Mexique : deux morts pour venger des femmes

Autodéfense contre les violences sexuelles. Réponse isolée contre vingt ans de féminicides.

Deux chauffeurs de bus tués à leur volant : deux exécutions pour une cause, la défense des femmes des maquiladoras harcelées, violées, tuées sur le chemin qui mène à ces usines de la frontière mexicaine. Une violence machiste qui est comme un sous produit de la montée en puissance d'une banalisation de la violence générée par les narcotrafics.

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Une partie de la population, des hommes très majoritairement, vivent avec la culture des armes, qu'ils portent sur eux. Un quotidien de rapports de forces qui met vite la vie en jeu, renforce l'impunité de ces hommes prédateurs de femmes. La fureur meurtrière, nourrie par la prolifération des armes à feu, dépasse largement le cadre des conflits au sein du narco trafic.

Les deux meurtres ne viseraient pas ces deux hommes en particulier, mais des représentants des conducteurs de la compagnie de transports publics dont certains ont pu commettre des viols.

La police de Juarez reconnaît qu'il y a actuellement une douzaine de procédures pour viol en cours contre des chauffeurs de bus, mais pas contre les deux conducteurs assassinés. Elle a aussi annoncé la présence de policiers en civil à bord des bus de la ville. La police parle de « crime passionnel ou d'un cas de "narcomenudeo" [vente au détail de stupéfiants] »... Les deux meurtres ont eu lieu les 28 août et 29 août derniers.

Une « vengeuse féministe » titrent certains médias.

Les énormes usines maquiladoras ont attiré des milliers de jeunes femmes de tout le pays. Les meurtres qui les visent ont commencé il y a vingt ans. Des centaines de cadavres, plus de 700 selon certaines estimations, ont été retrouvés dans le désert : des femmes torturées, mutilées, marquées, étranglées, lacérées de coups de couteau, après avoir été violées. Beaucoup n'ont jamais été retrouvées. Le tout sur fond de pauvreté, de corruption des autorités et d'impunité complète des auteurs de ces crimes.

La justice émet des doutes sur l'existence de l'auteure des deux exécutions. Ce personnage pourrait devenir un mythe collectif,  et les autorités craignent que la médiatisation de ce cas ne fasse des émules. Qu’elle existe ou pas, cette « chasseresse » met au grand jour la question de l'impuissance des victimes, et celle de l’impunité des responsables de ces atrocités. Le ministère public doute aussi que le communiqué de revendication émane de la même personne qui a commis ces crimes.

« Nous ne pouvons plus taire ces actes qui nous remplissent de rage. Mes camarades et moi souffrons en silence, mais nous ne pouvons plus nous taire », indique le communiqué parvenu à la presse mexicaine, qui explique les motivations : « Ils croient que parce que nous sommes femmes, nous sommes faibles et peut être que c'est vrai, mais jusqu'à un certain point, bien que nous ne contions sur personne pour nous défendre et que nous devons travailler jusque tard dans la nuit pour subvenir à nos familles. Nous avons été victimes de violence sexuelles par les chauffeurs qui faisaient la tournée de nuit des maquilas ici, à Juárez et, bien que beaucoup de gens sachent ce que nous subissons, personne ne nous défend. Rient n'est fait pour nous protéger. C’est pourquoi je suis un instrument que vengeance pour les femmes qui paraissent faibles aux yeux de la société, mais qui ne le sont pas. En fait, nous sommes vaillantes et si on ne nous respecte pas, nous nous ferons respecter nous-mêmes. Nous, les femmes de Juarez, nous sommes fortes ».

Sur ce qui est supposé être sa page Facebook, celle qui se fait appeler « Diana la vengeuse » aussi surnommé « la chasseuse de chauffeurs » publie une photo de femme jeune, en chapeau de cow boy, mettant en joue, brandissant un revolver posé sur son coude. Une photo prise dans une banque d'images. D'après les témoignages de ceux qui ont vu cette femme monter dans des bus de la Linéa 4 à Ciudad Juarez et tuer les deux chauffeurs, aurait plutôt la cinquantaine, mais de 35 à 40 ans selon d'autres témoignages. Brune aux cheveux teints en blond ou portant une perruque, elle est apparue habillée de noir, comme les quelques autres 200 000 femmes qui sont embauchées par ces usines d'assemblage de la frontière.

Sources : La Jornada (Mexico , Mexique) ; El Diario de Juarez (Ciuadad Juarez, Mexique) ; Le Monde, Libération (Paris, France) ; El Périodico de Aragon (Saragosse, Espagne) ; Associated Press.

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