Méthamphétamine made in Nigeria

Laboratoires clandestins, assistance d'un chimiste colombien, saisies : le Nigeria se place sur le marché mondial de la métamphétamine , et surtout vers le marché florissant d'Asie du Sud Est.

 

      Deux laboratoires de production de méthamphétamine ont été découverts au Nigeria, un troisième démantelé avant d'avoir été opérationnel. L'Afrique de l'Ouest, déjà connue comme plaque tournante du trafic de cocaïne, devient fief de production de cette drogue de synthèse inodore, de couleur blanche, et au goût amer, surnommée « paya » au Nigeria, ou plus largement « meth ».

      Directeur de l'agence antidrogue nigériane, la National Drug Law Enforcement Agency (NDLEA), Ahmadu Giade a évoqué le 7 février dernier la multiplication de laboratoires clandestins de fabrication de méthamphétamine.

      Selon lui, « la méthamphétamine devient très rapidement l'option prise par les barons de la drogue, compte tenu de la demande croissante et des cours en hausse sur les autres continents. Ce sont des éléments catalyseurs de la prolifération de laboratoires clandestins ». L'UNODC parlait déjà de laboratoires nigérians de métamphétamine en 2005.

       Ahmadu Giade ajoute que le marché asiatique a vu les prix d'achats de la drogue atteindre des sommets, du fait des risques encourus, de nombreux pays d'Asie ayant des dispositions légales prévoyant la peine de mort en cas de condamnation pour trafic de de drogue. « Il est donc beaucoup plus rentable aux trafiquants d'exporter leurs production vers l'Asie que vers des pays occidentaux », explique le chef de l'agence antidrogue.

      En 2011 et 2012, l'agence antidrogue nigériane avait déjà découvert cinq laboratoires dont quatre situés à Lagos ou aux alentours. Un autre avait été démantelé à Nanka dans l'état d'Anambra au sud est du Pays. Ces démantèlements représentent les premiers cas connus de laboratoires produisant des métamphétamine dans l'Afrique de l'Ouest.

       « La région est en train de devenir un lieu de production alors qu’elle n’était jusqu’alors qu’un lieu de transit et de consommation », dit Pierre Lapaque, représentant régional du bureau de l'UNODC, l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime,

      Jeune Afrique rappelle que les risques sont encore minimes pour les trafiquants, les services de douanes n'étant pas formés à reconnaître les métamphétamines, rappelant que le coût de production en Afrique ne serait qu'un dixième de la valeur de revente, sur les marchés asiatiques notamment.

      Déjà, en juillet 2011, l'agence anti drogue du Nigeria avait annoncé, la découverte d'un labo clandestin de fabrication de méthamphétamine. Le 28 février dernier, la même agence nigériane a annoncé l'arrestation à l'aéroport de Lagos, le Murtala Mohammed International Airport, de trois agents de consignataires en douane détenant 36 kilos de métamphétamines en deux lots à destination de la Malaisie. La drogue était cachée dans un lot de poisson séché et dans un sac d'ordinateur portable.

      Fin décembre 2012, la même agence a arrêté un expert chimiste colombien, Gonzelo Osorio (utilisant aussi les pseudonymes de Fabian Arcila et Baez Benitez Milan) et sept complices nigérians, tous liés au trafic de métamphétamine. Ce spécialiste colombien de la production de métamphétamine aurait été embauché pour un montant de 38 000 dollars par semaine, dans le but d'apporter l'assistance technique à la création de trois laboratoires clandestins. Deux labos ont été démantelés à Lagos et dans la province d'Anambra, le troisième n'a pas eu le temps d'être opérationnel.

 

Cet article fait partie du dossier Les mutations des trafics de drogues

 

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Posted in Criminalités n°5 - mars 2013, Dépêches / n°5, Dossier / n°4 et n°5 - Mutations des trafics de drogues, Les dépêches - La chronique, Les dépêches hebdomadaires, Revue Criminalités and tagged , , .

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