Trafics d'être humains : des victimes criminalisées

Justice et police britanniques se trompent de cible en poursuivant les victimes des trafics forcée de commettre des délits pour rembourser leurs dettes.


Des victimes de trafics, forcées de travailler en enfreignant la loi, mais pourtant poursuivies par la justice. Tel est un des paradoxes de l'action publique en Grande Bretagne, tel que le dévoile le quotidien The Guardian en s'appuyant sur une rapport de l'ONG Anti-Slavery International

Les délits commis par ces victimes notamment de trafics d'êtres humains vont de la mendicité forcée à la fraude à la carte bancaire, vol à l'étalage, en passant par des travaux de culture de cannabis. En fait de délits, il s'agit bien d'exploitation sous la contrainte, physique ou économique de remboursement d'un dette, dette parfois artificiellement augmentée.

Selon le directeur de Anti-Slavery International, Aiden McQuade,  la police poursuit trop souvent les victimes au lieu de les protéger, notamment comme témoins utiles pour confondre les trafiquants et engager les poursuites contre ces véritables responsables de délits criminels. Par facilité semble-t-il et parce que les investigations plus poussées, à la racine des trafics, sont plus complexes à mener. Ni la police, ni les tribunaux ne tiennent compte du fait que des enfants ont été les objets de trafics et de profits criminels. Manque de temps,  manque de formation et incidence directe des coupes budgétaires dans les ressources publiques de la justice et de la police, diagnostique Anti-Slavery International.

Le rapport prend l'exemple d'une vietnamien de 15 ans, dénommé Hai (le nom a été modifié) qui aurait été recruté dans une rue d'Hanoï alors qu'il exerçait une petite activité de vente de bouteilles plastique. Un homme lui propose un voyage en Europe pour y travailler. La mère de l'enfant emprunte en hypothéquant sa maison pour payer le passeur. Il mettra 14 mois avant de parvenir en Grande Bretagne pour découvrir qu'il devait encore plus d'argent que prévu à ceux qui l'on fait passer en Europe et qu'il devait travailler sur une ferme de cannabis pour payer sa dette. L'adolescent a été enfermé seul dans une maison, alimenté quelques fois par semaine en eau et en nourriture. Trois mois plus tard, la police a fait une descente dans la maison et arrête le jeune garçon. Il a eu tellement peur de raconte ce qui lui était arrivé qu'il a suivi l'avocat commis d'office qui lui a conseillé de plaider coupable d'avoir participé à un trafic de stupéfiants. Il a écopé de 24 mois de prison ferme dans un établissement pour adultes.

De même, les femmes victimes de trafics ont toutes les peines du monde à être crues des autorités répressives. Ce manque discernement conduit souvent à engager les poursuites contre ces femmes. Un phénomène qui n'est as que britannique.

Sources : The Guardian (Londres) ; Rapport d'Anti-Slavery International.

Posted in Criminalités n°9 - septembre 2013, Dépêches / n°9, La chronique - dépêches et débats, La Gazette (intégrale), Les dépêches - La chronique, Les dépêches hebdomadaires, Revue Criminalités and tagged , , , .

Laisser un commentaire