Pillage chez les pillards

 

Dans cette bande dessinée sortie en janvier 2013, l'auteur Jake Raynal arpente les chemins de traverse des criminalités du début des années 2000 dans les Balkans. Sans clichés ni romantisme.

Dépouiller les bandes criminelles de l'intérieur. C'est le programme de ce trio de monte-en-l'air qui traverse Amsterdam, Berlin, Mostar. Leur butin ? Des drogues de synthèses, des composants nucléaires... Le décor balaye des villes réduites à des ombres, des façades fuyantes, des voitures partout, et une nuit brumeuse, bleutée, qui enveloppe les activités criminelles du trio. « La loyauté n'est plus requise. Les voleurs s'en prennent aux trafiquants pour le compte d'autres trafiquants » expose l'un des trois protagonistes dès les premières planches.

L'auteur, Jake Raynal, répond aux questions de la revue.

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Criminalités : Sur un projet de fiction comme cet album, comment se font vos choix ? 

Jake Raynal : J'avais lu un bouquin de Edward Bunker, un ex détenu américain, auteur de polars, qui m'a ouvert les yeux sur le fait qu'il existe une criminalité qui s'attaque aux criminels. Ça ma beaucoup intéressé. Je n'avais pas vraiment envie de faire un polar; d'ailleurs j'ai fait le choix de ne pas montrer la police. Je voulais plutôt écrire une histoire d'aventure, dans le monde contemporain. Ma référence reste Hugo Pratt...

Pourquoi ancrer cette histoire dans les Balkans ?

Quand je suis allé en Bosnie faire des photos, j'ai été saisi par l'atmosphère qui règne. J'ai trouvé ça fascinant. Je voulais montrer qu'il existe à notre porte, des zones dangereuses. Je trouvais que c'était un bon terrain de jeu pour un récit d'aventure. Sans pour autant avoir la nostalgie d'une monde sans loi.

Vous vous êtes documenté comment ?

Depuis le  démantèlement de l'empire soviétique, le monde est devenu plus fragmenté, plus complexe. L'histoire des Balkans me passionne; c'est très compliqué, mais aussi très sombre, avec toute ces haines entretenues.

Quand j'étais à Mostar, j'ai discuté avec des militaires français qui étaient encore sur place même si la situation est redevenue calme. Ils me disaient que les anciens des différentes communautés, qui ont connu la période de la Yougoslavie sous Tito se parlent à nouveau, jouent aux domino, boivent un coup ensemble, alors que les jeunes nés pendant la guerre, ne se mélangent pas.

J'ai lu « Le retour des Balkans, 1991-2001 » aux éditions Autrement, et « Trafic et crimes dans les Balkans », le bouquin d'un journaliste de l'AFP, Nicolas Miletitch, aux éditions Criminalité internationale, et j'ai puisé d'autres éléments sur internet (en évitant les sites nationalistes ou complotistes qui sont très présents).

Mais le livre reste une fiction; la dimension documentaire est quand même restreinte... J'ai aussi beaucoup aimé les films du réalisateur danois Nicolas Winding Refn, la trilogie « Pusher » qui se passe à Copenhague, où opèrent aussi des mafias des Balkans.

Cet album est annoncé comme le tome 1. L'épisode suivant restera dans les mêmes territoires ?

Non, celui-là mènera le trio de personnages de Paris à l'Afrique de l'Est. Une histoire de détournement d'aide alimentaire. Ça s'appelle « Les Hommes-léopards ». L'album doit paraître fin mai.

Jake Raynal, « Cambrioleurs », épidode 1 : « Les oiseaux de proie ». Ed Casterman, 13,95 euros

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Posted in Criminalités n°5 - mars 2013, Informations / n°5, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , , .

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