On ne viole pas impunément la discipline du Parti chinois

Le coup de filet contre un tigre chinois accusé de corruption cache-t-il la forêt des règlements de compte ?


On en parle comme la purge politique la plus importante de l'histoire de la Chine version république populaire. L'ancien chef de la police Zhou Yongkang, 71 ans, a été destitué, accusé de corruption, ou plus exactement de « violation de la discipline du Parti », euphémisme de la langue de bois communiste pour désigner la corruption. Ce qui est présenté comme son réseau, est démantelé, avec l'arrestation de trois cents fonctionnaires et hauts fonctionnaires, membres de la famille de Zhou Yongkang, chauffeurs et gardes du corps, alliés politiques, protégés et présumés complices.
Parmi les fonctionnaires de haut rang, le vice-gouverneur de l’île de Hainan, l’ex-vice-ministre de la Sécurité publique, le directeur du bureau de Pékin du ministère de la Sécurité d’État,  le vice-président de la grande entreprise d’État Petrochina International, le vice-président de la China National Petroleum Corporation, le chef du conglomérat qui gère les plus grosses entreprises d’État du pays, un ancien vice-gouverneur du Sichuan.
Ils sont incarcérés ou placés en résidence surveillée. Le système de détention extra judiciaire les maintient dans des geôles d'un réseau de sécurité interne au Parti communiste baptisé « Shuanggui ». Les méthodes d'interrogatoire peuvent y être très violentes, de la privation de sommeil aux menaces sur la famille, en passant par des pratiques de tortures pour extorquer des aveux.
Parallèlement des biens d'une valeur de 90 milliards de yuans (10,5 milliards d’euros), ont été saisis. Une somme équivalente au budget de pays comme la Lituanie ou l’Uruguay... Des avoirs qu'on peut considérer comme des biens mal acquis : comptes en banque (4,3 milliards d’euros), actions et bons du trésor chinois et étrangers (6 milliards), 300 appartements et villas, 60 véhicules et divers tableaux de maître et œuvres d’art et tableaux anciens ou contemporains. L'inventaire livré à la presse incluse aussi des alcools haut de gamme, de l'or, de l'argent et des sommes en liquide en différents devises étrangères.

Présenté aux États-Unis comme le « Dick Cheney chinois », Zhou Yongkang a dirigé pendant six ans, jusqu’à sa mise à la retraite en 2012, la toute-puissante Commission politico-légale, haut service de sécurité chinois chargé des appareils policiers et judiciaires. Son budget y était supérieur à celui de la défense. Il a aussi été membre du Politburo chinois.
Son arrestation et la mise à l'index des pratiques de corruption au plus haut niveau pourrait aussi servir de règlement de compte entre le président Xi Jinping, qui ferait payer à Zhou Yongkang son soutien à un autre haut dirigeant déchu, Bo Xilai, ex étoile montante du Parti, dont les ambitions de devenir le numéro 1 chinois ont été coupées net en septembre dernier avec une condamnation à perpétuité pour « détournement de fonds » et « abus de pouvoir ».

La dénonciation de la corruption est une des figures obligées des présidence de la République qui proclame régulièrement que le Parti éradiquer fermement la corruption, sinon la corruption tuera le Parti. Les différent président ont donc mis en accusation des personnalités de très haut rang jugés pour corruption : le maire de Pékin y a eu droit à l’arrivée de Jiang Zemin (président de 1993 à 2003) ; le maire de Shanghai, à l'avènement de Hu Jintao (2003-2013), puis le secrétaire du Parti de la municipalité de Chongqing, Bo Xilai, après la nomination de l’actuel président Xi Jinping (en 2013).
Cette rafle a plus a voir avec la politique qu'avec la lutte contre les dérives de corruption, analyse le Financial Times. Récemment, l'avocat des droits de l'homme Teng Biao a fait remarquer qu'il ne fallait pas se réjouir trop vite de ce genre de coup de filet anti corruption, dans la mesure ou « le résultat de ces campagnes se traduit par plus de corruption pour les happy few qui restent aux commandes du système ».
Sources : Libération (Paris) ; The Guardian (Londres) ; Planète Asie, blog de Dave Fremont (Le Monde diplomatique) ; The Chinese digital Times (Pékin), The Financial Times (Londres).

Posted in Criminalités n°9 - septembre 2013, Dépêches / n°9, Les dépêches - La chronique, Revue Criminalités and tagged , , .

Laisser un commentaire