de la répression légale à Porto Rico.

La Pax Mexicana dans les Etats de la zone

Porto Rico s'est montrée la face faible et cachée de la guerre des Etats-Unis à la drogue. Cette situation a provoqué un assaut stratégique coordonné des organisations mexicaines, caractérisé par un abus de drogues illicites posant beaucoup de problèmes, où l'héroïne est le premier choix, un flot de drogues illicites expédiées à partir de Porto Rico par avion et par bateau et un flot de produits bon marché disponible sur le marché portoricain des drogues, qui alimente un commerce de détail ainsi que la violence armée qui lui est associée, et qui se combine avec un trafic d'armes illicites et un trafic d'êtres humains.

Les marchés illicites de Porto Rico sont l'illustration vivante des organisations mexicaines en action et des coûts sociaux qui sont liés à cette action. Le gouvernement de l'Etat de Porto Rico n'a pas les moyens nécessaires pour prendre en charge la réalité et le gouvernement fédéral des États-Unis continue d'y répondre en suivant une stratégie d'endiguement, qui, au mieux, ne fonctionne pas. L'échec de la stratégie  américaine actuelle est le résultat de l'hypothèse erronée qui sert de base à son élaboration. Cette hypothèse erronée consiste à sous-estimer le volume et la nature des moyens que les organisations mexicaines se sont donnés pour investir la chaîne des îles des Caraïbes.

Dans la République Dominicaine aussi, les trafics illustrent aussi la mutation apportée par la domination mexicaine, alors que le commerce de détail croît, accompagné par la contrebande d'armes légères. L'impact social des commerces illégaux en République Dominicaine a maintenant changé, si l'on considère la fréquence des agressions armées contre les personnes qui étaient exceptionnelles durant l'âge d'or des trafics dominés par les organisations de trafiquants colombiens et vénézuéliens.

La différence réside dans la méthodologie des organisations mexicaines. Confrontées aux trafiquants de la République Dominicaine, les États-Unis ont essayé d'endiguer le flot de drogues illicites allant de la République Dominicaine à Porto Rico, ce dont a résulté un affaiblissement des organisations de trafiquants colombiens et vénézuéliens. Les petites quantités envoyées par air du Venezuela en République Dominicaine et l'acheminement de produits par des vedettes rapides depuis le Venezuela étaient les premières cibles de cette stratégie d'interdiction. En réponse, des organisations mexicaines ont diminué le volume des produits transitant par la République Dominicaine et changé de moyens de transport pour des cargos chargés de containers.

Pourquoi la République Dominicaine est-elle inondée de produits quand Haïti une zone libre pour les trafiquants ? C'est l'effet de la Pax mexicana, l'hégémonie mexicaine des cartels.

Il faut aussi comprendre le rôle du Guatemala et du Honduras dans la division mexicaine du travail pour comprendre la stratégie géopolitique des organisations mexicaines pour les Caraïbes.

Le Guatemala est non seulement la zone de débarquement des cargaisons venant de l'Amérique du Sud, il est aussi un élément de production offshore et le lieu de rassemblement pour le trafic d'êtres humains à travers le Mexique vers les États-Unis. Les organisations mexicaines ont basé au Guatemala des opérations directes dans le Belize où des précurseurs chimiques, des produits illicites des êtres humains faisant l'objet de trafics alimentent des pipelines dirigés vers le Mexique.

Un noeud a donc été créé en Amérique centrale qui a mondialisé des opérations illicites dans ces Etats.

Le Honduras est un lieu de production offshore pour les produits illicites avec le précurseurs importés via San Pedro Sula, un nouveau lieu de trafic pour les produits via les cargos chargés de containers venant de San Pedro Sula, et un lieu d'approvisionnement pour les pipelines de trafic des Caraïbes qui inclut la Jamaïque, Porto Rico, la République Dominicaine, les îles Turks et Caicos et les Bahamas. Les drogues illicites et les armes légères illicites sont maintenant transportées à partir du Honduras à travers ce pipeline.

Le bassin des Caraïbes n'est donc plus seulement mondialisé ; il est maintenant interconnecté avec un noeud mexicain construit et bien contrôlé, où une multiplicité de produits et de services illicites est envoyée puis revendue. Le bassin des Caraïbes n'est plus seulement un terme géographique utilisé pour localiser un trafic de produits illicites vers des marchés de consommateurs extérieurs aux Caraïbes.

Il est maintenant considéré comme un marché destiné à être dominé par les organisations mexicaines pour donner naissance à l'hégémonie mexicaine, la Pax Mexicana, dans un dessein géopolitique hégémonique explicite. La face cachée, faible et négligée des États-Unis est maintenant cette zone qui a été délibérément choisie par les organisations mexicaines pour y construire et rendre manifester leur hégémonie, et lancer clairement un défi à celle des USA sur les Caraïbes, alors qu'au même moment et au même endroit la République Populaire de Chine est aussi très active.

Le Venezuela en transition

Le rôle du Venezuela dans le paysage des Caraïbes de l'hégémonie mexicaine est de même crucial sur le plan stratégique. Des organisations mexicaines sont présentes sur le plan opérationnel au Venezuela alors que les Colombiens démobilisent leurs alliés paramilitaires. La mort de Hugo Chavez en mars 2013 a changé le terrain sur lequel se joue la politique vénézuélienne et modifié l'intensité des rencontres entre l'État vénézuélien et les trafiquants internationaux de drogues basés dans ce pays.

La corruption endémique qui sévit dans l'ordre social vénézuélien en l'absence de Chavez, favorise l'intégration du Venezuela dans le noeud mexicain des Caraïbes, une intégration d'un seul tenant qu'aide l'hostilité aveugle et autodestructrice dont les États-Unis font montre à l'égard de la révolution bolivarienne.

Il est stratégiquement nécessaire pour les organisations mexicaines d'intégrer le Venezuela dans leur centre de liaisons. La dimension de l'économie vénézuélienne, son influence sur la chaîne des îles des Caraïbes, les structures de trafics illicites opérationnelles depuis longtemps au Venezuela,  et la présence opérationnelle au Venezuela de groupes criminels organisés qui sont des groupes clés, tout ceci est crucial pour les opérations internationales des organisations mexicaines, comme pour la criminalité organisée italienne, la criminalité organisée russe, la criminalité organisée de l'Europe de l'Est et la criminalité organisée nigériane.

L'hégémonie sur l'économie du Venezuela est donc nécessaire à l'hégémonie mexicaine sur le bassin des Caraïbes. Elle constitue un objectif tel que pour l'atteindre, les organisations mexicaines ont la volonté d'investir dans cette  économie comme de la saigner, autant qu'il le faudra. La violence endémique armée au Venezuela, notamment à l'intérieur de certaines zones urbaines et rurales spécifiques, illustre l'impunité endémique dans l'ordre social de ce pays. Aussi bien dans les zones urbaines que rurales, il existe des violences armées liées à l'implication de gangs et d'organisations paramilitaires dans le trafic de drogues illicites.

Eclairage : un défi

L'échec de l'État vénézuélien à prendre effectivement en compte cette impunité, qui fait le bonheur de ces organisations de trafiquants de drogues, constitue la base du puissant défi lancé par ces organisations à cet État. De la montée des organisations mexicaines vers l'hégémonie au Venezuela résultera une explosion de violence pendant que les groupes de trafiquants de drogues récalcitrants seront réduits au silence en même temps que leurs alliés dans les structures de l'État.

La violente purge de l'ordre social vénézuélien par le trafic illicite de drogues attaquera alors l'État vénézuélien au coeur et à ce point du défi, les éléments corrompus de l'État chercheront un compromis qui bénéficie aux deux parties. Quand elle en sera arrivée là, la narco-démocratie vénézuélienne aura été créée comme une prémisse de la Pax Mexicana.

La réalité, c'est que ce défi et ce combat pour l'hégémonie sont actuellement en cours dans l'État vénézuélien, qui a une frontière avec la Colombie,  et que les organisations mexicaines et leurs alliés colombien sont en train de gagner cette bataille. L'hégémonie mexicaine se manifestera d'abord sur les Etats qui ont une frontière avec la Colombie puis s'étendra à la côte caribéenne du Venezuela. La discipline, bien mal en point,  des gangs de ranchos urbains se verra exposée aux méthodes bien particulières de la discipline à la mexicaine, mais ceci ne constitue pas une nécessité stratégique pressante pour le moment.

La montée vers l'hégémonie des organisations mexicaines sur le trafic illicites dans les Caraïbes est un processus en cours susceptible de mutations. Une réalité se fait évidente dans les Caraïbes, dont les États-Unis font la démonstration : ils ne s'intéressent qu'aux moyens qu'il leur faut consacrer à s'immiscer dans le trafic de drogues illicites dans les zones de Caraïbes où la production est commercialisée vers les États-Unis.

Ils engagent donc des moyens en Amérique centrale, à Porto Rico et dans la République Dominicaine, dans l'unique but de rendre peu rentable pour les organisations de trafiquants, le fait d'alimenter le marché américain et de les inciter ainsi à envoyer leur production quelque-part ailleurs.

Dans le scénario de telles opérations, les États-Unis sont toujours distancés par les trafiquants illégaux, et ceci d'une façon encore plus importante lorsqu'ils font face à des organisations de trafiquants qui voient dans l'Asie et l'Europe leurs premier marché et le marché américain comme un marché vieillissant. Les Caraïbes sont laissées à la merci des organisations de trafiquants par les services de police américains de la "guerre à la drogue".

En outre, dans les Etats où les États-Unis sont engagés contre les organisations mexicaines, la réponse de celles-ci a été un flot de production bon marché, des problèmes sociaux grandissants avec l'addiction aux drogues illicites et une violence armée endémique,  alimentées par les drogues bon marché et le trafic d'armes.

Eclairage : un échec

Les États-Unis ont échoué à prendre en compte la réponse mexicaine et sont même entrés maintenant dans un processus consistant à diminuer la hauteur des moyens qu'ils consacrent à l'interdiction des drogues. Le résultat est donc un appel à  la légalisation des trafics de drogues illicites venant des hommes politiques d'États qui sont le champ de bataille entre les États-Unis et les organisations mexicaines en Amérique centrale et du Sud.

Quantité d'agences multilatérales labourent littéralement les Etats des Caraïbes pour vendre des remèdes aux pathologies sociales découlant en grand nombre des trafics illicites : des remèdes fondés sur des dons ou des prêts acceptés sans discontinuer par les gouvernements des Caraïbes. Cependant ces solutions concernent des problèmes qui n'existent pas dans les Caraïbes, pour autant que la manière d'envisager les problèmes, avec les solutions qui découlent de cette manière, n'offre pas de ressemblance avec ce qui existe dans la réalité des Caraïbes.

L'orthodoxie soutient  en effet que les réalités des Caraïbes, celle d'une violence armée endémique et de la pègre, n'a rien à voir avec le commerce des drogues illicites et que les organisations mexicaines se massacrent les unes les autres. Ce refus de prendre en compte la réalité toute crue a ou aura une conséquence : les élites des Caraïbes, quand elles sont ou seront confrontées à la menace des organisations mexicaines, vont capituler en silence et l'ont déjà fait.

Des oligarchies affiliées et armées

L'exemple le plus net des mutations qu'ont déclenchées les organisations mexicaines se trouve dans les mutations de la nature et la structure de la pègre des Caraïbes. Les organisations mexicaines ont développé dans les Caraïbes une relation stratégique avec celle-ci qui n'avait été jamais vue  tant que les organisations de trafiquants colombiens et vénézuélienne faisaient régner leur loi.

Des organisations mexicaines ont proposé aux gangs des Caraïbes un choix consistant à travailler pour elles avec des franchises de produits illicites qui permettent à ces gangs de se livrer à des trafics de drogues illicites, de détail et de gros,  dans les marchés des Caraïbes, de l'Amérique du Nord, de l'Afrique, de l'Europe et de l'Asie. Les gangs affiliés aux Mexicains dans les Caraïbes sont entrés dans les marchés de drogues en détail et en gros des Caraïbes en laissant des traces révélatrices. Ils se diversifient maintenant pour atteindre les États-Unis et le Canada.

Les pègres des Caraïbes affiliées aux organisations mexicaines ont maintenant mis en place leurs propres marché de drogues en détail et en gros aux États-Unis et au Canada et ils organisent le trafic des produits vendus sur ces marchés à partir des Caraïbes. Les organisations transnationales des Caraïbes liées aux organisations mexicaines dominent maintenant le marché de détail et de gros des drogues dans certains Etats des Caraïbes à partir desquels ils se livrent à leurs trafics de gros et de détail, des produits illicites en Amérique du Nord et au Royaume-Uni.

Ces affiliés des Mexicains ont accru dans certains Etats des Caraïbes leur richesse et leur pouvoir grâce aux franchises que leur ont été accordées les organisations mexicaines, en échange de quoi ils sont devenus les hommes de main et les milices de ces dernières.

Les organisations des Caraïbes qui ont prospéré dans ce nouveau scénario sont celles qui étaient, avant l'arrivée des organisations mexicaines, des organisations transnationales enracinées dans la diaspora des Caraïbes de l'Amérique du Nord mais sans une présence opérationnelle réelle et appréciable, et celles qui étaient enracinées dans les Caraïbes et s'étaient par la suite étendues vers le États-Unis.

Voici les principales.

Le Shower Posse

Le "gang de la douche", d'origine jamaïcaine, est le premier exemple de la première organisation à être enrôlée par d'autres,  qui ait mis en place par la suite des cellules du Nord et en Europe.  Sous la férule des organisations de trafiquants colombiens et vénézuéliens le Shower Posse tenait le rôle de fournisseur de services payé pour les produits qu'un de ses membre avait commercialisé en Amérique du Nord et en Europe. L'évolution du Shower Posse fut donc été stoppée par les restrictions mises ensuite en place par ces organisations de trafiquants colombiens et vénézuélienne.

Avec son affiliation aux organisations mexicaines, le Shower Posse a maintenant un accès à des volumes de produits qui lui permet de dominer le marché des drogues illicites de la Jamaïque pour les produits importés au niveau du détail et du gros, d'être la porte d'entrée pour les gangs qui veulent s'introduire dans le marché des drogues mais manquent de moyens, disciplinant ainsi la pègre jamaïcaine, et, ce qui est le plus important, créant des relations de travail avec d'autres pègres affiliées aux organisations mexicaines,  extérieures à la Jamaïque comme les pègres des Caraïbes, d'Amérique du Nord et d'Europe.

La branche opérationnelle  la plus rentable du Shower Posse est celle qui est constituée des cellules internationales  des produits iilicites en détail et en gros, sur le marché des drogues d'Amérique du Nord et d'Europe. Cette rentabilité accroît la capacité du Shower Posse à produire des effets sur l'ordre social jamaïcain.
Ceci est le résultat de l'affiliation de l'organisation aux organisations mexicaines. En cas d'appel aux armes, le Shower Posse répondra.

Le Zoe Pound et Los Trinitatos

Il existe deux parfaits exemples du deuxième type d'organisation de la pègre. Ce sont Zoe Pound et Los Trinitatos, tous les deux créés aux États-Unis. Zoe Pound fut formé dans l'État américain de Floride par des membres de la diaspora haïtienne qui cherchaient à entrer dans le commerce de drogues illicites entre la Floride et les Caraïbes à la fin des années 1970 et pendant les années 1980.

Expulsés par les trafiquants vénézuéliens et colombiens du commerce de drogues illicites qui connaissait dans l'ordre social une croissance ascendante, les membres de Zoe Pound ont cherché des ressources pour fournir des produits illicites qui les assureraient d'être des acteurs dans le commerce de drogues illicites des États-Unis. Les flots de cocaïne qui se sont déversées sur Haïti à la fin des années 1990 et au début du XXe siècle ont amené les membres de  Zoe Pound  à Haïti où  ils ont dupliqué  leurs bandes.

Ce processus de reproduction se répéta aussi dans les îles Turks and Caicos, et aux Bahamas dans la diaspora haïtienne de ces Etats. Zoe Pound a créé un noeud de trafics qui a obtenu son affiliation aux organisations mexicaines avec la domination des Mexicains sur le marché haïtien des drogues dans la première décade du XXIe siècle. Aujourd'hui Zoe Pound domine le pipeline de trafics des Bahamas, des îles Turks and Caicos, Haïti et la Jamaïque. La  Jamaïque a été reliée à Haïti avec les flux importants de marijuana  de la Jamaïque vers Haïti, et d'armes d'Haïti vers la Jamaïque.

Haïti a aussi fourni des armes légères illicites en République Dominicaine.

Haïti est donc un élément important du trafic d'armes et de drogues illicites, ainsi que d'êtres humains. Zoe Pound est  présent à Haïti pour envoyer des produits illicites aux États-Unis où ils se sont vendus sur le marché des drogues aux niveau du gros et du détail. Zoe Pound est maintenant un acteur dans les Caraïbes et un acteur notable des ventes des États-Unis. Ceci est un des résultats de son affiliation aux organisations mexicaines.

L'association Neta est l'exemple du troisième type.

Elle s'est formée dans le système pénitentiaire de Porto Rico qu'elle a finalement dominé en étant le premier gang dans les prisons portoricaines. Elle fut amenée aux États-Unis par des membres de la diaspora portoricaine en se reproduisant elle-même dans le système pénitentiaire des États-Unis.

Dans sa base portoricaine, l'association Neta domine maintenant par les armes le commerce en gros et de détail des drogues de Porto Rico, un résultat de son affiliation aux organisations mexicaines.  Elle a violemment purgé le commerce de détail des drogues de Porto Rico en y mettant fin à la concurrence  et en s'emparant des éléments constituants du commerce de détail. Maintenant la guerre pour la domination a emporté les membres de l'association Neta en les impliquant dans la distribution des drogues illicites à Porto Rico.

L'association Neta est aussi  impliquée dans l'envoi de produits illicites de Porto Rico vers les Etats du nord-est des États-Unis où elle contrôle des opérations de gros et de détail, lançant un défi à la domination des Dominicains sur le marché de gros de drogues illicites de ces Etats. Elle a accru le volume de ces opérations de détail aux États-Unis et pour la première fois de son histoire dans ce pays elle est un fournisseur pour le marché de gros des Etats du nord-est des États-Unis.

Conclusion

Les organisations mexicaines ont donc l'intention de créer un nouvel ordre illicite dans les Etats où elles ont une présence opérationnelle. Ce qu'elles sont en train de faire en réalité avec la pègre des Caraïbes consiste à la transformer en oligarchies qui soient pour elles des instruments opérationnels. Des oligarchie sans pitié, bien armées et qui ont l'intention de défendre leur place dans l'entreprise illicite contrôlée par les Mexicains qui les ont abreuvées de leur puissance et de leur pouvoir.

Des oligarchies de la pègre avec son offre stable d'armes légères illicites et ses recrues potentielles bien décidées à montrer leur capacité à prendre  leur part dans l'enrichissement des organisations dominées par celle-ci.

Enrichissez-vous ou mourez en essayant.

Eclairage : une aubaine

Les élites politiques des Caraïbes  sont en train d'aborder la réalité de la pègre par la voie d'une législation antigang copiée de celle de l'Amérique centrale, en donnant un rôle de contrôle social aux militaires des Etats des Caraïbes, copié à nouveau de l'expérience de l'Amérique centrale.

La mise en application de la législation antigang va aboutir finalement à remplir au-delà de leur capacité d'accueil des prisons déjà surpeuplées, créant les conditions pour l'expansion et la croissance de gangs des prisons qui vont y procéder à des recrutements au service de l'oligarchie de la pègre. Les militaires ne peuvent pas, en faisant du contrôle social, faire le nécessaire pour monter des dossiers contre les dirigeants des organisations illicites.

Sauf si les militaires sont là pour "purifier" l'ordre social, mais ceci suppose qu'il ne soient pas en eux-mêmes un outil des organisations mexicaines.

L'autre élément de l'ordre stratégique mexicain dans les Caraïbes est en effet la corruption des forces militaires, notamment des unités d'élite, des Etats des Caraïbes dans lesquels ces organisations sont présentes. Elles le font en offrant aux membre des forces militaires de s'affilier à elles comme elles le font avec la pègre de ces mêmes Etats.

Que les militaires des Caraïbes sortent de leurs casernes pour faire du contrôle social est une aubaine pour les organisations mexicaines.

Daurius Figueira

Lecturer in Sociology at the University of the West Indies, Trinidad, West Indies

Traduction   C-H de Choiseul  Praslin

Les intertitres sont de la rédaction
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Posted in Criminalités n°7 - mai 2013, Dossier / n°6 et n°7 - Zones grises en Amérique latine, Enquêtes / n°7, Les enquêtes - trimestrielles -, Revue Criminalités and tagged , , , , .