Zones grises et circulations menaçantes en Amérique Latine

Par Edgardo Manero (CNRS / Mascipo – EHESS)

Résumé

 Edgardo Manero élargit la portée du concept de “zones grises”. Il l’étudie dans le cadre global de la redéfinition des critères de contrôle territorial et à l’échelle de l’architecture sécuritaire hémisphérique préconisée par les Etats-Unis.

 La circulation transfrontalière de phénomènes perçus comme menaçants est une question centrale du débat sécuritaire de l’après guerre froide. C’est une pensée d’époque,  caractérisée par le concept de « Failed State »,  État « déstructuré », qu’illustrerait le cas du Mexique.

Les circulations dans les « espaces vides » et les « zones de non-gouvernabilité »affaiblissent l’Etat, notamment dans la « Triple Frontière », au coeur de laquelle se trouvent trois villes Foz do Iguaçu, (Brésil), Puerto Iguazú (Argentine) et la ville paraguayenne de Ciudad del Este (ex-Puerto Stroessner). C’est une zone de circulations particulières, comprenant des flux illicites de marchandises licites. La préoccupation principale est sécuritaire, le Paraguay y a été incorporé, mais cette préoccupation fait l’objet de contestations que l’on pourrait appeler souverainistes.

L’octroi d’une dimension de sécurité publique à des phénomènes d’ordre non militaire mais évalués avec des conséquences stratégiques transnationales est à la base de la « Sécurité hémisphérique » préconisée par les États-Unis au sein de l’Organisation des États Américains, ce qui donne un caractère global aux enjeux et aux réponses sécuritaires.

Le conflit colombien, avec le « Plan Colombie », constitue le paradigme de la circulation transfrontalière. Il illustre, avec la question des FARC, la dimension stratégique de cette circulation, même si le conflit a été désamorcé. Une vision transnationale de l’espace  permets la construction de la politique nord-américaine appelée cooperative security community.

Ainsi dérégulation et circulations fondent un système-monde, dont les politiques néo-libérales sont pour partie responsables, où interagissent l’Etat et les organisations criminelles.

Dans le cadre du « désordre global », une nouvelle perception des rapports territoire-sécurité affectant la définition plus générale de la frontière comme limite de ce que l’on désire défendre se développe en Amérique latine[1]. Sur un continent où se sont multipliés les différends concernant l’espace mais où les conflits entre Etats ont été relativement rares, un processus paradoxal affecte les frontières. La désarticulation du voisinage territorial menaçant sous sa forme traditionnelle entraîne le développement de représentations stratégiques qui continuent d’accorder à ces limites une importance stratégique majeure.

    Ces circulations perçues comme dangereuses constituent l’un des enjeux majeurs du « désordre global », redéfinissant les rapports au territoire et à la sécurité. Revendiquées[2] ou craintes, les circulations contribuent à configurer de nouvelles formes de relation avec l’espace. Elles façonnent des espaces indéfinis qui ne coïncident pas avec les territorialités étatiques ni avec les architectures institutionnelles.

    La circulation transfrontalière d’une multiplicité de phénomènes perçus comme menaçants est une question centrale du débat sécuritaire de l’après guerre froide. Elle se trouve au cœur d’une dimension transnationale de la sécurité qui met en avant le fait que toute une série de questions stratégiques sont inextricablement liées à des phénomènes qui ne sont pas toujours contenus à l’intérieur des frontières politiques de l’État-nation, constituant pourtant le cadre habituel des politiques de sécurité et de défense. Composants essentiels de la globalisation[3], ces circulations constituent non seulement un élément capital des représentations stratégiques promues par les États-Unis au niveau global, mais se trouvent aussi au centre du dispositif stratégique de l’hégémon en Amérique latine.

Une pensée d’époque

    La circulation transfrontalière d’entités menaçantes est une implication de l’affaiblissement de l’État, constitutives de « zones de non gouvernabilité », composante fondamentale des représentations stratégiques des États-Unis post guerre froide et de leur dispositif militaire en Amérique latine. Il s’agirait alors de l’application d’un concept né dans les think tanks américains au cours des années 1990 : le Failed State, autrement dit l’État « instable », « en échec » ou « manqué », soit cet État « déstructuré », incapable de gérer ou de mettre de l’ordre dans ses affaires, et qui représenterait par conséquent une menace pour l’ordre mondialisé et la sécurité du système international.

Le « Failed State »

    Le Failed State, concept déjà bien connu, est caractérisé par l’absence de structure officielle capable de garantir l’ordre et la justice, autrement dit par ce que M. Weber a appelé l‘exercice du monopole de la violence légitime. Caractéristique du désordre propre à la fin de la guerre froide, leFailed State serait la conséquence de situations de violence non contrôlée qui entravent le fonctionnement correct des autorités constituées. Il serait question d’un problème de gouvernabilité où l’institutionnalité démocratique tend à être dissociée de l’amélioration des politiques publiques dans le social.

    Ces États représenteraient une menace pour les intérêts nationaux états-uniens, conférant aux États-Unis la légitimité d’intervenir à terme, de la même façon qu’ils se donnent le droit de neutraliser les « États voyous » par l’intervention extérieure[4]. Quelques prises de position de l’ancien président colombien Alvaro Uribe Vélez montrent que ces représentations ne sont pas uniquement états-uniennes.

    Celles-ci postulent qu’une partie importante des États latino-américains rencontrent des problèmes pour contrôler ce qui se produit sur leur territoire. Des institutions publiques faibles, un système politique dégradé et une économie en difficulté conduiraient les États de la région à la corruption et au clientélisme. Si, en Amérique latine, le cas paradigmatique est Haïti, cette catégorie a de plus en plus été utilisée depuis les années 1990 en référence aux situations de conflit social dans les pays andins tels que l’Équateur et la Bolivie, et même la Colombie. Derrière le « Plan Colombie », qui est à l’origine un plan de renforcement des institutions de l’Etat, se trouve la perception d’un État en échec.

    Divers signes, interprétés comme des indices de désintégration, permettent à Washington de qualifier des États très différents de «Nation en échec ». La conjoncture politique n’est pas un fait mineur. Ainsi, à la fin de 2005, en pleine période électorale, le transfert de missiles boliviens vers les États-Unis pour y être détruits illustre l’appréhension de ce pays comme un « Failed State » ainsi que la méfiance vis-à-vis du Movimiento Al Socialismo.

Le cas du Mexique

    Depuis 2008, un discours pointant le Mexique se diffuse aux États-Unis. Méconnaissant le fait qu’on y trouve une structure d’État datant de la révolution mexicaine et de B. Juarez, ce pays est comparé au Pakistan. Ayant été un point principal de l’agenda latino-américain de Washington, le Mexique est devenu à présent une question cruciale de son agenda global de sécurité. En 2010, H. Clinton a évoqué la « colombianisation » du Mexique en raison du trafic de stupéfiants[5].

    Le pays serait, selon ses mots, « la Colombie d’il y a vingt ans ». Le président Obama a dû relativiser publiquement ces déclarations, reconnaissant la vigueur de la démocratie mexicaine, l’économie croissante du pays et, ainsi, qu’il n’est pas possible d’en assimiler la situation interne à celle de la Colombie[6]. Les sources de violence et les facteurs de son intensification sont effectivement bien distincts.

    Dans le cas colombien, les cartels sont nés et se sont développés au sein d’une société fracturée, où des acteurs armés non-étatiques osèrent contester un État faible. Au Mexique, les organisations narcotrafiquantes ont émergé avec l’aval d’un État fort mais érodé par la corruption, et ont prospéré sur la base d’une circulation transfrontalière vers les États-Unis pour y satisfaire la demande de drogues, s’approvisionner en armes légères et blanchir l’argent.

Circulations et affaiblissement de l’État

    Les représentations stratégiques états-uniennes soutiennent que les « nouvelles menaces », en particulier les organisations criminelles et terroristes, peuvent s’enraciner dans les « espaces vides » ou « zones de non gouvernabilité » existant en Amérique latine. Pour Washington, ces no man’s land, qui présentent toutes les manifestations du désordre planétaire actuel, compromettent la sécurité hémisphérique.

    Depuis les années 1990, les Etats-Unis identifient comme tels les villes de Tabatinga et Leticia (Brésil, Colombie et Pérou), la région du Darien (Colombie-Panama), celles de Lago Agrio (Équateur-Colombie) et de Tartagal-Orán (Argentine-Bolivie), Maicao (Colombie-Venezuela), ainsi que la frontière colombo-vénézuélienne, le Surinam et la « Triple Frontière » (Argentine-Brésil-Paraguay). Au début du XXIe siècle, le « bassin amazonien » et le « Chaco paraguayen » sont devenus pour les Etats-Unis, sous couvert de la faible présence étatique, de nouvelles zones où des terroristes et des organisations criminelles liées au trafic de drogues seraient susceptibles de s’installer. Depuis 2002, on fait référence à deux autres « Triples frontières » : celle entre la Bolivie, le Paraguay et le Brésil, et celle entre le Brésil, l’Argentine et l’Uruguay.

    Sans être déterminant, le facteur géographique favorise souvent l’existence de zones d’activités clandestines. Celles-ci se situent dans des régions difficiles d’accès, partiellement intégrées au territoire national, et la plupart correspondent à des espaces frontaliers qui abritent et que traversent les acteurs illégaux.

   Mais l’équation entre absence d’État et activités illicites n’est pas une exclusivité de régions isolées ou marginales. Dans les zones frontalières entre les centres et les périphéries, les diverses instances étatiques sont aussi dépassées par les effets de circulations de diverses natures. Ces régions ont une incidence importante pour les économies nationales ; les usines y constituent une source de développement en exerçant une attraction permanente pour des populations à la recherche de meilleures conditions de vie, comme c’est le cas à Tijuana et Ciudad Juárez au Mexique, ou à Tanger et Tetuan au Maroc.

    La thèse selon laquelle les espaces où les États n’exercent pas de contrôle seraient propices au développement d’organisations terroristes occupait une place centrale dans la National Security Strategy de 2001 et, depuis lors, les États-Unis ont multiplié les pressions sur les gouvernements latino-américains. Lors de la Ve réunion des ministres américains de la Défense au Chili en 2002, D. Rumsfeld soutenait l’idée selon laquelle les espaces vides de présence étatique favoriseraient l’installation d’agents et de réseaux terroristes en interaction constituant une menace qu’il était nécessaire de considérer avec la plus grande attention.

    A ce propos, il identifia la « Triple Frontière » comme un espace de transit de terroristes et de financement de leurs organisations[7]. Le concept de « zones de non gouvernabilité » évoqué lors de cette réunion relança alors les débats autour des implications du phénomène et de sa neutralisation pour la souveraineté, comme cela s’était produit quand avait été envisagée une intervention en Colombie à la fin des années 1990.

    Jusqu’aux attentats du 11 septembre 2001, les Etats-Unis situaient la menace « narcoterroriste » (soit l’activité terroriste financée par le commerce de drogues illicites) dans la région andine, plus précisément en Colombie et au Pérou. Suivant la thèse des « zones de non gouvernabilité », elle s’est ensuite élargie au reste du continent, et c’est dans ce cadre que s’est développé le discours sur la « Triple Frontière ».

 La Triple Frontière

    Depuis la fin de la guerre froide, la « Triple Frontière » est une région où les circulations sont au cœur de la lutte pour la légitimité symbolique de la fonction d’État. Le discours de la « Triple Frontière » mis en place dans les années 1990 à propos des facteurs d’aggravation du conflit colombien n’illustre pas seulement les continuités concernant les représentations stratégiques entre l’administration démocrate et républicaine. Elle manifeste aussi le caractère transnational de l’espace et des enjeux stratégiques et le côté avant-gardiste de la région au plan géopolitique.

Une zone de circulations particulières

    La « Triple Frontière » est un espace propice à la circulation de flux et de stocks légaux et illégaux. Elle constitue une zone de circulation modelée par des relations particulières aussi bien avec les territorialités étatiques traditionnelles – et les pouvoirs correspondants des différentes forces étatiques – qu’avec l’architecture institutionnelle du Mercosur, accord d’intégration économique régionale.

    Ces relations accroissent les possibilités de transit entre les pays, fondés autant sur la géographie que sur la culture et l’économie. Partant du Paraguay, les flux traversent un ensemble de pays autour de la « Triple Frontière » pour atteindre ensuite le reste des territoires nationaux. Point de rencontre géographique entre civilisations – l’hispanique et la lusitaine, mais aussi l’amérindienne –, en tant qu’aire de connexion naturelle entre le Brésil et l’Argentine, la « Triple Frontière » se trouve au centre du projet Mercosur en termes géopolitiques, d’où son importance pour la consolidation de l’intégration régionale.

    Trois villes se situent au cœur de la « Triple Frontière » : Foz do Iguaçu, (Brésil), Puerto Iguazú (Argentine) et la ville paraguayenne de Ciudad del Este (ex-Puerto Stroessner). La principale activité économique à Foz de Iguazu et Puerto Iguazú est le tourisme, tandis que la contrebande prédomine à Ciudad del Este, organisée et contrôlée par le pouvoir politico-militaire.

Flux illicites de marchandises licites

    Ancrée dans une temporalité qui précède le temps de la globalisation contemporaine – les flux illicites de marchandises licites en sont en effet une caractéristique historique essentielle – la région illustre bon nombre des manifestations du désordre planétaire actuel : contrebande d’armes, de stupéfiants, de voitures volées, trafic d’êtres humains et d’animaux, faux documents d’identité, falsification de produits, blanchiment d’argent, etc.

    Depuis les années 1990, les États-Unis la considèrent comme une zone de non droit où se sont installées des organisations criminelles diverses, en particulier des narcotrafiquants et des terroristes, et attribuent une haute priorité stratégique à la présence supposée de groupes islamistes radicaux. Aux colonies de migrants provenant du Moyen-Orient (surtout des commerçants syro-libanais) installées depuis longtemps au Brésil et au Paraguay s’est ajoutée celle composée de chiites libanais fuyant la guerre civile dans leur pays. Ce mouvement a contribué à consolider l’hypothèse selon laquelle se sont alors constitués des réseaux connectés à des groupes intégristes musulmans, comme le Djihad islamique et le Hezbollah, tandis que se développait l’influence des secteurs wahhabites, surveillés par les services de renseignements argentins sur demande nord-américaine depuis la fin des années 1990.

 La préoccupation sécuritaire

    La préoccupation sécuritaire concernant la région de la « Triple Frontière » repose à la fois sur la présence de cellules terroristes dormantes, la constitution d’un sanctuaire et de bases opérationnelles, le financement d’activités via des contributions financières pour la cause islamiste, le blanchiment d’argent et la coopération entre le terrorisme islamiste et les organisations criminelles. Tenu depuis les années 1990, le discours sur les liens entre narcos et terrorisme réapparait à diverses reprises. Par exemple, en octobre 2011, les Zetas mexicains ont été associés par les États-Unis à un attentat contre l’ambassadeur saoudien dont a été accusé l’Iran.

    Depuis les attentats de 1992 et 1994 contre la communauté juive à Buenos Aires, la zone, considérée comme repère des trafiquants de drogue et base de repli du terrorisme, est placée sous surveillance. Un commandement de sécurité regroupant tous les pays de la région a été créé à cet effet et le renseignement argentin travaille en étroite collaboration avec les services états-uniens, alors que la zone prend une dimension sécuritaire plus importante qu’illustre l’organisation de manœuvres sécuritaires conjointes. Pour les militaires états-uniens, les Operations other than war constituent un élément clef de l’architecture sécuritaire, comme ce fut le cas à la fin des années 1990 avec la lutte contre la dengue à Misiones, sous le gouvernement Menem, et avec l’assistance sanitaire au Paraguay pendant l’administration Duarte.

    Dès la fin des années 1990, l’idée selon laquelle la zone des trois frontières constitue un problème de sécurité fait consensus. Les services américains et argentins soutiennent que les auteurs de l’attentat de Louxor (Egypte) en 1997 auraient trouvé refuge dans cette région. Hassan Aly Mokhler, accusé d’avoir participé à cette attaque, a d’ailleurs été détenu à la frontière du Brésil avec l’Uruguay pour détention de faux papiers d’identité, et son épouse vivrait toujours dans la région. Un autre suspect a depuis été incarcéré. En 1999, le coordinateur de l’anti-terrorisme au département d’État, M. Sheehan, fit officiellement part au gouvernement argentin de la préoccupation des États-Unis face à la présence croissante de groupes liés au trafic de drogue et au terrorisme dans la zone de la « Triple Frontière ».

    Par la suite, les services argentins y ont cherché des traces et des connexions d’O. Ben Laden. Et à la toute fin du siècle passé, Washington a émis l’hypothèse selon laquelle, dans le cadre de la victoire des modérés en Iran et de la possibilité d’un accord de paix entre Israël et la Syrie, une partie du Hezbollah implantée dans le sud du Liban aurait émigré vers cette région pour y entrer en contact avec des groupes de narcotrafiquants[8].

    Après le 11/9, la présence militaire nord-américaine a augmenté dans la zone. Les forces de sécurité des États-Unis auraient entraîné les polices du Brésil, du Paraguay et de l’Argentine à agir contre les terroristes islamiques[9]. Dans le cadre de la guerre contre le terrorisme, les États-Unis évoquent l’existence de « groupes islamistes de la Triple Frontière ». Pour Washington, les liens qu’entretiendraient les terroristes avec le narcotrafic et les Forces Armées Révolutionnaires de Colombie se seraient renforcés comme conséquence de la guerre en Afghanistan. Le préjudice causé par l’interdiction du trafic d’héroïne inciterait ces organisations à former une alliance avec les trafiquants colombiens afin de développer la production et la commercialisation du produit[10]. Et Al-Qaeda préparerait des attentats contre les ambassades américaines en Équateur et en Uruguay[11].

    Simultanément, certains rapports des think thanks[12], des revues spécialisées – dont la Military Review – et des articles journalistiques ont fait référence aux activités du terrorisme international dans la région de la « Triple Frontière ». Des notes à propos de cette zone sont aussi bien rédigées à la CNN qu’à la BBC, et les arguments des États-Unis sont également repris par certains universitaires latino-américains[13]. E. Luttwak notamment, universitaire et conseiller du Pentagone, associe terrorisme et contrebande[14].

    Le coordinateur de la lutte contre le terrorisme au département d’État des Etats-Unis, Francis Taylor, a annoncé que son pays était prêt à employer tous les moyens en son pouvoir pour lutter contre les « groupes terroristes » de la « Triple Frontière » et en Colombie. Le chef de la Drug Enforcement Agency, Asa Hutchinson, a affirmé pour sa part que la zone de la « Triple Frontière » est un refuge pour des extrémistes islamiques, en particulier pour les membres du Hamas et du Hezbollah. Pour le chef du Commando Sud, J. Hill, le «narcoterrorisme» est une force destructrice qui affecte toutes les Amériques et qui renforce les groupes islamiques radicaux liés au Hamas et au Hezbollah et opérant dans des espaces comme la « Triple Frontière » et l’île vénézuélienne de Marguerite. Pour lui, la vente directe de drogue et le blanchiment d’argent financeraient des opérations terroristes partout dans le monde, et l’ensemble des pays de l’Hémisphère occidental devraient agir de concert pour contrecarrer l’insécurité qui en découle[15].

L’incorporation du Paraguay

    La région a pris une nouvelle dimension avec l’incorporation du Paraguay dans le dispositif stratégique états-unien. En 2005, dans le cadre de la visite de D. Rumsfeld à Asuncion, le sous-secrétaire adjoint du Trésor D. Glaser assura que le terrorisme se finançait dans la zone de la « Triple Frontière »[16]. Le ministre-conseiller de l’Ambassade des États-Unis au Paraguay expliqua quant à lui que cette région abritait les structures de financement du terrorisme ainsi que d’autres activités illégales[17]. Lors de l’installation d’un bureau du FBI à Asunción, R. Muller, directeur de l’agence, insista sur l’importance des activités criminelles transnationales – trafic de drogues et d’êtres humains, contrefaçon et blanchiment d’argent – liées au terrorisme[18]. Et l’année suivante, le chef duSouthcom (Commandement Sud de l’Armée des Etats-Unis), le général Craddock, se rendit sur place, séjournant à Ciudad del Este[19].

    Depuis, le Paraguay a renforcé les mesures de contrôle des populations d’origine arabo-musulmane, principalement à Ciudad del Este et Encarnación, et a accepté une importante présence militaire des États-Unis. Dans ces deux villes, des citoyens d’origine libanaise et indienne ont été arrêtés ; avant de libérer tous les prisonniers faute de preuves, les autorités ont justifié ces détentions par al vigilance redoublée depuis les attentats du 11/9. De leur côté, Buenos Aires et Brasilia ont déployé d’importants moyens sécuritaires en coordonnés. Pour l’Argentine, il s’agit de policiers nationaux et provinciaux, de forces de sécurité comme la Gendarmerie et la Prefectura Naval, de services de renseignement et de douaniers[20]. Des agences privées ont également été employées pour assurer la sécurité des hôtels et autres infrastructures touristiques, afin d’éviter que d’éventuelles actions criminelles ne menacent l’industrie du tourisme, vitale pour le pays.

La contestation souverainiste

    Cependant, l’existence d’activités terroristes à la « Triple Frontière » n’a jamais été établie, pas plus que les États-Unis ne sont parvenus à prouver l’existence de cellules terroristes dans la région. Pour les secteurs contestataires, l’objectif de Washington serait d’instaurer les conditions pour faciliter une intervention dans la région.

   Expression des « nouveaux » enjeux stratégiques, l’intérêt dans la zone de la « Triple Frontière » ne se restreindrait pas aux organisations criminelles, au terrorisme, à l’instabilité politique ou aux gouvernements opposés au néolibéralisme. Selon le Foro Social de la Triple Frontera, il serait en lien direct avec le contrôle des ressources naturelles, en particulier l’accès à l’eau potable et plus précisément à l’aquifère Guaraní, l’une des réserves les plus importantes du monde.

    Les pays de la région ne partagent d’ailleurs pas complètement cette appréhension de la « Triple Frontière » comme un sanctuaire de terroristes. Depuis 2001, les allusions incessantes aux « espaces vides » ont fini par faire naître un sentiment de mal-être chez eux, et plus particulièrement au Brésil, puisque les militaires états-uniens se focalisent sur l’Amazonie et la « Triple Frontière ». Le constat d’une « négligence » étatique dans l’exercice d’une souveraineté effective que mettraient en évidence les trafics, ne signifie pas que cette région soit une « zone ingouvernable », bien que l’état de fait laisse à penser qu’au moins certains aspects de cette catégorie y sont présents. Ainsi, la « Triple Frontière » a fait ressurgir le débat sur la souveraineté dans le Cône Sud.

    Le cas brésilien est exemplaire, étant donné que le principe de souveraineté s’inscrit dans une temporalité longue et relativement indépendante par rapport aux variables régime et idéologie. Le Brésil nie toute difficulté à contrôler effectivement son territoire, et rejette donc l’application de ce concept à l’Amazonie et à la « Triple Frontière ».

    Au début du XXIe siècle, cette position était partagée par les « populismes contestataires latino-américains », unités pour lesquelles la question de la souveraineté est essentielle pour éviter l’absorption dans un empire universel potentiellement « tyrannique ». Cramponnés à un ordre « moderne » – clairement westphalien – d’interaction entre pays souverains fondés sur les principes de non-ingérence, d’égalité, de respect des frontières et de réciprocité entre États, Chávez, Kirchner, Morales, Correa ou Lugo résistent à la mutation de la notion de souveraineté.

  Ils refusent le concept de son absence effective et rejettent les mesures entraînant une cessation tacite de souveraineté ou son transfert vers un forum multinational. Pour ces gouvernements, la souveraineté d’État ne peut être relativisée ou adjectivisée. Ils réfutent donc les thèses d’État en échec et de zones d’ingouvernabilité. Cela n’a toutefois pas empêché l’Argentine et le Brésil d’implémenter un mécanisme de coordination (3 + 1) avec les Etats-Unis, interprété par la presse comme l’annonce d’une intervention directe et programmée des forces du SouthCom[21].

Le caractère transnational des enjeux stratégiques

     Une question centrale de l’après guerre froide explique l’importance de la dimension stratégique des circulations : l’octroi une dimension de sécurité publique à une multiplicité de phénomènes d’ordre non militaire mais évalués avec des conséquences stratégiques ayant une dimension transnationale. Cette conception est à la base de la « Sécurité hémisphérique » préconisée par les États-Unis au sein de l’Organisation des États Américains.

La « Sécurité hémisphérique »

    Dans ce cadre, les solutions proposées ont une composante militaire importante, construites sur la confiance en la capacité des Forces Armées, guidées par des représentations transnationales, à intervenir, voire à gérer des situations environnementales et/ou sociétales considérées comme menaçantes. Pour les États-Unis, les « nouveaux défis à la sécurité » représentent des menaces non conventionnelles. De nature transnationale, ces dernières ne respectent pas les limites administratives. Ces menaces, considérées comme communes à tous les pays du continent, appellent une action collective pour leur faire face, ce qui rend nécessaire la «coopération hémisphérique».

    Les définitions traditionnelles de la défense et de la sécurité des États se seraient ainsi élargies à partir de l’incorporation de «nouvelles menaces, préoccupations et défis» qui incluent des aspects politiques, économiques, sanitaires et écologiques. Menace et risque, tout comme défense et sécurité, se confondent alors, et la redéfinition de la menace est devenue le noyau de la réflexion stratégique lancée lors de la Ie Conférence Ministérielle de Défense des Amériques à Williamsburg (Virginia, États-Unis) en 1995[22].

    Désormais, les débats promus par les États-Unis à l’OEA abordent non seulement le terrorisme, la délinquance organisée transnationale, la question des drogues, la corruption, le blanchiment d’actifs, le trafic d’armes et leur utilisation par les terroristes, mais aussi la traite des personnes, les attaques à la sécurité cybernétique, l’extrême pauvreté et l’exclusion sociale de larges secteurs de la population qui affectent la stabilité et la démocratie, les catastrophes naturelles et d’origine humaine, les SIDA et autres maladies, les atteintes à l’environnement, ou encore les accidents ou incidents dans le transport maritime des matériaux dangereux comme le pétrole, le matériel radioactif et les déchets toxiques.

   Cette perception de la menace structure la notion de « sécurité multidimensionnelle »[23] sur laquelle repose la doctrine de sécurité adoptée par l’OEA lors de son Assemblée générale en juin 2002, à Bridgetown (Barbade) : « les menaces, préoccupations et autres défis de la sécurité dans l’Hémisphère sont de nature diverse et de portée multidimensionnelle, et que les concepts et les approches traditionnelles doivent être étendus à de nouvelles menaces, comprenant des aspects politiques, économiques, sociaux, et de santé environnementale. »[24] Cette conception de la sécurité et de la perception de la menace, qui donne une dimension sécuritaire à des problèmes de nature très différente, sera ensuite réaffirmée en 2003 dans la déclaration sur la sécurité dans les Amériques[25].

Le caractère global des enjeux et des réponses sécuritaires

    Les représentations stratégiques promues par les États-Unis accentuent ainsi le caractère global des enjeux et des réponses sécuritaires[26]. Elles soutiennent en effet que la défense de la souveraineté ne se limiterait plus à la protection des frontières et du territoire sous sa forme traditionnelle, car le caractère transnational des menaces suppose des réponses collectives. Les armées doivent donc aborder la protection de chaque pays à partir d’une perspective régionale, en coopérant pour la défense de la souveraineté, avec une conscience régionale et une solidarité internationale.

    Bien que les États-Unis n’aient nul besoin de militariser l’OEA, ni sur le plan opérationnel, ni sur le plan stratégique, ils ont tenté tout au long des années 1990 de promouvoir un cadre de sécurité collectif, ce qui implique une définition plus ou moins commune de la menace, la génération d’un consensus doctrinaire et la redéfinition du rôle des militaires latino-américains dans le cadre de mécanismes collectifs. Washington y voit non seulement une façon d’accorder une légitimité à ses éventuelles actions sur le continent, mais aussi un moyen d’assurer une présence dans la région tout en évitant l’engagement des troupes alors que les budgets sont réduits.

    Les États-Unis ont depuis longtemps cherché à regrouper les autres pays membres de l’OEA autour de mécanismes de défense collectifs pour une meilleure coopération hémisphérique en matière de défense, tentant d’orienter les militaires vers des tâches policières afin de les faire coïncider avec les objectifs états-uniens de neutralisation d’une multiplicité d’acteurs perçus comme dysfonctionnels : organisations criminelles, groupes rebelles et divers mouvements de contestation du néolibéralisme ou opposés à l’établissement de la zone de libre échange[27]. Mise à l’ordre du jour de la première réunion des ministres de la Défense des Amériques en 1995, la coopération hémisphérique est le principal programme de l’agenda interaméricain de sécurité, et le caractère régional de la stratégie américaine conçu sous l’administration Clinton constitue un héritage du binôme W. Perry (Secretary of Defense) – A. Lake (National Security Advisor).

   Au cours de visites officielles en Argentine entre octobre 1998 et la fin de l’année 1999, le chef des renseignements de l’armée états-unienne, C. Kennedy[28], le directeur du bureau national de la politique de contrôle de la drogue, B. McCaffrey, et le délégué de Clinton pour l’Amérique latine, K. Mac Kay, indiquaient déjà la nécessité de considérer la lutte contre le trafic de drogue et le «narcoterrorisme » comme un problème régional nécessitant une stratégie concertée. Ils soulignaient l’importance de l’Argentine dans cette stratégie, accentuée par la position du Brésil défenseur inconditionnel du principe de non-intervention. Pour B. McCaffrey, la question colombienne exige l’implication de tous les pays de la région[29], étant donné que la guérilla représenterait une menace pour les pays voisins[30]. Le Mercosur fut donc invité à inciter le Paraguay à cesser de tolérer le trafic de drogue, dans un contexte caractérisé par les rumeurs d’installation de narcotrafiquants et de combattants des FARC au Paraguay, conséquence du Plan Colombie.

    Le Plan Colombie[31] fut un tournant fondamental dans le dessin de la nouvelle pensée stratégique américaine, point émergeant de la stratégie régionale de Washington pour l’Amérique latine après la chute du mur de Berlin. Eu égard à la présence de conseillers militaires nord-américains en Colombie, on peut comparer ce pays à la toute fin des années 1990 au Salvador du début de la décennie précédente. En termes de lutte anti-drogue – non de son composant anti-insurrectionnel –, le Plan Colombie a été un échec relatif.

Le conflit colombien, paradigme de la circulation transfrontalière

Le Plan Colombie

    Paradoxalement, un conflit datant de la Guerre froide est devenu un exemple des transformations stratégiques opérées : la circulation transfrontalière est une composante centrale du conflit armé interne en Colombie, dont la particularité tient à l’implication d’intérêts variés, s’étendant des trafics illicites et licites – dont témoigne la dimension de l’économie noire en Colombie – aux activités des entreprises transnationales exploitant le pétrole ou assurant la sécurité, sans oublier les intérêts nationaux des États de la région et des États-Unis.

  Si les différents acteurs de la guerre en Colombie – organisations insurrectionnelles, paramilitaires, Forces armées et de sécurité, organisations criminelles, populations déplacées – ont fréquemment franchi les frontières, la question des circulations dues à la violence du conflit a pris une nouvelle dimension depuis la fin des années 1990. On peut y voir les reflets de facteurs aussi divers que l’autonomie accrue des acteurs par rapport au système étatique, les politiques de sécurité des États-Unis pour la région ou le messianisme révolutionnaire propre au chavisme vénézuélien.

    Demandant aux pays du continent leur soutien total au « Plan Colombie » lors de la XXXe Conférence du Conseil des Amériques (Washington), et leur assurant que la Colombie ne serait pas un nouveau Vietnam, le président Clinton établissait en mai 2000 un rapport étroit entre la sécurité régionale remise en cause par le conflit colombien et la construction d’une zone de libre échange. Dans ce cadre, les pays limitrophes firent par de leurs préoccupations croissante face à la porosité des frontières. Cette inquiétude ne grandissait pas uniquement en raison de l’extension de la lutte armée, en particulier vers le bassin amazonien : le Brésil, le Pérou et le Venezuela craignaient que la composante militaire du Plan Colombie finisse par affecter toute l’Amazonie avec l’expulsion de narcos et de guérilleros vers leurs frontières, les migrations de populations, l’action des organisations armées irrégulières, l’expansion des cultures illicites, et la pollution due à la fabrication de la cocaïne comme aux campagnes d’éradication des champs de coca[32].

La  question des FARC

    Bogota se plaignait alors de la complaisance dont auraient fait preuve l’Équateur et le Venezuela à l’égard des FARC dans les zones frontalières. La porosité de la frontière entre la Colombie et le Venezuela a d’ailleurs été un élément central de la « guerre froide » entre Chávez et Uribe. Le gouvernement colombien accusa Caracas de protéger les FARC, en affirmant que ce pays ne faisait rien contre le « terrorisme international ». Chávez ne considère les FARC ni comme une menace pour son gouvernement, ni comme une organisation terroriste.

   Au contraire, selon lui, les FARC et l’Armée de Libération Nationale (ELN) sont de véritables armées et méritent, à ce titre, la reconnaissance en tant que force insurgée belligérante dotée d’un projet politique bolivarien[33]. En retour, depuis le palais Miraflores à Caracas, l’on a responsabilisé Uribe de l’intromission des paramilitaires colombiens sur le territoire national vénézuélien[34], des séquestrations et des assassinats de militaires, imputés par Bogota à la guérilla. La controverse entre la Colombie et le Venezuela réapparut ensuite ponctuellement, comme lors de la capture du dirigeant des FARC, R. Granda et de l’élimination de R. Reyes en territoire équatorien, considérée par H. Chávez comme une violation de souveraineté territoriale de l’Equateur avec le soutien des États-Unis.

    Après l’élection de Santos à la présidence de la Colombie, ces événements ont été progressivement surmontés et les relations bilatérales se sont améliorées en termes de coopération frontalière et de lutte contre le trafic de drogue, avec la signature d’un accord en octobre 2011[35]. Mais les incursions constantes de l’armée colombienne en Equateur à la poursuite des guérillas et les flux de migrants ont détérioré les relations entre Bogota et Quito. Et les différends se sont approfondis en 2006, avec la fumigation de cultures illicites menées par la Colombie près et au-delà même de la frontière avec l’Équateur, opérations également dénoncées par les FARC comme une violation unilatérale et arbitraire de la souveraineté de la nation équatorienne. En 2007, le gouvernement de R. Correa, soulignait le coût du conflit colombien pour l’Équateur et soutenait même que ce pays n’avait pas de frontière avec la Colombie mais les FARC pour limite au nord, tout en affirmant avoir démantelé un certain nombre de camps de la guérilla et en critiquant le fait que la frontière n’était pas dument protégée par la force publique colombienne.[36]

    Les tensions entre la Colombie, l’Équateur et le Venezuela contrastent avec la collaboration entre le Brésil, le Panama et la Colombie. Depuis les années 1990, le Brésil a militairement renforcé sa frontière avec la Colombie, ce qui était l’une des priorités des Etats-Unis dans le cadre de la guerre contre le terrorisme. Le plan Calha Norte a aussi été enclenché pour empêcher guérilleros et narcotrafiquants de traverser la frontière. Avec l’entraînement de nouvelles unités antidrogue déployées dans la jungle, l’armée brésilienne s’est davantage impliquée dans la lutte contre le trafic de stupéfiants, de plus en plus traité comme une question de sécurité nationale ainsi que le montre l’accord signé entre les présidents Lula et Uribe – qui a néanmoins provoqué des conflits avec les secteurs les plus radicaux du Parti des Travailleurs.

    Cet accord s’articulait autour de deux principaux axes : empêcher la circulation des armes, des drogues et des produits chimiques utilisés pour la production de drogues dans la zone de frontière commune, et autoriser la Colombie à utiliser le système brésilien de surveillance de l’Amazonie[37]. Si le Brésil a ainsi assumé son engagement solidaire aux côtés de la Colombie dans la lutte contre le terrorisme et le narcotrafic[38], Lula a résisté aux pressions, notamment états-uniennes, visant à qualifier les FARC de groupe terroriste.[39].

La dimension stratégique de la circulation transfrontalière

     La circulation frontalière est également importante dans le cas du Panama. Aux incursions des FARC – le Front 57 de cette guérilla est considéré comme un cartel de plus – et des paramilitaires colombiens s’est ajouté le crime organisé. Le gouvernement panaméen, qui manie la question humanitaire des réfugiés colombiens dans la région du Darién en termes avant tout sécuritaires, dénonce régulièrement l’alliance des acteurs armés du conflit colombien avec les trafiquants de drogue, d’armes et de migrants illégaux, ainsi que les enlèvements dont ils se rendent coupable au nord de la frontière où le déploiement des forces de sécurité du Panama a été renforcé. La coopération entre les deux pays, reposant sur un une analyse communes des sources de dangers (manifeste lors des réunions de la Commission Binationale Frontalière) s’est récemment accrue avec la signature du Plan Binational de Sécurité Frontalière en 2011[40].

     La dimension stratégique prise par la circulation transfrontalière apparut clairement en mars 2008 avec l’opération de l’armée colombienne destinée à éliminer le numéro deux des FARC, R. Reyes. Le bombardement du camp guérillero situé en territoire équatorien, véritable viol de la souveraineté de ce pays, non seulement cristallisa dans la région le concept de « guerre préventive » étrenné par les États-Unis en Irak en mars 2003, mais relança en outre le débat sur les « zones de non droit », notion clé des représentations stratégiques nord-américaines, étroitement liée à la gestion des flux. Cette incursion des militaires colombiens provoqua une escalade de tensions – la plus grave depuis des années dans la région – entre les trois nations « bolivariennes » : l’Équateur et le Venezuela massèrent des troupes le long de la frontière et rompirent les relations diplomatiques avec Bogotá[41]. Le président vénézuélien qualifia alors son homologue colombien de « paramilitaire », de « criminel »et même de « chiot de l’impérialisme américain », soutenant Correa dans sa demande de condamnation par la communauté internationale de cette opération contraire à la souveraineté équatorienne, aux accords bilatéraux et au droit international.

     En réponse, Bogota accusa R. Correa de s’être engagé auprès des FARC à jouer un rôle de médiateur dans les échanges d’otages contre des prisonniers guérilleros. Selon le directeur de la police colombienne de l’époque, le Général O. Naranjo, la saisie des ordinateurs de R. Reyes par l’armée colombienne suscitait en effet « des interrogations sur l’état des relations du gouvernement équatorien avec le groupe terroriste des Farc ». Le président du Nicaragua, D. Ortega, déclara pour sa part que le gouvernement Uribe avait « assassiné » Reyes pour empêcher toute solution négociée au conflit qui ravage le pays depuis un demi-siècle.

    L’Organisation des États Américains, convoquée en session extraordinaire pour l’occasion, ne parvint pas à s’accorder sur une déclaration commune. L’Équateur exigeait que soit condamnée la violation du territoire et de la souveraineté d’un État et exigeait la création d’une commission d’enquête. La résolution finalement approuvée par le Conseil Permanent de cette institution ne condamna pas l’opération, mais rappela le principe d’inviolabilité de la souveraineté et d’intégrité des États. La pression états-unienne fut décisive pour que la déclaration finale épargne à la Colombie un blâme explicite.

 Le désamorçage du conflit

    Le désamorçage du conflit se produisit lors du sommet du Groupe de Rio, le 7 mars. La Déclaration de Saint-Domingue[42], rédigée par le Groupe de Rio, dénonça la violation de l’intégrité territoriale de l’Équateur et salua les excuses du président Uribe, ainsi que son engagement à ce que de pareils actes ne se reproduiraient en aucune circonstance. À la demande de ce dernier, les signataires s’engagèrent à combattre les menaces en lien avec les activités de groupes irréguliers ou d’organisations criminelles, en particulier celles liées au narcotrafic, considérées comme terroristes par la Colombie[43].

   Par la suite, la controverse rebondit à plusieurs reprises, lorsque J. M. Santos, alors ministre de la défense, souligna le succès du raid en termes de réduction de la capacité opérationnelle des FARC, ou encore lors des négociations visant à faciliter l’installation de bases militaires états-uniennes en Colombie.

Durant son voyage au Brésil, toujours en mars 2008, C. Rice justifia elle aussi l’incursion militaire dans le cadre de l’attaque préventive et proposa l’adoption d’une politique régionale anti-terrorisme. Selon Rice, « les frontières sont importantes, mais elles ne peuvent être un refuge de terroristes qui tuent des innocents ». Elle assura qu’« il [était] temps que la région revoie la sécurité dans les régions frontalières », et assura que « Washington reste[rait] très attentif à l’évolution de la situation et [ferait] le nécessaire »[44]. Les États-Unis, comme la Colombie, affirment en effet que les FARC, mobiles par nature, représentent une menace pour tout le continent.

   C’est pourquoi la responsable sécuritaire nord-américaine préconisa la mise en place de programmes régionaux de lutte contre le «narcoterrorisme», tout en suggérant que l’Équateur et le Venezuela agissaient de connivence avec la guérilla colombienne. C. Rice répéta que les FARC représentaient « une organisation terroriste […] avec laquelle il [était] hors de question de négocier »[45]. Cette position s’opposait – et continue de s’opposer – non seulement à celle du Venezuela, mais aussi à celle de l’administration Lula, réitérée par le ministre brésilien des affaires étrangères C. Amorim.

Le caractère transnational de l’espace

   Le 11/9 n’a fait qu’approfondir une politique qui, en termes stratégiques, avait été élaborée par l’administration Clinton.

La cooperative security community

En mars 2003, le Chef du Southcom, J. Hill, déclarait que le principal danger pour les pays de la région ne venait pas de la force militaire d’un Etat voisin ou d’une puissance étrangère, mais que l’Ennemi était le terroriste, le narcotrafiquant, le criminel international (faux documents, commerce d’armes, blanchiment d’argent), faisant spécialement référence au « narcoterrorisme »[46]. En 2005, son successeur B. Craddock confirmait l’importance de la construction d’une cooperative security community pour affronter la menace que représentent le populisme pour les États de la région et la participation de groupes radicaux islamiques à des activités illégales sur le continent sud-américain, pour soutenir le gouvernement colombien dans la lutte contre les mouvements armés, ainsi que pour contrer l’influence croissante de la Chine dans la région[47].

    Dans le cadre de la mise en place d’une coopération sécuritaire continentale, les États-Unis ont oscillé jusqu’au début du XXIe siècle entre multilatéralisme et bilatéralisme. Tout en encourageant d’importantes réformes institutionnelles à l’OEA, Washington choisissait des partenaires privilégiés. En octobre 1997, cette logique atteignit son plus haut degré avec la désignation de l’Argentine comme alliée extra-OTAN. Mais les États-Unis n’ont jamais convaincu leurs interlocuteurs de la nécessité de doter l’OEA d’une structure militaire, ni dans l’immédiate post guerre froide, ni après le 11/9. Conséquence de l’échec de la réforme du Conseil interaméricain de défense, les États-Unis ont depuis relativisé l’importance de l’OEA et du recours au multilatéralisme, optant pour des échanges bilatéraux. Et de fait, l’absence de structure permanente de sécurité n’empêche ni la coopération dans le cadre de différents mécanismes de prévention et de règlement des conflits, ni la relance des mécanismes de concertation à l’échelle régionale.

Une vision transfrontalière de l’espace

    Il est visible qu’au caractère transnational de la menace et de la réponse correspond une vision transfrontalière de l’espace. La trans-nationalité des représentations stratégiques promues par les États-Unis – qui ne recoupe pas les territoires étatiques traditionnels – est aux fondements de la configuration d’une nouvelle architecture militaire post guerre froide en Amérique latine, bien qu’elle s’inscrive dans une perception de l’Amérique latine présente dès la fin des années 1940, mais systématisée sous l’administration démocrate de W. Clinton dans les années 1990 avant d’être développée par G. W. Bush au début du XXIe siècle.

    La relation géographie-économie-sécurité semble être encore un élément qui détermine l’expansion géopolitique des États-Unis. La représentation transnationale du territoire latino-américain repose sur l’institution de trois sous-systèmes (Centre-Caraïbes, zone andine-amazonienne, Cône Sud) constituant des espaces à intégrer conformément à l’enlargement et à l’idéologie de la globalisation. La dimension transnationale des représentations stratégiques des États-Unis est claire en ce qui concerne l’espace andino-amazonien. La représentation états-unienne de cette zone s’appuie sur une appréhension géopolitique unifiée des Andes amazoniennes, centre géographique de l’Amérique latine. Ce point est au cœur de la nouvelle architecture militaire que tente de mettre en place Washington en Amérique latine, et la dialectique du régional et du global qui caractérise désormais l’action américaine s’expose dans cette région : l’affrontement est global dans son essence, mais régional dans ses manifestations.

   Avec le passage du « Plan Colombie » à l’Andean Regional Initiative, en mars 2001, l’administration Bush renforça encore la représentation transnationale des conflits régionaux conçue dans les années 1990. L’ARI est plus qu’un programme d’extension à l’échelle régionale des mesures prises dans le cadre du Plan Colombie. On peut observer un changement d’échelle dans le recours à la force : il s’agit du passage de la lutte contre les narcos et la guérilla, qui menacent la stabilité et la sécurité d’un État (la Colombie), à un projet axé sur la pacification de l’ensemble de la région, lui-même inscrit dans un conflit transfrontalier à caractère global.

    À partir de la fin des années 1980, les États-Unis vont élargir leur « Mare Nostrum » traditionnelle jusqu’aux Andes grâce à la lutte contre le narcotrafic. Les principaux foyers d’instabilité latino-américains représentant une menace pour les intérêts états-uniens se situaient, dans les années 1980, en Amérique centrale. À la fin du XXe siècle, la région andine devint la principale préoccupation stratégique de Washington, en raison de sa position géostratégique entre l’Amérique, les ressources énergétiques et d’importantes infrastructures, diverses organisations considérées comme une menace pour la sécurité régionale et la consolidation d’un projet révisionniste du statu quo international[48]. A présent, la lutte contre le « narcoterrorisme » constitue le noyau d’une nouvelle politique d’expansion vers le Cône sud.

Dérégulation et circulations

    Dans le cas latino-américain, les difficultés qu’éprouvent certains États à maîtriser leur territoire national doivent être mises en perspectives avec leur déficit historique en matière institutionnelle, en particulier pour ce qui concerne le contrôle et l’organisation de l’administration publique. Comme l’affirme G. O’Donnell, l’État a institué une légalité qui a fréquemment échoué, et la légitimité de la coercition qui le soutient est contestée par sa faible crédibilité en tant qu’interprète et réalisateur du bien commun. Néanmoins, les conséquences induites par les profondes transformations du désordre global, aussi bien du système international que des sociétés nationales latino-américaines et des institutions sécuritaires, confèrent à la relation territoire-circulation-sécurité de nouvelles caractéristiques.

Un système-monde

   La globalisation, en tant que processus et idéologie, s’est accompagnée du développement d’organisations criminelles plus ou moins internationalisées, organisées en réseaux délocalisés et généralement structurées en cellules, construites sur la base de la circulation mondiale des produits et services illicites : drogues, véhicules et œuvres d’art volés, armes, immigrés clandestins, technologie industrielle, bois et pierres précieuses, etc. L’économie illicite qui en nait renforce les facteurs de déstabilisation des sociétés et accentue, dans un cercle vicieux, la perte du contrôle étatique sur certaines parties des territoires. La question ne se réduit pas au crime organisé ou à de larges zones à l’intérieur des frontières. Le contrôle territorial est un des enjeux liés aux activités licites et illicites impliquant aussi bien des marchands ambulants que d’importants entrepreneurs.

    Les entités perçues comme menaçantes – des organisations criminelles aux guérillas en passant par le terrorisme – profitent d’un système-monde de plus en plus soumis aux dynamiques de la dérégulation encouragées par les États-Unis, mais qu’exploitent d’autres nations comme la Chine. Les organisations criminelles tirent avantageusement profit d’un contexte dans lequel les frontières nationales perdent leur vocation première au bénéfice d’une unification des marchés. D’un côté, certains aspects de la globalisation, tels que la libre circulation des capitaux, l’émergence de nouveaux marchés et de nouvelles places financières, l’indifférence manifestée par les banques et les institutions financières à l’égard de la corruption et des affaires criminelles, aident au développement des activités illicites. De l’autre, les flux illégaux profitent des mécanismes d’intégration, des zones franches, des voies de communication fluviales, maritimes et terrestres interétatiques, et de tout autre instrument conçu pour promouvoir le commerce régional. La mise en place de zones franches semble stimuler les activités illicites : les trafics, en particulier ceux de drogue, sont intenses à Maicao (Colombie), Colon (Panama – également propice au blanchiment d’argent, tout comme l’île Margarita et la « Triple Frontière »), Iquique (Chili) et Chuy (Uruguay).

    La construction de routes intra et inter étatiques dépourvues de contrôles efficaces favorisent aussi la circulation de marchandises illégales. Ceci explique en partie l’augmentation de la quantité de cocaïne et de pâte de base de cocaïne provenant de la Bolivie ou du Pérou dans des villes comme Buenos Aires, Rio et San Pablo. Les fleuves jouent aussi un rôle important ; l’Amazone est un axe fondamental pour l’exportation de la cocaïne. Au retour, les bateaux rapportent armes et précurseurs chimiques pour la fabrication du stupéfiant. Le Paraná, autre fleuve important, est un des principaux points d’entrée de la drogue en Argentine. Les organisations criminelles profitent en outre d’une autre caractéristique de la globalisation : le développement des nouvelles technologies. Ainsi, du Mexique – c’est le cas d’Alejandro Marti, séquestré et assassiné – à l’Argentine, les kidnappeurs s’informent grâce aux blogs et aux réseaux sociaux sur le web, qui leur simplifie le travail de renseignement ; ils y évaluent par exemple le niveau social et économique des victimes potentielles.

La responsabilité des politiques néolibérales

    Paradoxalement, les représentations stratégiques promues par les États-Unis omettent d’insister sur la responsabilité des politiques néolibérales dans la perte de la capacité d’imperium des États. Les programmes néolibéraux ont réduit le politique comme expression du bien commun et de l’intérêt général, affaiblissant l’État-Nation en tant que garant de l’ordre intérieur et sujet des relations internationales, élément clé dans le contrôle du territoire, des populations et de la sécurité. Bien qu’il y ait toujours eu en Amérique latine des espaces intégres et d’autres en rupture géoéconomique, qui ne devinrent pas toutes des zones de ruptures géopolitiques, ces politiques ont accru la fragmentation spatiale.

    L’absence d’administration gouvernementale sur ces territoires implique que l’État, n’étant plus le fournisseur de biens et de symboles, laisse la place à d’autres acteurs qui en font office. Dans ce cadre, la rationalisation des services publics et les privatisations des entreprises de l’État occupent une place prioritaire, en particulier aux frontières. Les entreprises et les institutions publiques y ont en effet une très grande importance – et pas seulement dans l’imaginaire collectif –, car elles symbolisent la présence souveraine de l’État. La perception y est différente de celle qui prévaut dans les grandes villes, en particulier dans une société comme l’argentine où il existe un fort sentiment d’abandon de l’intérieur au bénéfice de la pampa humide.

    La défense du service public a certainement un côté corporatiste, mais aussi un lien fort avec la représentation nationale marquant spatialement l’existence de l’État-Nation. Privatiser signifie non seulement éliminer toute référence à un intérêt collectif, mais aussi effacer les traces de la Nation sur le marché et dans la société. Effacer l’empreinte de l’Etat sur le territoire revient donc à priver l’État-Nation de sa charge symbolique quotidienne.

 L’interaction entre l’État et les organisations criminelles

    L’interaction entre l’État et les organisations criminelles constitue un phénomène d’importance stratégique qui se répand à travers les pays en voie en développement. En Amérique latine, même si cette interaction doit être considérée dans le cadre de la culture politique et des pratiques héritées d’autres temps, elle dépasse les conduites officielles corrompues ou les prises de décision influencées par des réseaux mafieux. La connivence entre les pouvoirs publics, la classe politique et les diverses formes de délinquance modifie radicalement les termes dans lesquels se posent les problèmes de la violence et du crime urbain en Occident. La constitution de réseaux et de circuits criminels hautement rentables et bénéficiant de la protection active ou passive des forces de sécurité ou armées est une caractéristique des diverses sociétés latino-américaines.

    La grande capacité d’accumulation qui rend possible les activités de ces réseaux de criminalité, en particulier ceux qui se consacrent au trafic de drogue, leur permet d’agir par la « coercition » et le « consensus ». Un armement de plus en plus sophistiqué et une corruption de plus en plus généralisée et perfectionnée sont deux autres clefs de la dispute de ces organisations avec l’État. De plus, ces dernières participent à l’investissement et à l’accumulation de capital en favorisant les affaires mobilières et immobilières, le commerce local, l’expansion des services, mais aussi au financement de l’activité politique et au développement des systèmes clientélistes. Les organisations apparues au Brésil depuis la fin des années 1980 dédiées au trafic de stupéfiants au détail et au jeu illégal en sont de bons exemples. Investies d’une quasi-légitimité et d’une efficacité reposant sur leur relation quotidienne avec le secteur public, les structures criminelles gagnent en présence et en capacité. Les Zetas mexicains illustrent cela ; les premiers étaient d’anciens membres des services spéciaux de l’armée mexicaine entraînés par les États-Unis, qui travaillèrent ensuite pour le cartel du Golfe, avant de se scinder en plusieurs groupes à partir de 2010.

    Dans le cadre de l’interaction entre l’État et les organisations criminelles, il existe, en Amérique latine, un comportement étatique, en relation aux flux transfrontaliers, différent des catégories des « États manqués » et « voyous », qui tend vers l’instabilité régionale. Curieusement moins remis en question par les représentations et les pratiques stratégiques états-uniennes, c’est celui d’États comme le Paraguay et le Surinam : reconnus par la communauté internationale, correctement et légitimement organisés, ils permettent le développement d’activités illégales en instituant un très profitable lien de complicité et de « protection » avec les groupes criminels actifs sur le territoire[49].

Edgardo Manero (CNRS/EHESS-Mascipo)

Le résumé   et les petits  intertitres sont de la rédaction

  • [1] Sur cette définition, voir A. Joxe, « Les Yougo-frontières de l’Europe et l’identité démocratique » inCahier d’Etudes Stratégiques N° 19, sous la direction de A. Brigot, GSD-EHESS, Paris, 1997, p. 13.
  • [2] Pour les apologistes de la globalisation, la circulation serait génératrice de richesse, pas seulement économique, grâce aux échanges qu’elle permet de développer.
  • [3] Le processus de globalisation apparaît comme la nouvelle configuration économico-sociale qui se dessine à partir de l’interdépendance croissante des différentes économies nationales dans le cadre de l’avènement des ensembles économiques régionaux, en instituant un système mondial unifié par les finances, les transports et les moyens de communication. Faisant référence à la circulation des capitaux, des populations, des marchandises, des informations, des images, des technologies et des techniques qui traversent la planète, il constitue un nouveau tournant de la mutation entamée au XVIe siècle. Le processus exprime l’internationalisation des échanges, qui débute dans les années 1950 et s’accélère, dès le début des années 80, à partir de l’application de la révolution technologique (développement de l’informatique et des moyens de communication audio-visuels) dans la sphère économique. Ce processus aurait converti le monde dans une unité indivisible d’activités en interrelation, plus ou moins libérées, en théorie, des frontières locales traditionnelles. Du point de vue stratégique, on peut se référer aux mafias ou à « l’islamisme » comme d’autres composantes de ce système mondial « unifié ».
  • [4] Voir G. B. Helman & S. R. Ratner : « Saving failed states », Foreign Policy, Winter 93, N° 89, p. 3-21; and R. Rotberg: « Failed States in a World of Terror », Foreign Affairs, New York, July/August 2002, p. 127.
  • [5] El Universal, 9/9/2010.
  • [6] http://www.oem.com.mx/laprensa/notas/n1777236.htm
  • [7] Página 12, 20/11/2002.
  • [8] Clarín, 15/3/2000.
  • [9] La Nación, 2/11/ 2001.
  • [10] O Globo, 28/10/2001.
  • [11] Clarín, 30/10/2001.
  • [12] « U.S.Coalition Against Terrorism should include Latin America », Stephen Johnson, membre de la Heritage Foundation, http://www.heritage.org/Research/Reports/2001/10/BG1489es-US-Coalition-Against-Terrorism ; http://masterusal.campus-online.org/Archivos/1/OtrasLecturas/Johnson.pdf
  • [13] Voir l’article de K. Pistón Braggio, « La vulnerabilidad de los paises pequenos ante el terrorisme » inSeguridad y Defensa en el Cono Sur, I. Stanganelli (Comp), Editora Andina Sur, 2004, Mendoza, Argentine.
  • [14] http://www.lanacion.com.ar/348020-triple-frontera-eeuu-entrena-policias
  • [15] James Hill, Commander of the U.S. Southern Command North-South Center March 3, 2003, « Building Regional Security Cooperation in the Western Hemisphere », Distributed by the Office of International Information Programs, U.S, Department of State. Web site: http://usinfo.state.gov).
  • [16] ABC, 17/8/2005.
  • `[17] Ultima Hora, 24/09/2005.
  • [18] ABC, 29/10/2005.
  • [19] Ultima Hora, 29/6/2006.
  • [20] http://www.lanacion.com.ar/338176-fuerzas-de-elite-en-la-triple-frontera
  • [21] La Nación, 23/09/2005.
  • [22] http://www.oas.org/CSH/french/docminist.asp.
  • [23] http://www.oas.org/es/temas/seguridad_multidimensional.asp
  • [24] OAS, Draft Declaration of the Special Conference on Security, CP/CSH- 558/03 rev. 3, http://www.oas.org.
  • [25] OEA, Declaración sobre Seguridad en las Américas, Sección II, Párrafo 4, inciso m. Déclaration sur la sécurité dans les Amériques, Mexico, 28 octobre 2003.http://www.aos.org/documents/fre/DeclarationSecurity_102803.asp
  • [26] Sur le caractère global des enjeux et des réponses sécuritaires, voir Roy Godson, « Transstate Security », in Richard Shultz, Jr.; Roy Godson y George H. Quester, Washington, Security Studies for the 21st Century, Brassey’s, 1997.
  • [27] Par exemple, « The United States Southern Command (USSOUTHCOM) Command Strategy for 2018. Partnership for the Americas », http://www.southcom.mil/AppsSC/files/0UI0I1177092386.pdf ; « Testimony of General James T. Hill, United States Army Commander, United States Southern Command, Before The House Armed Services, Committee », United States House of Representatives, March 24, 2004 ; « The Posture Statement of Admiral James G. Stavridis », United States Navy Commander, United States Southern Command, Before The 110th Congress, March 21-22, 2007 ; Command Military Strategy Forum 2008 & Smart Power Speaker Series Center for Strategic and International Studies (CSIS), January 16, 2008.
  • [28] Clarín, 12/10/1998.
  • [29] La Capital, 19/8/1999.
  • [30] Clarín, 26/7/1999.
  • [31] Présidence de la République colombienne, www.presidencia.gov.co/ (2001).
  • [32] Clarín, 1/9/2000.
  • [33]
  • http://www.noticias24.com/actualidad/noticia/11120/chavez-presenta-su-informe-anual-ante-la-asamblea/) http://www.youtube.com/watch?v=V64IiB2Kbc4
  • [34] À titre d’exemple, Caracas a fait référence à l’arrestation, dans l’état de Zulia, de citoyens colombiens entretenant des liens avec des organisations criminelles vénézuéliennes, en les accusant de faire partie du bloc paramilitaire de La Guajira colombienne.
  • [35]
  • http://www.el-nacional.com/noticia/6721/16/Promulgada-ley-de-cooperaci%C3%B3n-antidrogas-entre-Colombia-y-Venezuela.html)
  • [36] Clarín, 19/12/2006
  • [37] O Estado de S. Paulo, 8/3/2003.
  • [38] http://news.bbc.co.uk/hi/spanish/latin_america/newsid_2831000/2831863.stm).
  • [39] Le Brésil, à la différence des États-Unis, n’a pas de liste d’organisations de ce type, et le ministre de la défense de Lula, J. Viegas Filho, soutint que le gouvernement brésilien ne modifierait pas la Constitution en ce sens. O Estado de S. Paulo, 9/3/2003.
  • [40]http://www.eluniversal.com.co/cartagena/nacional/colombia-y-panama-lanzan-plan-binacional-de-seguridad-fronteriza-8803
  • [41] Libération, 3/3/2008.
  • [42] Rapport de la commission de l’OEA qui s’est rendu en Équateur et en Colombie,www.oas.org/council/sp/docs/RC00089S01.DOC
  • [43] Le Monde, 08/03/2008.
  • [44] Página 12, 14/3/2008.
  • [45] Página 12, 14/3/2008.
  • [46] J. Hill, Commander of the U.S. Southern Command North-South Center March 3, 2003, « Building Regional Security Cooperation in the Western Hemisphere », distributed by the Office of International Information Programs, U.S, Department of State. Web site: http://usinfo.state.gov.
  • [47] Voir Posture statement of General Bantz Craddock, US Army commander US Sothern Command Before 109 th Congrees Senated armed services committee, 15/3/2005.www.senate.gov/armed_services/statement/2005.
  • [48] Le chavisme a fait du messianisme révolutionnaire, adapté aux conditions de l’époque – qui se caractérisent par l’absence d’une perspective révolutionnaire à l’échelle mondiale -, une question d’État. Le chavisme est imprégné d’une vision finaliste de l’Histoire ; le développement de projets à caractère continental à partir de l’État vénézuélien et la réciprocité avec divers mouvements politico-sociaux latino-américains donnent au nationalisme de Chávez une inscription internationale, et constituent les fondements de la stratégie du président vénézuélien destinée à rechercher un rôle dans la scène politique régionale.
  • [49] Voir Edgardo Manero, « Strategic Representations, Territory and Border areas: latin america and global disorder » in Geopolitics, Vol 12 (1), Routledge, Taylor & Francis Group, january-march 2007, NY, USA.

Eclairage

Cet article fait partie du dossier Zones grises en Amérique latine

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