Pompéi : Vade retro, mafia !

CAMORRA OU MORALISATION ?

QUAND L'EUROPE VEILLE 

Quarante-quatre hectares de ruines à ciel ouvert. Plus de deux millions de visiteurs par an. C'est le site touristique le plus visité d'Italie après le Colisée de Rome. La cité enfouie sous les cendres du Vésuve en l'an 79 avant notre ère bénéficie depuis le 6 février 2013 d'un budget de 105 millions d'euros attribué par l'Union européenne pour restaurer les ruines endommagées par les violentes intempéries de 2010, réaménager les accueils et les clôtures du site archéologique.

Les nouveaux chantiers seront très surveillés afin d'éviter qu'ils ne profitent à la Camorra, qui contrôle directement ou rackette un grand nombre d'entreprise du bâtiment. La mafia napolitaine a fait main basse sur les fonds d’urgence destinés à enrayer les dégradations.

L'Union européenne veut un chantier exemplaire et une transparence vertueuse. Un «contrat de légalité» sera signé entre les entreprises engagées dans le projet et les ouvriers seront munis de badges électroniques. Un préfet spécial sera chargé de vérifier la régularité de chaque appel d'offres dépassants 5 000 euros.

Les travaux antérieurs sont suspects. Une enquête est en cours concernant les appels d’offres des dix dernières années, les surfacturations et les dégâts occasionnés par ces travaux. Un contrat originellement prévu à 449 882 euros a fini par coûter quelques cinq millions d'euros, dix fois plus cher. Certains devis ont été multiplié par 400 au moment de la facture. Le 5 février dernier, l'ancien directeur du site, Marcello Fiori, a été arrêté soupçonné de détournements de fonds et des marchés illégaux octroyés à une entreprise de restauration. Cinq autres personnes sont l'objet de poursuites judiciaires, dont un ancien entrepreneur accusé d'avoir quadruplé le budget initial.

Interrogé par Le Monde en mai 2012, un fonctionnaire du ministère de la culture et des biens culturels confiait :

« De nombreuses personnes ont intérêt à ce que Pompéi reste dans un état critique. On peut ainsi disposer de plus d'argent au moindre écroulement médiatisé. D'une certaine façon, les éboulements sont utiles pour maintenir une sorte de "stratégie de la tension" archéologique qui déclenchera des financements publics d'urgence d'autant plus faciles à détourner par la Camorra, qu'ils seront moins contrôlés. Quant aux financements privés, mieux vaut ne pas y penser. Ce serait plus dangereux que de laisser les choses en l'état. Nul ne sait d'où ils viendraient ni dans quelles mains malhonnêtes ils iraient finir. »

Pompéi et la Camorra, c'est de l'histoire ancienne :

«Les archives de la surintendance de Pompéi montrent que la Camorra est présente depuis l’ouverture des fouilles, au temps des Bourbons" [au début du XIXe siècle], note Patrizia Nitti, directrice du musée Maillol à Paris, citée par Libération et organisatrice d’une exposition sur Pompéi en 2011.

Sources : Slate.fr, Le Monde, Libération, The Observer, Reuters.

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Posted in Criminalités n°7 - mai 2013, Dépêches / n°7, Les dépêches - La chronique, Les dépêches hebdomadaires, Revue Criminalités and tagged , , .

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