Tribune de C-H de Choiseul : J. Chirac, un coupable innocenté ?


LES MEDIAS ET LE SYNDROME TEFLON

Analysant le procès au terme duquel Jacques Chirac fut condamné par le Tribunal Correctionnel de Paris à deux ans de prison avec sursis pour , Pierre Lascoumes estime dans la dernière livraison de la revue en ligne Champ Pénal, que celui-ci bénéficia en fait de "rituels de restauration" qui auraient pratiquement effacé sa condamnation.

Il voit ceux-ci, selon ses propres termes, dans un écheveau procédural tissé d'une multiplication d’affaires qui entretient un véritable labyrinthe, dans une réduction des faits par leur euphémisation et due aussi à l'absence de l'accusation, et dans la minimisation des responsabilités grâce à l’échappatoire médicale allant jusqu'à la neutralisation de celles-ci.

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La démonstration ne convainc pas toujours, notamment quand elle paraît insinuer que le certificat médical qui permit à Jacques Chirac de ne pas comparaître serait de complaisance ou qu'il eut fallu que la justice se hâte de le juger parce que sa santé déclinait rapidement.

Il me semble que cela aurait été de la part des juges du Tribunal Correctionnel une attitude bien peu digne et d'ailleurs inefficace puisque, Jacques Chirac eût-il été jugé une première fois en sa présence avec ce que celle-ci aurait eu en effet de stigmatisant pour lui, sa condamnation aurait été effacée s'il avait fait appel et le problème se serait posé d'une toute autre façon devant la Cour d'Appel puisque personne ne semble douter qu'il eût été alors incapable de comparaître.

C'est la peine à laquelle le coupable est condamné qui a un caractère infamant selon la théorie classique, mais ce ne doit jamais être la comparution qui n'a pas d'autre fonction que de permettre un débat plus complet tandis que la publicité de l'audience a vis-à-vis du public une fonction démocratique et non répressive.

De même, "l'euphémisation des faits" par la défense ne relève que du strict devoir de celle-ci, comme le débat sur leur gravité et sur l'existence ou l'intensité de l'intention frauduleuse : c'est le quotidien d'une justice démocratique, comme il est facile de s'en convaincre en assistant à quelques audiences où sont jugés les citoyens du tout-venant.

Surtout je ne vois pas du tout ce qui permets d'affirmer que Jacques Chirac se soit vu "innocenté" et "restauré" après une condamnation dont le quantum n'a eu, de l'avis général, rien d'indulgent, ce malgré la position, effectivement très peu sévère, du Parquet de Paris.

Que les grands médias n'aient pas repris en boucle sa condamnation pendant longtemps après celle-ci,  doit certes être remarqué et peut être critiqué : il ne s'agit pourtant que de la décision d'une quinzaine de rédacteurs en chef qui forme une soit-disant opinion publique, dont on peut rappeler avec Pierre Bourdieu qu'elle n'existe pas ou du moins que l'adjectif qui la compose est bien ambigu.

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Quant à la trace que cette condamnation a laissé dans l'esprit des différents citoyens, il faudrait des analyses autrement approfondies pour l'évaluer, car ce me semble une illusion que de croire qu'ils se rangent automatiquement sur les positions des journaux ou de la télévision.

Il faut plutôt se demander dans quelle mesure cette condamnation n'a pas contribué au profond discrédit qui frappe les hommes politiques chez de si nombreuses personnes. Sachant qu'à l'évidence s'acharner sur un homme en fin de vie n'a pas tenté grand-monde.

Ces commentaires faits sur le procès de Jacques Chirac, qui relèvent d'une opinion personnelle, l'analyse de Monsieur Pierre Lascoumes mérite une lecture attentive pour qui veut se pencher sur le problème crucial de l'impunité de fait qui peut accompagner des condamnations formelles.

Camilo Eduardo Umaña H l'a abordé dans le numéro  4 de la revue.

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