L’héritage “corrompu” d’Alvaro Uribe

La « refonte de la patrie » fut une politique – occulte - de concentration des richesses nationales et du pouvoir parlementaire, municipale, régional (estimé à un tiers des élus), industriel et financier entre les mains d’un secteur d’extrême droite appuyé et exécuté par le mouvement paramilitaire AUC, Autodéfenses Unies de Colombie.

Alors qu’il était gouverneur du département d’Antioquia dont la capitale est Medellin (1995-97), Alvaro Uribe a été l’un des principaux instigateurs des CONVIVIR (coopératives de surveillance et de sécurité privée) qui se transformeront par la suite en AUC. Dès son arrivée à la présidence colombienne, les AUC ont décuplé leur essor, en parfaite coordination avec un grand secteur politique –signatures de plusieurs pactes secrets- allant au-delà du parti au pouvoir. Quelques chiffres donnent une idée de l’ampleur et du drame de cette « refonte de la patrie » : entre 4 et 6 millions d’hectares de terres usurpées aux petits propriétaires ; plus de 4 millions de réfugiés internes ; 102 parlementaires mis en examen pour complicité avec les AUC.

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Puis, « la refonte de la patrie » a stratégiquement infiltré, installé ou nommé ses pions à la tête des administrations publiques, outils indispensables à son dessein politique. Nombre d’entre eux l’ont été par le gouvernement d’Alvaro Uribe, ou par le président lui-même.

Deux ans après la fin du second mandat d’Alvaro Uribe (2010), les scandales explosent à un rythme effréné et la liste des délits commis dans ces administrations ressemble à une synthèse du code de procédure pénale.

Mais son successeur, Juan Manuel Santos qui semble vouloir effectuer une grande restructuration de cette administration gangrénée par la corruption, ne fera –selon de nombreux analystes- qu’un dépoussiérage de surface. Le problème étant devenu structurel, institutionnel et systémique.

Impossible d'oublier que l’actuel président colombien a été membre du gouvernement d’Alvaro Uribe et son ministre de la Défense durant trois ans.
S. B.

Petit inventaire des institutions touchées :


- Direction Nationale des Stupéfiants (DNE) : voir article ci-joint.

- Département administratif de sécurité (DAS) : le DAS est un service de renseignement fondé en 1953 sous la devise « Lealtad, Valor y Honradez » (Loyauté, Bravoure et Intégrité). Ses attributions étaient : renseignement intérieur et extérieur, missions de police et anti-terrorisme, contrôle des flux migratoires. Ce service dépendait directement du Président de la république qui en nommait le directeur. Il a été dissous le 31 octobre 2011.

À la fin de l'année 2005, Jorge Noguera, directeur du DAS, est destitué de ses fonctions et interdit de poste officiel pour une durée de 18 ans. Il a été accusé d'avoir mis le DAS au service des groupes paramilitaires. Quant à Maria del Pilar Hurtado Afanador, directrice entre 2007 et 2008, elle est accusée d’avoir ordonné –illégalement- des écoutes téléphoniques et des mises sous surveillance des personnalités (hommes politiques, journalistes, avocats de défense des droits de l’homme, etc., tous considérés comme opposants). Elle a fui la Colombie et est actuellement réfugiée au Panama où elle a déclaré à la presse de ce pays « Si je tombe, je parle ».

- Ordre des notaires (Superintendente de Notariado y Registro : en 2011, la Cour Suprême a mis en examen, Jorge Enrique Vélez, ex-parlementaire et président de l’Ordre des notaires, pour ses liens supposés avec le paramilitarisme, selon le témoignage de l’ex-paramilitaire Juan Carlos 'el Tuso' Sierra fait devant la justice nord-américaine (il a été extradé en mai 2008). Des dizaines d’enquêtes sont menées dans le reste du pays où nombre de notaires auraient falsifié ou élaboré de faux actes de propriété, pour faciliter l’usurpation de terres en faveur d’hommes politiques corrompus, de paramilitaires et de narcotrafiquants. (voir graphique)
- Administration pour la réforme agraire (Incoder) : 184 cas d’adjudication à la mafia de terres usurpées à des petits propriétaires – devenus réfugiés internes - ont été détectés.

- Administration pénitentiaire (Inpec) : les hommes politiques et personnalités inculpés pour des délits connexes au paramilitarisme entraient et sortaient à leur gré des prisons où ils étaient censés être en détention provisoire ou en train de purger leur peine.

- Banque agraire (Banco Agrario) : des propriétaires d’entreprises agricoles d’exportation qui avaient financé la campagne (aux présidentielles) du ministre de l’agriculture d’Alvaro Uribe, ont profité de crédits illégaux de la part de cette banque publique. Dans certaines régions, ce furent des paramilitaires et des grands cultivateurs de palme africaine qui profitèrent de ces crédits illicites, la banque agraire soutenant ainsi la politique d’expansion de la monoculture.

Puis aussi et entre autres :

- les Douanes (DIAN), énormes détournements de fonds.

le Bureau de recherches géologiques et minières (Ingeominas), qui octroyait des concessions et titres miniers à des parlementaires. Six des neuf parlementaires étaient liés au paramilitarisme.

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Posted in Criminalités n°3 - juin / octobre 2012, Informations / n°3, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , .

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