DES ALLIANCES INTERCONTINENTALES PAR PRODUITS

 

LES CARTELS MEXICAINS

L'AFRIQUE

ET LA CONQUÊTE

DE L'EUROPE ET DE L'ASIE

`Pour clore, provisoirement, l'enquête commencée dans le numéro précédent par Daurius Figueira sur l'hégémonie des cartels mexicains dans les Caraïbes, l'auteur expose quelle est leur stratégie et les alliances que ceux-ci concluent en Afrique dans la perspective d'une hégémonie mondiale méthodiquement construite.

[Are_PayPal_LoginPlease]

Dans la deuxième moitié des années 1990, quand les cartels mexicains ont pris part au grand saut, du bassin des Caraïbes à l’Afrique de l'Ouest, fait par des organisations de trafic de stupéfiants (OTS/DTOs) colombiennes et vénézuéliennes, leurs opérations ont été inspirées par une stratégie différente de celle suivie par ces dernières. Les cartels colombiens et vénézuéliens se préoccupaient d’ouvrir de nouvelles routes pour le trafic vers l’Europe afin d’inonder celle-ci de cocaïne. Ils cherchaient par priorité des routes supplémentaires pour mettre en Italie leurs produits en vente directe et parvenir à  l'hégémonie sur les points d'accès à l'Europe grâce aux organisations criminelles Italiennes, particulièrement la ’Ndrangheta.

Cette stratégie de transits mise en œuvre par les cartels colombiens et vénézuéliens a eu des conséquences  seulement en Europe mais également en Afrique du Nord et en Afrique occidentale et sur le volume et la nature des trafics illicites passant par la Méditerranée. Pendant que les régions du Sahel et du Maghreb étaient reliées à l'Afrique de l'Ouest,  les Italiens ont fait de même quand la cocaïne, venant du bassin des Caraïbes, était débarquée en Afrique de l'Ouest et qu’une partie en était envoyée du Sahel et du Maghreb vers l’Italie, l’Espagne et la France.

Leurs opérateurs des cartels mexicains ont été actifs dans la création de ces nouvelles routes du trafic vers l’Europe, mais leur stratégie à long terme a été guidée par une vision du monde entièrement différente de celle des cartels colombiens et vénézuéliens, en contradiction avec celle-ci.   .

La priorité à la métamphétamine

La vision du monde des cartels mexicains quand ils mettent en place la diffusion de la métamphétamine repose sur l’idée qu’elle est un produit supérieur à la cocaïne. Tandis que la production de chlorhydrate de cocaïne est attachée au buisson du cocaïer, la métamphétamine peut être fabriquée dans des laboratoires clandestins du fait que c'est une drogue de synthèse. Le marché de la métamphétamine est en Asie un grand marché en croissance. C'est la drogue illicite de premier choix pour les Asiatiques. Dans la plus grande économie africaine, celle de l’Afrique du Sud, la métamphétamine est également la drogue illicite de premier choix et il existe pour elle un marché florissant et grandissant dans la province du Cap.

En Afrique les cartels mexicains ont un accès facile aux matières premières nécessaires pour fabriquer la métamphétamine. Ils peuvent ainsi inonder les marchés africains de cette drogue en suscitant une nouvelle demande et aussi l’exporter. La prochaine étape de la stratégie mexicaine consistera à créer des laboratoires de métamphétamine en Asie.

Le processus utilisé par les cartels mexicains pour importer la cocaïne en Europe et en Asie n’est pas le même que celui utilisé pour la métamphétamine en Afrique. La production, le trafic, l'exportation et de la vente au détail de la métamphétamine en Afrique se divisent fondamentalement en opérations distinctes les unes des autres.

En effet, les cartels mexicains recourent pour leurs trafics à trois sortes d’opérations et d'entreprises différentes et pour chacune d’elles existe une stratégie particulière. La cocaïne mexicaine transite vers l'Europe le long d'un certain nombre de routes qui ne servent pas pour la cocaïne provenant d'Afrique. De même la cocaïne est apportée en Asie  le long de routes qui ne passent pas par l'Afrique.

Le volume de la cocaïne  que les cartels mexicains envoient en Europe et en Asie via l'Afrique,  est dès lors le résultat d’un choix stratégique fait en fonction des diverses réalités liées aux routes particulières empruntées partout dans le monde. Les processus de production, de trafic et de vente de la métamphétamine sont en Afrique de beaucoup les plus flexibles et les plus rentables. Cette situation permet aux cartels mexicains de jouir d’une grande liberté pour la produire en quantité dans l'ensemble de l'Afrique  puisque les meilleurs sites sont exploités à 100%.

De la Guinée jusqu’au Mozambique, en passant par l'Afrique du Sud et le Nigéria la production de la métamphétamine est, par sa simplicité,  une sorte d’endémie en Afrique, car les matières premières nécessaires à sa fabrication proviennent facilement de Chine et d'Inde. Les bazars de la vente au détail de cette drogue, de l'Afrique du Sud et du Nigéria, attestent aujourd’hui de sa disponibilité. Elle est vendue à des prix abordables. Rappelons que les commandes pour s’approvisionner requièrent dans le monde des drogues que le prix au détail soit abordable.

Les routes finissantes de la cocaïne

La cocaïne allant du bassin des Caraïbes jusqu’en Afrique de l'Ouest est  alors envoyée d'Afrique de l'Ouest en Europe le long d'un grand nombre de routes maritimes ou aériennes où divers moyens sont utilisés pour la cacher. Le projet initial consista, pour la cocaïne,  à mettre en place un route sinueuse faisant un détour par l'Afrique pour aboutir en Europe. Cette idée impliquait de doter l’Afrique de l'Ouest des capacités nécessaires pour recevoir la cocaïne, la stocker et la placer sur des routes permettant au trafic de sortir de l'Afrique de l'Ouest pour aller en Europe.

Les États d'Afrique de l'Ouest disposant des infrastructures des transport les plus élaborées et dont les économies avaient la taille nécessaire pour qu’il y soit possible d’y dissimuler le trafic de la cocaïne, furent  choisis par ceux qui voulaient prendre une position dominante dans le trafic de cocaïne en direction de l’Europe. Dès l’origine le Ghana et le Nigéria sont devenus les régions d'où était exportée la cocaïne quittant l'Afrique de l'Ouest pour l'Europe.

Divers États de la région étaient des lieux d'importation et le moins doté de ces États était la Guinée-Bissau. Le sous-développement chronique des infrastructures de transports en Guinée-Bissau a exclu qu’elle fut choisie pour être un lieu important d'exportation de la cocaïne destinée à l'Europe. Cette situation a eu des conséquences  importantes sur le volume des produits débarqués dans cet État. Pour des nécessités logistiques, les produits ont dû l’être au Ghana et au Nigéria ou beaucoup plus près de ces deux plaques tournantes d'exportation.

Ceci a réduit le volume de la cocaïne des cartels mexicains entrant en  Guinée-Bissau, ce qui a eu sur la structure de l’État de la Guinée-Bissau des conséquences qui se sont manifestées publiquement de façon crue par des luttes de factions entre les forces  armées et les élites politiques pour occuper une position dominante dans le dispositif réduit des cartels mexicains dans le pays.

Le Ghana constitue aujourd'hui la plaque tournante principale d'exportation d'Afrique de l'ouest pour l’Europe, suivie par le Nigéria. Cependant, étant donné l’empressement avec lequel les cartels mexicains ont réduit le volume de cocaïne passant par l’Afrique de l’Ouest, les organisations criminelles nigérianes ont appris lors de leurs rapports d'affaires avec les cartels mexicains en Afrique de l’Ouest, que la métamphétamine est l’avenir, un avenir dans lequel elles font des investissements massifs.

Le volume de cocaïne envoyé d'Afrique de l'Ouest, plaque tournante du trafic,  vers l'Europe, est sous la surveillance constante des cartels mexicains. Leur objectif est maintenant de créer la première plaque tournante du trafic en Afrique du Sud,  car les moyens de transports aériens et maritimes y créent des conditions parfaites pour leurs opérations en Afrique. Pour celles-ci, l'Afrique du Sud constitue le lien entre l'Amérique du Sud et l'Asie tout en permettant d’être présent dans la plus grande économie africaine.

Les organisation criminelles nigérianes dominent les marchés illicites de l'Afrique du Sud et sont des trafiquants notables en Asie. L'alliance opérationnelle des cartels mexicains avec ces organisations a ainsi permis aux cartels mexicains d’entrer en Afrique du Sud. La raison initiale du grand bond vers l'Afrique de l'Ouest n'a plus maintenant d’importance stratégique pour les cartels mexicains,  qui font aujourd'hui de l’Afrique de l'Ouest un pipeline subalterne et secondaire pour leurs trafics. Les structures de ce trafic restent intactes en Afrique de Ouest et les produits  continuent d’y passer mais en plus petits volumes comparés à la première décennie du 21ème siècle.

Nouveau pipeline, nouvelles connexions

L’opération beaucoup plus appropriée à la situation actuelle,  c’est de créer et d’ouvrir,  avec un marché à maturité de drogues illicites en Afrique de l'Ouest et dans la région de Sahel de l'Afrique, un pipeline de trafics du bassin des Caraïbes vers l'Afrique de l'Ouest. Cette cocaïne sud-américaine, la métamphétamine, produite en Afrique et l'héroïne afghane sont facilement disponibles sur les marchés en gros. Le marché de drogues illicites coexiste avec le marché illicite d'armes de petit calibre et de trafic d’êtres humains, tous sous le contrôle de groupes criminels organisés,  créant ainsi un ensemble de connexions qui n'existait pas avant l'arrivée de la cocaïne du bassin des Caraïbes.

Ce nouvel ensemble a ouvert un champ d’action aux forces sociales en Afrique de l'Ouest et dans la région de Sahel qui contestent maintenant l'hégémonie coloniale/néocoloniale dans ces régions. Des signes déjà visibles mettent à jour cette réalité que le Maghreb islamique d'Afrique du Nord est également pris dans cet ensemble.

L'impulsion pour créer ce pipeline de trafics passant par la région du Sahel et du Maghreb islamique d'Afrique de l'Ouest  pour déboucher en Europe  et plus particulièrement en Italie,  est venue du désir des organisations criminelles  italiennes de faire venir la cocaïne en Italie par des déviations créées dans les routes du trafic traditionnel,  comme celle passant la côte galicienne espagnole.

Cette route à travers le Sahel et le Maghreb n'a jamais été conçue pour être un pipeline important vers l’Italie et elle a montré ses limites, mais elle était nécessaire pour satisfaire la demande et créer des pipelines pouvant approvisionner directement ce pays. Les organisations criminelles italiennes furent au début instrumentalisées dans la mise en place de la route aboutissant en Italie en passant par le Sahel et le Maghreb, car les fonctionnaires et groupes criminels libyens de Kadhafi jouèrent un rôle central et fondamental dans la création de ce pipeline.

La chute du régime de Kadhafi en Libye a fait baisser les coûts pour faire passer les produits par ce pipeline, lequel s'est développé et étendu. Un mélange des drogues illicites, d’armes de petit calibre et d’êtres humains passe maintenant par ce  pipeline entrant en Italie et dans toute l'Union Européenne, dans lequel les  organisations criminelles  italiennes,  particulièrement la ’Ndrangheta, occupent aujourd’hui une position hégémonique.

La présence opérationnelle croissante des organisations criminelles nigérianes en Italie à la base des marchés illicites est significative de ces liens entre les  organisations criminelles  italiennes et les cartels mexicains par le truchement opérationnel de ce pipeline  Sahel/Maghreb. La succursale de ce pipeline qui envoie les produits sur les littoraux méditerranéens d'Espagne, de France et sur les îles de la mer Méditerranée, la Corse et la Sardaigne, utilise le savoir-faire des organisations criminelles marocaines, qui ont vu croître aujourd'hui leur puissance et leur présence sur les marchés de drogues illicites d'Europe occidentale,  avec les affrontements violents pour occuper des positons dominantes qui en ont résulté, comme on l’a vu dans la ville de Marseille.

Cependant,  ce qui est le plus remarquable reste la présence et la puissance croissante des organisations criminelles nigérianes sur les marchés illicites d'Europe occidentale car elles retirent les avantages d'une alliance opérationnelle avec les cartels mexicains. Le résultat géopolitique le plus fort, en termes d’efficacité,  du pipeline Sahel/Maghreb réside dans la participation des groupes d'extrémistes islamiques, affiliés à Al-Qaida ou non, dans les trafics de produits divers arrivant par ce pipeline en Europe.

Les trafiquants du djihad et les salafistes dans la boucle

Les organisations criminelles italiennes sont entrées dans des relations d’affaires avec les groupes de trafiquants les plus efficaces et les plus productifs qui font passer choses et êtres humains par le Sahel vers le Maghreb. Certains des groupes les plus productifs étaient impliqués dans des commerces illicites ayant pour objet de financer la guerre en cours contre les régimes islamiques apostats du Maghreb islamique et pour finalité d’imposer à ceux-ci la restauration d’un ordre social dominé par le djihad salafiste figé dans la vision Wahhabiste du monde.

C’était simplement pour les organisations criminelles organisées italiennes un dommage collatéral dans leur quête d’un renforcement de  leur position dominante sur le marché de la cocaïne en Europe. Décider de ne pas conclure de marché avec les organisations de trafiquants du djihad salafiste aurait laissé les organisations criminelles italiennes vulnérables à des attaques menées de façon cohérente dans le cadre des guerres internes préventives que se faisaient les organisations de trafiquants à leur service. Le seul choix viable offert par les relations de pouvoir dans le Sahel était alors d’adopter comme alliées les organisations du djihad salafiste.

Ces groupes de trafiquants restent dans une situation instable avec l’hostilité manifeste entre les groupes de trafiquants Arabe et non-Arabes et entre les groupes de djihadistes salafistes et non salafistes, mais il est maintenant évident que la richesse amassée par ceux qui sont engagés dans le trafic de drogues illicites forge une alliance permettant de franchir les obstacles qui se dressent sur le chemin de ceux qui sont à la recherche de l’enrichissement individuel.

Une forte dichotomie existe maintenant entre ces groupes de trafiquants et ceux qui sont accusés de se détourner du programme salafiste ou du programme d’autodétermination sur une base raciale ou ethnique,  pour les richesses qu’offre le commerce de drogues illicites. Dans cet état de fait,  ceux qui ont amassé des richesses sont soumis à une forte pression pour qu’ils financent la guerre en cours contre les régimes islamiques apostats du Maghreb ou les rébellions visant à créer des espaces libres, c’est à dire libérés d’un point de vue ethnique et racial par la force des armes.

Il existe alors des interférences répétées entre ces trois programmes dans le Sahel et le Maghreb islamique, qui donnent naissance à des relations de pouvoir complexes constamment fluctuantes. La situation réelle est devenue encore plus instable avec l’intervention militaire française au Mali en 2013, dont l’effet de souffle en retour a favorisé ceux qui appellent au djihad contre les Croisés Occidentaux. Des flots d’argents parviennent maintenant aux groupes extrémistes du Nord du Nigéria car ces groupes sont en première ligne des organisations djihadistes cherchant à démanteler l’ordre néocolonial en Afrique au sud du Sahel.

L’intervention militaire française au Mali en 2013 n’a pas vraiment gêné ni interrompu les trafics illicites transitant à travers le Sahel vers le Maghreb islamique. En réalité ces trafics connaissent leur maximum d’intensité en Libye dans ce pipeline vers l’Italie, qui est alimenté à différentes entrées dans les États d’Afrique de l’Ouest. Le sud de la Libye est le point d’entrée grand ouvert sur ce pays qui est maintenant contrôlé par l’État dans la période post-Kadhafi. Les richesses nées  de ce pipeline illicite dans le sud de la Libye alimentent les luttes pour dominer la région entre  une milice non-arabe et des milices arabes avec la milice non-arabe manifestant son empressement à adopter le programme du djihad salafiste.

Ainsi l'attaque de l'installation de traitement de gaz d'In Amenas en Algérie est venue du sud de la Libye, qui est maintenant la zone de transit principale de ce pipeline débouchant en Italie. Les richesses dérivées des commerces illicites modifient les relations entre puissances du sud de la Libye, créant une propension à l'instabilité et la violence sociale sous l’égide d’un discours sur l'autodétermination qui masque la lutte pour dominer les commerces illicites de la région.

Le pipeline vers le Maroc modifie également les relations de pouvoir au Maroc et en Tunisie de deux manières fondamentales. La richesse engendrée par les commerces illicites en Europe finance maintenant des cellules d‘extrémistes islamistes qui s’opposent aux gouvernements marocain et tunisien.

C'est une insurrection à long terme qui prévoit d’atteindre le seuil critique grâce aux moyens fournis par un bon placement des sommes gagnées avec les commerces illicites. Cette stratégie requiert l'effondrement du Maroc et de la Tunisie et le contrôle de la Libye en encerclant l'Algérie, pour exercer la poussée finale sur ce régime « d'apostat » : une entreprise en partie financée par les commerces illicites sous l'hégémonie des criminalités européennes organisées.

La place du Maroc

Le pipeline du Maroc de même que le pipeline de la Libye se sont ouverts pour la première fois depuis le début du trafic de la cocaïne, aux Européens et aux groupes du Sahel et du Maghreb islamique. Ils offrent maintenant la cocaïne à la vente dans les marchés au gros et au détail des drogues illicites de l'Europe.

Cette cocaïne paie les services fournis aux cartels mexicains et aux organisations criminelles européennes  ainsi que les produits vendus à ces groupes par les cartels mexicains qui travaillent avec eux. Les produits passant par l'intermédiaire du pipeline Sahel/Maghreb  sont envoyées en l'Europe par des trafiquants des groupes du Maghreb et du Sahel et confiés aux individus et aux groupes ayant leurs racines dans les communautés des peuples du Sahel et du Maghreb islamique vivant Europe.

Les drogues illicites, les armes de petit calibre et les êtres humains, introduits en contrebande dans les communautés minoritaires en Europe,  donnent maintenant naissance à un nouvel ordre illicite ayant ses propres relations de pouvoir. Les communautés minoritaires ethniques des banlieues de Paris et de Marseille font déjà la démonstration des changements en cours dans leur propre ordre social, qui sont provoqués par le pipeline Sahel/Maghreb vers l'Europe.

L'extrémisme islamiste se répand avec les produits illicites de ce pipeline en même temps qu'il se déplace pour se brancher sur la richesse des commerces illicites et de l'approvisionnement en armes dans les villes européennes, formant un flot, porteur d'une légitimité, qui arrive dans un chaudron d'isolement, de privations, de racisme et d'expressions sociales et publiques de la violence contre l'État et l'ordre social dominant.

Les marchés des drogues du Nigéria, du Ghana et d'autres États d'Afrique Occidentale illustrent maintenant l'impact de la stratégie des cartels mexicains visant à faire croître les marchés locaux de drogues au niveau de la rue,  par une augmentation de la consommation grâce à des produits disponibles à un prix abordable. Le produit de premier choix, c’est la métamphétamine produite par les Africains. Le prix de la cocaïne au niveau de la rue a été diminué pour stimuler la demande,  signe d'une pléthore de produits qui continue à inonder les marchés,  mais la cocaïne reste une drogue qui ne peut pas concurrencer la métamphétamine produite par les Africains pour le marché grand public.

Les organisations criminelles africaines qui ont tissé des unions avec les cartels mexicains prospèrent et elles ont accès à toute une gamme des produits illicites en vertu de termes et conditions qui favorisent les entreprises indigènes. De leur expansion sur les marchés africains et internationaux a résulté la croissance rapide et l’expansion de leur présence sur les marchés africains et internationaux de drogues illicites. Les organisations criminelles nigérianes ont ainsi éclaté et étendu les opérations grâce à leurs relations de travail avec les cartels mexicains.

L'Afrique déstabilisée au centre du jeu

Les  organisations criminelles ghanéennes contestent la domination des organisations criminelles nigérianes, et de même ceux d'Afrique du Sud. Les  organisations criminelles nigérianes étaient les pionniers du trafic de stupéfiants à l’échelle réduite de l’Afrique en employant le corps humain comme moyen de transport.

Aujourd'hui ces pionniers sont soumis à un défi croissant en Afrique. Beaucoup d'organisations criminelles contestent maintenant au-delà de leurs marchés nationaux de drogues, l'hégémonie des nigérianes.  C'est  évident dans le cas du Ghana et de l'Afrique du Sud car les organisations criminelles de ces deux États se déplacent pour maximiser les bénéfices qu'elles tirent de leurs relations de travail avec les cartels mexicains.

Ce défi à l'hégémonie nigériane sur les organisations criminelles s’est manifesté de façon internationale, car les organisations criminelles ghanéennes ont suivi les  organisations criminelles nigérianes dans le bassin des Caraïbes en reproduisant les structures facilitant les trafics du bassin des Caraïbes. Des  organisations criminelles sud-africaines sont également impliquées dans un processus  visant à assurer leur présence dans les États spécifiques de l'Océan Indien.

Le pipeline du bassin des Caraïbes vers l'Afrique a alors profondément modifié les ordres sociaux  d'Afrique là où ses opérateurs ont choisi d'établir leurs bases. La criminalité africaine organisée s’est en conséquence généralisée et une dynamique a été lancée qui conduit à ce qu’une activité illicite d'un type particulier voit son échelle croître : la connexion entre drogues illicites, armes de petit calibre illicites et la contrebande d’êtres humaine, qui donne naissance à un nouvel ordre social dont les prémisses reposent sur l'hégémonie de ceux qui sont les  maîtres de cette connexion.

Dans le bassin des Caraïbes le compromis politique entre les élites politiques est tel qu’il commandent cette connexion et la narco-démocratie qui y règne. En Afrique le compromis politique entre les élites politiques et l'ordre social fondé sur la connexion des trafics illicites est aujourd’hui un travail en cours mais il y a peu d'espoir pour que cet ordre soit le perdant car ce système de connexion est déjà hégémonique dans certains États d'Afrique.

Par leur rôle central, les opérations des cartels mexicains en Afrique du Sud sont le moteur de la stratégie destinée à  assurer l'hégémonie mexicaine sur les marchés des drogues illicites en Asie. Déjà le Brésil et l'Afrique du Sud sont reliés par l'intermédiaire de pipeline par lequel la cocaïne d'Amérique du Sud est envoyée en Afrique du Sud. D'Afrique du Sud la cocaïne est envoyée en  Europe et en Asie en utilisant de  multiples méthodes de trafic.

La vente au détail, la prospérité de la métamphétamine est stratégiquement beaucoup plus importante pour les cartels mexicains et les marchés en gros d'Afrique du Sud ont permis d'ajouter à cette opération des laboratoires en Afrique du Sud qui produisent cette drogue synthétique. La métamphétamine produite dans les États d'Afrique de l'Est et d'Afrique du Sud fait l'objet de trafics dans l'Océan Indien à destination de divers marchés de consommateurs et constitue  ainsi l'objectif stratégique des cartels mexicains.

Le Mozambique et le Kenya sont des emplacements principaux de production en plus de l'Afrique du Sud. Chaque emplacement de production sera inondé avec le produit abordable afin de créer des marchés locaux prospères de drogues illicites. Le mélange de produits des cartels mexicains pour l'Asie est dès lors articulé sur la cocaïne et la métamphétamine lancée sur différents segments du marché de consommateurs avec différentes structures de prix.

Les cartels mexicains accroissent les commandes nécessaires pour exploiter le potentiel des marchés de drogues illicites d'Asie comme le marché du Soleil Levant,   déplacent  leurs investissements en Afrique vers de nouvelles structures de trafics en mettant en service de nouveaux pipelines vers/dans/en dehors d'Afrique du Sud et des États d'Afrique de l'Est qui encadrent l'Océan Indien.

L'accent mis sur ces nouvelles structures a relégué le trafic de la cocaïne en Europe par l'intermédiaire de l'Afrique de l'Ouest,  au statut d'opération de trafic parvenu à maturité,  qui ne sert pas l'orientation principale des cartels mexicains visant à dominer les marchés asiatiques de drogues illicites.

Les cartels mexicains ont  radicalement changé la structure du trafic en Afrique établi dans la deuxième moitié des années 1990. Aujourd'hui, à la différence de la première décennie du 21ème siècle il existe un grand choix d'entreprises de trafiquants,  qui fonctionnent dans tout le continent africain,  créant les conditions dans lesquelles l'Afrique jouera un rôle de première ligne dans l'entreprise de commercialisation de drogues illicites au niveau mondial.

L'héroïne afghane aussi

Une question centrale qui n'est pas actuellement abordée publiquement se pose sur le transit de l'héroïne afghane vers l'hémisphère de l'ouest le long du bassin des Caraïbes et le pipeline de trafic africain. L'héroïne afghane est envoyée aux points d'entrée dans l'Afrique de l'Est et elle est maintenant mise en vente par des trafiquants sur les marchés des drogues illicites d'Afrique de l'Ouest,  dans des quantités pléthoriques.

Les cartels mexicains ont la capacité d'acheter le produit des courtiers afghans et de l’envoyer vers l'hémisphère occidental si cela est mis à l'ordre du jour dans leur stratégie visant à l'hégémonie sur ces marchés. L'existence des courtiers de l'héroïne afghane en Afrique de l'Ouest facilite le transport part de petites quantités,  par des mules du bassin des Caraïbes vers l'Amérique du Nord ou directement en Amérique du Nord ou par ces deux routes.

La même réalité marche également pour l'Europe avec de l'héroïne trafiquée d'Afrique. La balise pour des trafiquants d'héroïne déplaçant le produit à l'hémisphère de l'ouest d'Afrique est le marché de drogue illicite du Porto Rico où le niveau de la demande de l'héroïne a maintenant créé une crise de santé publique. Le Porto Rico est un marché en plein essor pour l'héroïne et, avec le départ des Agences d'État locales,  l'accès ouvert vers les États-Unis .

C'est ce qu’attendaient les cartels mexicains : ceci révèle maintenant qu’ils avaient décidé d’étendre le trafic de l'héroïne à l'hémisphère occidental,   où les  organisations criminelles qui leur sont  affiliées,  tels  les nigériens et les ghanéens, envoient déjà l'héroïne à l'hémisphère de l’ouest de l'Afrique et d'Asie.

L'escalade de la violence

Toute analyse de la vision du monde des cartels mexicains au 21ème siècle doit intégrer l’escalade de la violence qui a éclaté  au Mexique pendant les mandats des deux présidents successifs du parti politique du P A N à partir de 2005 et ce jusqu’à présent. L'État mexicain a toujours été associé avec les groupements de trafiquants de stupéfiants illicites du Mexique en y maintenant une paix relative.

La plus grande et la plus puissante organisation de trafiquants est la fédération de Sinaloa,  qui était avant 2005 une fédération au sens classique du mot,  de groupes organisant le passage des principales frontières que la fédération dominait ; l'État y a maintenu l'ordre pour assurer un enrichissement mutuel sans guerre fratricide, qui aurait été mauvaise tant  pour les affaires de l'État que pour celle les affaires des trafiquants de drogues illicites.

Sous la première présidence du P A N de Vicente Fox (2000-2006), des fissures ont commencé à apparaître dans ce vieil accord d'État, alors qu’El Chapo Guzman lançait une offre visant à prendre un pouvoir hégémonique sur la fédération de Sinaloa, en attaquant le cartel de Juarez,  un membre à part entière de la fédération de Sinaloa. La présidence de P A N et la bureaucratie d'État n'ont pas maintenu l'ordre prévu par l’accord et ont réagi à l'agression de Guzman en lançant les militaires contre ses ennemis dans la fédération de Sinaloa.

Le président Felipe Calderon (2006-2012) a intensifié la guerre contre les ennemis de Guzman dans la fédération de Sinaloa et en dehors. La réponse de Guzman,  avec les structures d'État contrôlées et appuyées par lui, a déstabilisé les groupes mexicains de trafiquants au point que des factions ont rompu avec les groupes traditionnels comme les Zetas avec le cartel du Golfe,  et que de nouveaux groupes sont apparus. Les structures répressives d'État se sont mis de leur côté à la poursuite de programme  de Guzman et lui ont fait la guerre,  couvertes par l'impunité.

Longtemps après que la guerre entre les trafiquants se fut arrêtée, les Agences d'État ont continué la politique de nettoyage social. Au beau milieu de leur guerre pour la domination au Mexique,  les cartels mexicains ont mis en place leur domination sur les commerces illicites du bassin des Caraïbes et mis en application leurs stratégies pour l'Afrique et l'Asie. Ils y travaillaient pour arriver à leurs fins en évitant la guerre fratricide  qui était en cours au Mexique.

Les organisations armées des cartels mexicains en charge des trafics internationaux sont distinctes et leur direction distincte demeure délibérément sans visage. Elles étaient présentes et actives dans les organisations de trafiquants de drogues colombiennes et vénézuéliennes DTOs,  inaugurant leur stratégie et se donnant les moyens pour éclipser ces organisations, avec ce résultat qu'elles établissent et dirigent le programme des cartels mexicains pour la mondialisation.

La guerre menée par Guzman et la réponse de l'État sous le contrôle de P A N ont éclipsé les chefs des groupes dont les visages étaient dans le domaine public. Guzman et d’autres sont maintenant en fait les hommes recherchés parce qu'ils auraient, internationalement, le contrôle des opérations mexicaines, alors que les dirigeants des opérations internationales et mondialisées donnent le rythme et le programme de l'avenir.

Ces dirigeants des armées mondialisées circulent librement dans le monde et contrôlent leurs entreprises illicites tandis que les chefs réputés habitent au Mexique où ils sont à la merci de la classe politique du Mexique, constituant une direction qui est maintenant remplaçable. Lors des opérations de cette direction, il y eut au sein des organisations armées mexicaines une guerre, qui est maintenant prête à se reproduire lors des opérations des organisations internationales armées mexicains.

[/Are_PayPal_LoginPlease]

 

Posted in Criminalités n°8 - juin, juillet, août 2013, Enquêtes / n°8, Les enquêtes - trimestrielles -, Revue Criminalités and tagged , , , , , , .

Laisser un commentaire