Tunisie : détention et usage d'une loi ancien régime

En Tunisie, fumer du zlata coûte très cher. La loi anticannabis très sévère est appliquée strictement.
Le nouveau pouvoir tunisien fait usage une loi très répressive sur le cannabis. Une loi datant de 1992, mise en place sous la dictature de Ben Ali.  Cette loi punit les détenteurs et les usagers de stupéfiants d'un à cinq ans de prison et d'une amende de 1 000 à 3 000 dinars, et exclut les circonstances atténuantes. Soit de 444 à 1300 euros d'amende  dans un pays où le salaire minimum est à 260 dinars pour 40 heures  de travail hebdomadaire.
Trois ans après la chute de Ben Ali, le code pénal maintient ses dispositifs répressifs. Réprimer la consommation de zatla, la résine de cannabis, vise spécialement les jeunes des quartiers populaires, mineurs ou pas.
Un tiers des prisonniers
« Fin septembre 2013, sur 25 000 détenus, 8 000 l’étaient pour infraction aux stupéfiants, la plupart pour consommation », dénonce Habib Sboui, directeur général des prisons jusqu’à cette date, qui pointe l'échec de telles dispositions répressives : « Le nombre de consommateurs n’a pas diminué, bien au contraire». Après trois années en poste, ce colonel major venu de la police est même devenu « militant dans ce domaine ». Ces derniers mois, il a appelé dans plusieurs médias à changer cette loi qui conduit à l’engorgement des prisons et menace l’avenir des condamnés, de leurs familles.
L'avocat Ghazi Mrabet, qui a défendu la liberté d'expression pour des rappeurs poursuivis, ainsi que le dossier de la Femen Amina, dénonce aussi les mauvais traitements en prison et se dit « révolté et écœuré » par l'instrumentalisation des lois anticannabis par le système pénal, cause de la surpopulation carcérale.
En février 2012, une manifestation devant le siège de l'Assemblée Nationale Constituante a réclamé la dépénalisation de l'usage du cannabis, dénonçant en comparaison la mansuétude envers l'alcool ou la consommation de drogues nettement plus nocives comme l'artal (comprimés Parkizol 500) passible d'une peine beaucoup moins élevée.
Rafles et corruption
La détention de cannabis même en petite dose, d'un seul mégot de joint, ou même de feuilles de papier à rouler suffit aux forces de police à enclencher des contrôles et tests de dépistage par prélèvements d'urine, après des quasi rafles dans les quartiers pauvres.
La petite corruption est aussi active dans les commissariat pour  «acheter le pipi», c’est-à-dire en soudoyant la police qui prélève l’urine : une anomalie juridique puisque ce contrôle devrait être effectué par un médecin. Des avocats participent à cette corruption pour blanchir contre dinars sonnants et trébuchants les éléments à charge contre un consommateur de cannabis.
Sources : Libération, Jeune Afrique, Slate Afrique.

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