Trafics d'enfants : le cas roumain

Extrait  de "Délinquants et victimes. La traite des enfants d'Europe de l'Est en France", d'Olivier Peyroux, Editions Non Lieu. Préface de Robert Badinter. 

« La Roumanie est sans doute le pays qui possède la plus mauvaise réputation en terme de traite des enfants. On ne compte plus les articles de journaux sur tel ou tel clan en France, en Angleterre, en Espagne exploitant des mineurs sous une forme ou une autre. Malgré des qualificatifs fréquemment employés de "mafia", de "filière" ou de "réseaux", il n'existe pas de mafia roumaine à proprement dit, c'est à dire une organisation totalement autonome échappant au contrôle de l'Etat et régnant sur un territoire.

Des clans comme celui de Tanase à Iasi, considéré comme l'un des plus importants pour l'exploitation des jeunes filles en France et en Espagne, ont pu certes accumuler des fortunes grâce à ce trafic sans véritablement être inquiétés. Seulement, ils ne constituent pas une menace de dérive mafieuse pour le pouvoir local. Ce qui différencie le crime organisé en Roumanie par rapport à la Bulgarie ou à l'Albanie, c'est le fait qu'à partir d'un certain niveau de rentabilité il tombe sous le contrôle des politiciens locaux, voire nationaux.

Après 19909, la Sécuritate, qui comprenait de nombreuses ramifications, n'a pas été démantelée. Elle a d'abord servi à neutraliser les déçus de la "Révolution roumaine". [...] La Securitate s'est ensuite concentrée sur les activités économiques en se livrant à une concurrence entre les services pour le compte d'individus influents ayant réussi à se maintenir après e communisme, abrités sous diverses étiquettes politiques. La présence de ces services dans les affaires a empêché l'intrusion d'acteurs extérieurs voulant s'imposer sans partager avec le pouvoir en place. Ce système, toujours présent, a été décrit en détail par le film Kapitalism, diffusé en 2009 sur Arte. Concrètement, de petits criminels qui, grâce au trafic d'êtres humains ou d'autres "business", réussissent à se constituer une fortune sont contraints de redistribuer une partie de leurs gains au pouvoir en place. Il ne s'agit pas seulement de corruption, mais d'une forme d'assujettissement qui prend la forme de paiement d'une taxe de protection à des potentats locaux cumulant pouvoir politique, économique et contrôle de la justice. Ceux qui ont refusé de s'en acquitter virent leurs affaires stoppées par des arrestations légales  bien ciblées. Pour cette raison, la Roumanie a très peu connu de règlement de comptes, alors que la Bulgarie a enregistré plus de 150 depuis la chute du communisme.  »

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