Russie – USA : La coopération anti drogue, c'est fini

D'une arnaque fiscale à la dénonciation de la coopération antidrogue. Genèse de mesures de rétorsions entre les deux puissances à partir de l'affaire Magnitski.

Fin janvier 2013, la Russie a décidé de ne pas renouveler l'accord de coopération avec les États-Unis sur la lutte contre le trafic de drogues et le crime organisé. Cet accord avait été signé le 25 septembre 2002.

Cette coopération prévoyait que les États-Unis participent au financement de certains projets russes de lutte contre les trafics palliant les moyens budgétaires insuffisants octroyés par la Russie.

Les responsables russes ont depuis minimisé la portée de cette coopération qualifiée de « factice » : « Cet accord était assez conventionnel, la lutte anti-drogue sur les territoires russe et afghan intéressant peu Washington », a déclaré à RIA Novosti un membre du Conseil de politique extérieure et de défense, le général Alexandre Mikhaïlov, en retraite du FSB, Service fédéral de sécurité de la Fédération de Russie. « Lorsque nous commencions à évoquer avec eux ( les autorités américaines) les problèmes de la lutte contre le trafic de drogue en Afghanistan, ils nous répondaient carrément: cette héroïne ne nous intéresse pas, c'est l'héroïne colombienne et bolivienne qui nous importe le plus, elles représentent la menace la plus grave à cause de leur proximité ».

Depuis le début des années 2000, la Russie a notamment tenté d'endiguer le trafic d’opium provenant d’Afghanistan. L'impact de ce trafic est direct sur la société russe, tant de par le marché créé que par les problème créés par la consommation d’opiacés au sein de territoire russe. La montée en puissance d'organisations criminelles et les phénomènes de corruption associés inquiètent aussi les autorités. Sans parler du financement de mouvements extrémistes.

Escalade de tensions

Cette rupture d'accords avec les États-Unis s'inscrit dans un contexte de détérioration des relations antre les deux puissances, la Russie affirmant sa volonté de s'affranchir d'ingérence américaines dans la vie politique en Russie.

En décembre 2012, une loi russe a ainsi interdit l'adoption d'enfants russes aux États-Unis alors qu'était mise en place le principe d'établir une liste noire de ressortissants américains indésirables en Russie, soupçonnés d'avoir violé en particulier les droits des citoyens russes. Quelques mois plus tôt, les autorités russes avaient visé les ONG bénéficiant de financements étrangers, notamment américains : une loi les qualifiait d'« agents de l'étranger » et les plaçant sous un étroit contrôle.

La rupture de la collaboration dans la lutte contre la drogue et le crime organisé représente l'une des mesures les plus hostiles prises par le gouvernement de Moscou envers celui de Washington depuis la guerre froide. Pour les dirigeants russes, c'est une riposte à une loi adoptée par le Congrès américain qui interdit de séjour aux États-Unis les responsables russes impliqués dans la mort en 2009 lors d'une garde à vue du juriste Sergueï Magnitski, employé par le fonds d'investissement Hermitage Capital Management, basé à Londres et le plus important des fonds d’investissement étranger présent en Russie détenant des parts dans des sociétés énergétiques et bancaires majoritairement publiques (comme Gazprom; la société détenant le monopole de l'importation et l'exportation électrique InterRao; la société pétrolière d'État Rosneft; Sberbank, plus grande banque d'Europe orientale) ou privées, comme la compagnie pétrolière sibérienne Sidanko, ou la compagnie gazière et pétrolière Surgutneftegaz.

Fraude fiscale contre un fonds d'investissement

Le tort de Sergueï Magnitski aura été d'avoir dénoncé une importante fraude fiscale commise en Russie envers Hermitage Capital Management par des policiers, des juges et des fonctionnaires des impôts.

Il est mort dans des circonstances non élucidées après 358 jours en prison préventive, notamment à la prison de la Boutyrka à Moscou, soit quelques jours avant la date limite d'un an où il pouvait être détenu sans procès.

Cette affaire a généré une escalade de mesures de rétorsion envenimant les relations entre les deux puissances. A partir de juillet 2011, le Département d'État américain a interdit de séjour un groupe d'officiels russes impliqués dans l'affaire Magnitski et dans d'autres atteintes aux droits de l'homme. A ce Magnitski Act, la Russie a répondu en octobre 2011 par la loi Dima Iakovlev, prononçant une interdiction de visa pour des responsables américains, notamment onze personnes « responsables de graves violations des droits de l'homme, notamment de personnes ayant sanctionné des tortures dans les prisons de Guantanamo, de Bagram et d'Abou Ghraib », mais aussi les citoyens américains soupçonnés de mauvais traitements contre leurs enfants adoptés en Russie, ainsi que des Américains impliqués dans les enlèvements de citoyens russes, notamment le marchand d'armes Viktor Bout, ainsi que les juges qui les ont condamnés à de longues peines de prison.

Cet article fait partie du dossier Les mutations des trafics de drogues

 

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Posted in Criminalités n°5 - mars 2013, Dépêches / n°5, Dossier / n°4 et n°5 - Mutations des trafics de drogues, Les dépêches - La chronique, Les dépêches hebdomadaires, Revue Criminalités and tagged , , .

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