Un premier pas vers le « Latinopol » ?

AMERIQUE LATINE

 “Les États ont des frontières, les criminels n’en ont pas” a déclaré le ministre colombien de la Défense, Juan Carlos Pinzón, devant les représentants des 12 pays de la Unasur, réunis à Carthagène (Colombie) les 3 et 4 mai 2012.

Cette déclaration résume l’objectif de ce sommet multilatéral qui réunissait près de 25 ministres de la Défense, de la Justice, de la Sécurité et des Relations extérieures d’Amérique latine : analyser et identifier les caractéristiques et modus operandi du crime organisé transfrontalier puis créer un organisme de coopération régional pour lutter contre toutes ses formes.

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À cette fin, il précise que "cet organisme devra être intergouvernemental et inter agences” car “les délinquants sont [déjà] montés dans le train de la globalisation […] il existe un lien étroit entre le narcotrafic et le trafic d’armes via un procédé de troc –drogues pour armes […] il est donc nécessaire que le nouvel organisme travaille en coordination avec le Conseil de défense sud-américain de l’Unasur».

 Sans la présence des États-Unis, principal consommateur de drogues du continent américain, les pays latino-américains ont donc décidé de monter leur propre structure, à l’instar d’Europol.

 Jorge Lara, ministre paraguayen des Affaires étrangères et président temporaire de la Unasur, a réitéré que la région affronte un défi d’une énorme ampleur « Le crime transnational ne respecte ni les frontières, ni les États, ni les lois et il recherche en permanence à pénétrer les économies des nations par la corruption et le blanchiment d’argent ».

Pour sa part, Yury Fedotov, directeur éxécutif de l'ONUDC  - mission de l'Office des Nations Unies contre la drogue et le crime- a déclaré que “la délinquance organisée génère des revenus d’un montant de 2,1 milliards de dollars par an soit 3,6% du produit interne brut (PIB) mondial, ce que la place dans les 20 plus importantes économie au niveau mondial ».

Enfin, un récent rapport de l’organisation des États américains - OEA- a révélé que la consommation de cocaïne s’est répandue en Amérique latine et que dans certains pays du cône sud elle atteint les niveaux européens.

 En ce qui concerne le narcotrafic, une importante partie de la production de cocaïne est réalisé en Colombie pour ensuite être exportée en traversant les frontières et les territoires des nations voisines jusqu’à leur destination finale.

 Les plus récentes captures de chefs de cartels colombiens ont eu lieu au Venezuela et en Équateur et ont été possibles grâce à la coopération des autorités de ces deux pays.

Lors du sommet, la ministre argentine de la Sécurité, Nilda Garre, a justement exprimé sa préoccupation pour la présence croissante de narcotrafiquants colombiens en Argentine.

Elle a affirmé que l’Argentine est la plaque tournante des filières de cocaïne vers l’Europe et a rappelé que lors d’une opération conjointe avec la Colombie, 33 narcotrafiquants ont été arrêté dont la belle-sœur de Daniel Barrera alias « El Loco », l’un des deux narcotrafiquants les plus recherchés au monde. Puis, elle a souligné que les cartels utilisent des voiliers pour exporter la cocaïne vers l’Espagne et d’autres pays européens.

 L’Amérique latine a été et continue d’être le théâtre de nombreux crimes et délits comme la production et le trafic de drogues, d’armes, de munitions, d’explosifs, la traite de personne, le blanchiment d’argent, la corruption, etc.

 Déjà, fin 2007, afin de coordonner –en particulier- la lutte contre les drogues mais aussi contre les autres types de criminalités, 18 pays de ce continent avaient créé la Communauté des polices d’Amérique - Ameripol - qui peu après a établi des accords de coopération avec l’Union européenne –UE.

 Aujourd’hui, c’est un « Latinopol » qui vient d’être créé avec des objectifs identiques. Ce qui semblerait être un doublon totalement inutile.

Mais il y a toutefois une grande différence entre Ameripol et le futur « Latinopol ». D’un ordre politique et de géostratégie intra-continentale.

Alors que la création du premier avait –aussi- eu lieu en Colombie avec la présence des États-Unis, qui d’ailleurs en est membre, on a pu y remarquer l’absence d’un poids lourd latino-américain : le Venezuela. Effectivement, à la même époque, les relations entre la Colombie et le Venezuela étaient au plus mal. Le président colombien Alvaro Uribe et vénézuélien Hugo Chavez, s’insultaient régulièrement via la presse et communiqués officiels. Et ce qui avait commencé comme une sérieuse crise diplomatique a frisé pendant plusieurs mois l’ouverture des hostilités entre les deux pays.

Ainsi, à peine 5 ans plus tard, sous la présidence de Juan Manuel Santos (pourtant ministre de la défense d’Alvaro Uribe à l’époque de la crise diplomatique) est créé un second organisme, cette fois-ci chapeauté par l’Unasur, organisation propre et exclusivement latino-américaine. Le Venezuela y participe, en est membre alors que les États-Unis n’y ont pas été conviés.

 Cependant, qu’il soit de facture et d’initiative latino-américaine ou chapeauté par les États-Unis, il est à espérer que la prochaine mise en place en Amérique latine d’un organisme de coopération policière, judiciaire et de défense pour lutter contre le crime organisé et toutes ses tentacules,  rencontrera moins d’obstacles que son « jumeau » européen : Europol. Plus de 12 ans après sa création, Europol se débat encore réformes après réformes « à surmonter les arrière-pensées, à gommer les difficultés de procédure, à anéantir les pesanteurs bureaucratiques, à travers l’échange d’informations opérationnelles stratégiques ou techniques, à travers la coordination des activités […]». Nonobstant, l’organisme européen envisage d’ouvrir l’accès de ses données au secteur privé.

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Posted in Criminalités n°3 - juin / octobre 2012, Informations / n°3, Les informations - mensuelles -, Revue Criminalités and tagged , , .

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